Survivant de la Shoah, passeur de mémoire, l’écrivain israélien Aharon Appelfeld verbalise volontiers son tragique parcours,et analyse le monde dans lequel il vit.

Il explique: “ Tout le monde pense que ceux qui reviennent des camps nazis sont traumatisés à vie mais c’est faux car leur vécu les a profondément changés. Ils essaient de faire quelque chose de leur vie. Pas seulement pour parler de leur traumatisme mais pour raconter leur expérience intérieure : qui sont les êtres humains ? La vie a-t-elle un sens ? Oui, la vie a un sens, surtout pour les gens qui sont allés en enfer et en ont vu ses différentes formes – notamment la forme bureaucratique.”

Aharon Appelfeld précise sa pensée : “A partir de 1945, des rescapés de la Shoah ont émigré en Palestine et ont construit Israël. Ils ont fait immédiatement partie de l’armée, de l’industrie, sont entrés à l’université. Beaucoup étaient brisés mais ils sont venus avec une vision merveilleuse pour créer un monde qui avait du sens. Ils sont devenus artistes, musiciens… Ils sont venus pour changer les choses”.

Aharon Appelfeld est né le 16 fevrier 1932 à Jadova, alors en Roumanie et aujourd’hui en Ukraine. Il parle allemand avec ses parents et yiddish avec ses grand-parents. Les Roumains tuent sa mère, les nazis l’enferment avec son père au ghetto puis dans un camp. Il s’en échappe et se cache dans la forêt.

Grace à l’Alyath Hanoar, Aharon Appelfeld parvient à gagner clandestinement la Palestine.

Après avoir fait son service militaire dans Tsahal, lui qui ne connaissait pas un mot hébreu va étudier à l’Université de Jérusalem la littérature yiddish mais surtout hébraïque. En 1957, il retrouve par hasard son père qui lui aussi a survécu et était venu vivre en Israël. “Le passé même le plus dur n’est pas une tare ou une honte mais une mine de vie”.

Dans les années 50, Aharon Appelfeld pense suffisamment maîtriser l’hébreu sa “langue maternelle” d’adoption pour écrire un recueil de poésie. Puis tout en l’enseignant à l’université de Beer Sheva, et ce jusqu’en 2000, quand il prend sa retraite, il se lance dans l’écriture de livres. Le prix Nobel de littérature 1966 Shay Agnon l’a en effet convaincu que “le passé même le plus dur n’est pas une tare ou une honte mais une mine de vie”.

Dans ses livres, Aharon Appelfeld parle essentiellement de ce qu’il a vecu : « Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le cœur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours-là dans tout mon corps. Chaque fois qu’il pleut, qu’il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m’ont abrité longtemps. La mémoire, s’avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou du cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur”.

Mais le lauréat de Prix Israël et du prix Médicis étranger, auteur de quarante ouvrages, refuse appellation d’écrivain de la Shoah : “J’écris sur les juifs”.

Le dernier livre d’Aharon Appelfeld paru en France en 2015 “les Partisans” a été traduit comme bien d’autres par Valérie Zenatti.

Pour ceux qui peuvent la capter à signaler que France 3 diffusera lundi 29 août à 23H15, “le Kaddish des orphelins”, un dialogue entre l’écrivain israélien et sa traductrice.