Entreprendre une approche phénoménologique des Juifs Noirs, c’est s’engager dans le choix de décrire ce qui leur est indescriptible par l’autre. Cette difficile saisie de leur judéité s’explique par la difficulté, des primo-arrivants, de trouver des données figées dans l’espace et le temps pour caractériser celle-ci.

Problème inhérent à l’humain en général, du fait que l’identité juive noire, c’est-à-dire ce qui la singularise ou constitue sa spécificité, échappe aux autres juifs c’est-à dire ceux qui sont au pouvoir.

Pour eux, la question juive noire devient obsédante comme question lorsqu’ils ajoutent eux-mêmes aux malheurs en s’entre-déchirant comme primo-arrivants.

L’altérité inaltérable des Juifs Noirs est non-synthétisable. D’où l’idée de procéder à un mode indirect de description phénoménologique afin de saisir dans le juif africain ce qui constitue son étrangeté ou son asymétrie irréductible.

L’acceptation de la dimension identitaire propre aux Juifs Noirs permettra à l’autre de cohabiter avec eux. Quelle que soit leur figure de l’étranger, leur essence juive sera favorisée par l’élaboration d’une éthique de la rencontre qui incite à l’intégration de ceux-ci avec son altérité et non par le développement d’un racisme susceptible d’instaurer la rivalité contre eux et entre les communautés.

Nous nous devons de déconstruire ces thèses faussement universalistes, faussement généreuses qui rejettent les fruits de notre histoire et font miroiter la perspective de notre atomisation dans le cadre d’un système qui veut nous broyer, nous Juifs Noirs.