Etre anti-sioniste, ce n’est pas critiquer la politique de tel ou tel gouvernement israélien. Les Israéliens le font d’ailleurs mieux que personne.

Non. Etre anti-sioniste, c’est refuser aux Juifs la qualité de peuple et son corollaire : le droit à l’auto-détermination et à un Etat. La finalité de l’anti-sionisme est la disparition de l’Etat d’Israël.

Or, remettre en cause l’existence même de l’Etat d’Israël – compte tenu de sa spécificité juive – ne peut s’analyser autrement qu’au travers du prisme de l’antisémitisme. Victimes de la doxa anti-sioniste à l’œuvre depuis la fin des années 1960, de nombreux politiques, journalistes et intellectuels français n’arrivent toujours pas à admettre cela.

Mus par la haine d’Israël, les anti-sionistes diabolisent ce dernier en recyclant tous les clichés antisémites. Le complot juif mondial est ainsi devenu le complot judéo-sioniste et la Shoah une invention sioniste pour arracher l’Etat d’Israël aux Palestiniens. Les meurtres rituels des enfants chrétiens par les juifs ont été transformés en soldats israéliens empoisonnant les puits palestiniens ou volant les organes de Palestiniens pour alimenter un trafic international.

Les comparaisons les plus outrancières sont faites, qualifiant le sionisme de nouveau nazisme et de régime d’Apartheid imposé aux Palestiniens. C’est faux. Structurellement, juridiquement, factuellement. En opérant ce parallélisme, les anti-sionistes associent Israël aux pires régimes ségrégationnistes et légitimisent la haine d’Israël et, par extension, la haine des Juifs puisque cet Etat a été fondé par le peuple juif.

Prétendre que cet anti-sionisme ne serait motivé que par l’indignation suscitée par le sort réservé aux Palestiniens en Israël est une mystification. Si c’était le cas, les mêmes défileraient sans relâche pour les Palestiniens du Liban, d’Irak, de Jordanie ou de Syrie et appelleraient au boycott de ces pays-là. Or seul Israël est visé. Seul Israël est boycotté.

Si l’extrême-droite est anti-sioniste parce qu’elle est antisémite, toute une partie de la gauche et de l’extrême-gauche s’est progressivement imprégnée d’anti-sionisme (et d’antisémitisme), particulièrement depuis la fin des années 1960. Ce changement de paradigme s’explique par la quête d’un substitut à la classe ouvrière laquelle d’une part, a largement disparu de l’Europe post-industrielle et d’autre part, et pour ce qu’il en reste, a cessé de croire aux « lendemains qui chantent » pour se déplacer politiquement à droite voire à l’extrême-droite.

Cette gauche s’est donc mise à la recherche des nouveaux « Damnés de la terre » qu’elle a trouvés chez les Arabes et plus particulièrement chez les Palestiniens. Ce sont eux, les nouveaux opprimés, étendards de la lutte contre les oppresseurs impérialistes et capitalistes dont la nouvelle figure tutélaire est le Sioniste.

Fini la mauvaise conscience subie au nom de la traite des Noirs, la colonisation et enfin (et surtout) la Shoah. Fini le poids de la culpabilité. Les progressistes accusent désormais Israël des maux dont ils sont les héritiers quand ils n’en sont pas personnellement les coupables.

Jankélévitch l’expliquait très bien dès 1971 :

Les victimes d’hier sont devenues les bourreaux d’aujourd’hui. Les sionistes sont les nouveaux nazis. Le péché ultime est lavé. Le « Peuple élu » n’est finalement pas meilleur que ce que l’Europe a créé de pire. Les remords ne sont plus de mise. La parole peut se libérer.

Depuis lors, en Europe notamment, une partie de la gauche et de l’extrême-gauche dérivent vers l’antisémitisme et le normalisent.

Certes le socialisme n’a jamais été immunisé contre l’antisémitisme. De Proudhon à Guesde jusqu’au négationniste Rassinier, les courants antisémites ont su rester vivaces. Mais la guerre des Six Jours semble être le point de départ d’une nouvelle flambée d’antisémitisme de gauche.

Récemment, à l’été 2014, une partie de la gauche qui avait défilé au soutien de Gaza n’a ainsi pas jugé utile de se désolidariser des manifestants qui criaient « Morts aux Juifs », incendiaient les magasins « Juifs » ou assiégeaient la synagogue de Sarcelles. Pas plus qu’elle ne l’avait fait en 2002 lors de manifestations identiques pendant la deuxième intifada.

En mai 2015, le Parti socialiste était officiellement représenté au dîner annuel du CCIF, collectif proche des Frères Musulmans. Les Frères Musulmans, ce mouvement violemment antisémite dont l’extension palestinienne a donné, notamment, le Hamas.

A ce dîner, était présente Houria Bouteldja, membre du PIR, « militante décoloniale » et soutien du Hamas et du Hezbollah, qui expliquera l’antisémitisme en France notamment par le « philosémitisme d’Etat ». Traduction : l’Etat, sous la pression du CRIF et pour se défaire de cette maudite culpabilité, surprotège les Juifs au détriment des autres communautés et crée ainsi l’antisémitisme. Le Juif est la cause de son propre malheur. Comprenne qui peut.

Le mouvement BDS, dont l’objectif est le boycott de l’Etat d’Israël puis sa disparition, est soutenu par une partie de la gauche et de l’extrême-gauche. Férocement anti-sioniste, ce mouvement draine un antisémitisme de plus en plus assumé.

Lors de manifestations de mars 2015, des activistes de BDS Afrique du Sud crient « morts aux juifs » en brandissant des drapeaux palestiniens et du Hezbollah.

En avril 2016, un tribunal correctionnel occitan condamne des porte-paroles du BDS local pour provocation à la haine raciale et contestation de crimes contre l’humanité pour avoir publié sur leur page Facebook un photo-montage comparant l’armée israélienne aux jeunesses hitlériennes accompagné d’un texte antisémite et négationniste.

Sous l’influence nocive d’une propagande omniprésente sur les réseaux sociaux, s’est développée en France, parmi la jeunesse sensible à la propagande altermondialiste, une équivalence entre « sioniste » et « juif » propice à la banalisation d’un antisémitisme par procuration comme l’explique parfaitement J.C Rufin.

Les effets de cette propagande sont dévastateurs : les mensonges palestiniens tels que la prétendue mort de Mohammed al-Dura, l’une des opérations de désinformation palestinienne les plus réussies, sont devenus des « vérités » dont les effets à travers le monde ont été une recrudescence d’actes antisémites, traduisant bien cette équivalence entre sionistes et juifs chez ceux qui agressent, violentent et même tuent des Juifs en France de Fofana à Coulibaly en passant par Merah.

Israël est devenu le prétexte à la détestation des Juifs. Illustration navrante de cette haine tenace, la France, sous un gouvernement de gauche, s’est associée par deux fois à un révisionnisme historique stupéfiant.

En votant le texte 199 EX /19 de l’Unesco d’avril 2016 et en s’abstenant le 13 octobre dernier au vote d’un écrit similaire, la France participait à effacer trois mille cinq cent ans d’histoire juive à Jérusalem. Cette résolution scélérate et mensongère niant tout lien entre le peuple juif et le mont du Temple ainsi que le Kotel (mur Occidental), pour en faire des lieux saints exclusivement musulmans.

Ces prises de position ne sont pas seulement anti-israéliennes, elles sont anti-juives et cette négation du lien entre le judaïsme et Israël est caractéristique de l’antisionisme. La boucle est bouclée.

En juin 1967, Sartre écrivait dans Temps Modernes « L’idée que les Arabes détruisent l’Etat d’Israël et jettent ses citoyens à la mer ne peut se supporter un instant, sauf si je suis raciste ».

Voilà qui est bien résumé.