Je suis trop réaliste pour penser qu’un jour l’antisémitisme, la plus irréductible des haines, disparaîtra.

La haine des Juifs est une constante de l’histoire humaine, de l’Antiquité à aujourd’hui. Elle a pris différentes formes, de l’antijudaïsme païen à l’islamisme d’aujourd’hui, en passant par l’antijudaïsme chrétien, l’antisémitisme racial (qui a mené au nazisme) et l’antisionisme.

Ses manifestations récentes sont terrifiantes, que l’on pense à l’attaque de Mohammed Merah contre une école juive à Toulouse en 2012, à l’attaque contre le Musée juif de Bruxelles en 2014, aux attaques contre les synagogues en France à Sarcelles l’été dernier, sans oublier bien sûr Hypercacher en janvier, l’attaque contre la synagogue de Copenhague la semaine dernière alors que s’y déroulait une bar mitzvah et la profanation du cimetière juif de Sarre-Union.

À Montréal, des croix gammées ont été peintes sur des voitures appartenant à des Juifs dans un quartier juif, avec une note très menaçante à laquelle était jointe une balle de fusil.

Mais le même jour qu’étaient découverts les gestes de vandalisme à Montréal, la Chambre des communes du Canada tenait un débat exploratoire sur la montée globale de l’antisémitisme (pour la transcription intégrale, voir ici, à partir de 18:45).

Et alors que j’échangeais avec les députés de toutes les formations politiques dans les antichambres attenantes à la Chambre, ou assis dans les galeries – sous le regard attentif de Rafi Barak, ambassadeur de l’État d’Israël, assis à mes côtés – je n’ai pu m’empêcher de noter la remarquable unanimité des parlementaires canadiens dans leur volonté de lutter contre l’antisémitisme.

Un après l’autre, dans une Chambre habituellement déserte à l’heure tardive à laquelle le débat s’est tenu, les députés y sont allés de puissantes contributions oratoires. Analyses historiques, anecdotes personnelles, suggestions de solutions, comparaisons avec d’autres pays ont fait l’objet de discussions riches.

Sous le leadership du ministre de la Défense et du Multiculturalisme Jason Kenney (conservateur) et du député libéral Irwin Cotler (ex-ministre de la Justice), quatre heures de débats se sont tenues dans un esprit de collégialité normalement absent de l’enceinte parlementaire (je le sais bien, pour y avoir siégé 9 ans).

Malgré les heures sombres que vivent les communautés juives en Diaspora, malgré les menaces qui s’amoncellent dans le ciel d’Israël (Hezbollah qui croît en puissance au Liban, l’État islamique qui tente de s’installer aux frontières d’Israël, l’Irak et la Syrie qui sombrent de plus en plus dans l’enfer de la guerre civile sans oublier évidemment les ayatollahs iraniens qui s’approchent de l’arme nucléaire et l’immobilisme palestinien), le peuple juif a des amis, des alliés dans le monde.

Contrairement aux années 30 et 40, les Juifs ne sont pas seuls. Bien entendu, nous devons compter sur nous-mêmes avant tout. Mais nous ne sommes pas seuls.

Tout n’est pas noir. Il y a de l’espoir.

J’aurais souhaité que tous ceux qui sont excessivement pessimistes sur le destin de la nation juive assistent au débat exploratoire au Parlement canadien. Cela les aurait ‘requinqués’!