Monsieur,

Pour assurer, dans Mediapart du 26 janvier 2018, la promotion du livre de Pascal Boniface « Antisionisme = antisémitisme ? », vous répondez à trois questions dudit Pascal Boniface dans son blog. Vous êtes entièrement d’accord avec lui.

Ce livre « Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron » prétend d’après l’auteur « éclairer le public sur une question confuse, mettre de l’ordre dans les concepts utilisés, faire les rappels historiques … ». Cet éclairage flou, au lieu de donner une vision claire, manipule complètement le public.

Monsieur Vidal, vous n’ignorez pas, et Pascal Boniface non plus que pour la grande majorité  des lecteurs et du public Juifs, Israéliens ou sionistes c’est pareil.

Je n’imagine pas non plus que vous ignoriez ce qu’est le sionisme : un combat de libération du peuple juif et non une volonté de colonisation. C’est pourtant l’image que vous voulez donner tout en sachant qu’elle est fausse. Cette image est qu’Israël est l’entier responsable de cette situation, et que, de ce fait, il doit être rejeté.

Comme le rapporte le quotidien algérien El Khabar, Pascal Boniface a donné une conférence lors de sa visite au Salon du livre d’Alger en novembre 2008, dans laquelle il a été dit que « la sortie du conflit israélo-arabe passera par la défaite des armées américaine et israélienne ». La seule solution au problème Israélo-Palestinien serait donc la guerre. On dirait que vous la souhaitez.

Vous écrivez que contrairement à l’antisémitisme qui est un délit, l’antisionisme est une opinion qu’il est permis d’exprimer. Mais c’est une opinion qui appelle à la haine, à éradiquer l’État d’Israël que vous soupçonnez « de passer de la colonisation à l’annexion , enterrant ainsi la solution à deux États au profit d’un seul État où les Palestiniens ne jouiraient d’aucun droit politique – c’est-à-dire une forme d’apartheid ». Donc vous condamnez l’État d’Israël, non pour des faits, mais pour des intentions supposées. C’est le même appel au meurtre, à la suppression d’Israël, et en conséquence des huit millions d’Israéliens que Pascal Boniface affiche sur ses T-shirts BDS qui montrent une Palestine recouvrant l’ensemble du territoire israélien.

Pascal Boniface se plaint qu’on veut l’empêcher de critiquer Israël. Il cherche à se donner de l’importance en prétendant qu’il est persécuté. Mais la critique d’Israël et de sa politique s’exerce partout ! A commencer en Israël même où les citoyens le font librement, y compris les députés d’opposition arabes à la Knesset.

Ce qui est inadmissible, c’est l’appel au meurtre et à la délégitimisation d’Israël et des Israéliens. Israël est critiquable, les institutions juives sont critiquables, l’occupation de territoires est critiquable. Mais quand obsessionnellement vous critiquez l’État d’Israël à l’exclusion de tous les autres, les institutions juives à l’exclusion de toutes les autres, les intellectuels juifs à l’exclusion quasiment de tous les autres, il ne faut pas s’étonner que de forts soupçons d’antisémitisme pèsent sur vous.

Un peu d’histoire est nécessaire. L’affaire Boniface a commencé avec une note qu’il a rédigée en avril 2001, un an avant les élections présidentielles. Pascal Boniface était alors délégué national du PS pour les questions stratégiques. Cette note destinée à François Hollande et Henri Nallet préconisait de revoir la position du PS trop favorable à son avis à Israël alors que l’électorat Arabe pesait beaucoup plus lourd que l’électorat juif. Il comparait également les néo-nazis autrichiens et les dirigeants israéliens. Le Parti socialiste à l’époque n’a pas digéré cet appel à opposer les communautés et à  traiter les Israéliens de nazis. Pascal Boniface a démissionné mais il était désormais connu et a continué à prêcher la haine.

Il a minimisé les attentats contre Charlie Hebdo et le Bataclan. Le nombre de morts y était, à ses dires, bien inférieur à ceux causés par l’alcool, le froid, les accidents de la route, les violences conjugales ou les enfants martyrs. Aux dernières nouvelles, il n’a pas demandé qu’on supprime l’alcool, le froid, la route, les maris et les parents.

Vous concluez votre article, Monsieur Vidal, en citant la déclaration du président Macron lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv : « nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme », en disant que cette erreur verbale pourrait se transformer en forfaiture. Une forfaiture est une faute grave punie de la dégradation civique et de l’incapacité de remplir une fonction publique. Est-ce une menace à l’encontre du Président de la République Française ? Il serait bon que vous précisiez vos propos.

Vous dites Monsieur Vidal, dans l’Humanité daté du 9 janvier 2018, que les sionistes prétendent faire interdire l’antisionisme. C’est encore une manipulation de la vérité. Les sionistes veulent simplement faire interdire la délégitimisation de l’État d’Israël et l’antisémitisme, lesquels, malheureusement, se confondent généralement.

Vous dites que la meilleure réponse contre Israël, c’est le boycott, c’est BDS, donc pour vous la culture, la science, le sport israéliens sont dangereux. Permettez-moi de rire. Vous faites silence sur les dérapages ouvertement antisémites de BDS comme celui de son site de Montpellier où on a pu lire : « Ce que faisait Hitler aux juifs était fait exprès pour que le monde sympathise avec eux et leur donne tous les droits, jusqu’aujourd’hui ils nous sortent cette histoire d’Hitler (Shoa) ils ont tout eu à cause d’Hitler ». Pour la loi française, le boycott est un délit car c’est une provocation à la discrimination.

Qu’en pensent votre grand-père mort en déportation et votre père Haïm Vidal Séphiha survivant d’Auschwitz qui a permis au judéo-espagnol de revivre. Votre père est au judéo-espagnol ce qu’Eliezer Ben Yehouda a été pour l’hébreu, il nous a laissé des textes magnifiques sur la déportation, comme « Nuit et brouillard ».

http://sefarad.org/lm/022/nuit.html

Toutes vos prises de position antisionistes, toute votre haine affichée d’Israël, tout le soutien que vous apporte l’antisioniste viscérale Association France Palestine Solidarité n’y changeront rien, vous resterez toujours Monsieur Dominique Vidal Séphiha, comme l’écrit l’antisémite Thierry Meyssan du Réseau Voltaire, soutien fervent de Pascal Boniface * « un militant sioniste, en mission au sein du mouvement pro-palestinien afin de faire aimer les Israéliens ».

Chavouah Tov, Bonne semaine.

Klod Frydman

* Au point de reprendre ses articles et de promouvoir ses livres.