« À chaque fois qu’un citoyen est agressé en raison de son âge, de son apparence ou de sa confession, c’est toute la République qu’on agresse. Et c’est toute la République qui se dresse particulièrement aujourd’hui aux côtés des Français de confession juive pour combattre avec eux et pour eux chacun de ces actes ignobles ».

Ces paroles sont celles du Président de la République réagissant à l’agression antisémite d’un petit garçon de huit ans dans une rue de Sarcelles par deux adolescents d’une quinzaine d’années.

Ces mots démontrent la prise de conscience de ce fléau au plus haut niveau de l’État ainsi que sa détermination à le combattre. Pourtant, après chaque attaque, le sentiment terrible de « déjà vu » et de lassitude s’installe.

La réalité est que cet acte s’ajoute à la longue liste des actes commis contre les Juifs depuis plus de quinze ans. Les actes violents antisémites ont progressé fortement, passant de 77 faits à 97 en 2017, une augmentation qualifiée de « préoccupante » par le ministère de l’Intérieur.

La violence antisémite est persistante, au point qu’elle devient banale et les mêmes questions se posent : que faire de plus ? Comment se battre mieux et plus efficacement contre ce fléau ? L’accumulation de ces événements impose une réponse sans appel : la tolérance zéro.

Comme le démontre la théorie de « la vitre brisée » (appliquée avec succès dans la ville de New York), laisser sans la réparer une seule vitre brisée crée un cercle vicieux : toutes les vitres du quartier seront brisées dans la même semaine.

Autrement dit, ce n’est pas la délinquance qui engendre le sentiment d’insécurité mais au contraire ce dernier, provoqué par les incivilités, qui engendre un sentiment d’impunité favorable au passage à l’acte. D’où la nécessité d’y remédier le plus tôt possible, tant que les gestes sont peu nombreux et avant qu’ils ne s’accumulent, en réparant, nettoyant, évacuant, ce qui doit l’être.

La tolérance zéro face à l’antisémitisme, c’est de ne pas trembler devant la moindre manifestation d’antisémitisme, c’est au contraire agir et sanctionner dès la première alerte, dès les premiers mots, les premières insultes, les premiers gestes, agressions, sans aucune faiblesse ou hésitation.

Les agresseurs du jeune garçon de Sarcelles étaient âgés de 15 ans. À cet âge, on a déjà étudié l’Histoire du XXe siècle au collège, on a assisté à une séance sur l’Allemagne des années 1930, à une autre spécifiquement consacrée à la Shoah. Si à quinze ans on peut s’en prendre à un petit garçon de huit ans parce qu’il est Juif, c’est que l’école échoue encore largement dans sa mission de transmission.

Nombreux sont les rapports qui décrivent un délitement de l’autorité à l’école, une incapacité des professeurs à aborder certains sujets historiques comme celui de la Shoah, dont l’enseignement est primordial (voir note de Yanis pour Jean Jaurès).

Les professeurs doivent être soutenus et formés pour faire face à ces situations difficiles et travailler à déconstruire le conspirationnisme, les préjugés, le fondamentalisme religieux et défendre la laïcité.

En matière de lutte contre l’antisémitisme, la France dispose d’un des meilleurs arsenaux juridiques mais encore faut-il appliquer la tolérance zéro et donner aux institutions en charge les moyens suffisants de la faire appliquer. À titre d’exemple, le dispositif PHAROS pour lutter contre les faits illicites de l’internet est insuffisant face à la nouvelle ère de la globalisation de la pensée antisémite.

Les réseaux Twitter, Facebook et autres grands propagateurs de contenus, tels Google et sa chaîne de vidéos YouTube, offrent aux antisémites et aux racistes une impunité de fait, face à laquelle les États de droit ne parviennent plus à assurer la défense des valeurs humanistes ni à punir suffisamment vite et dur ceux qui se rendent coupables de les transgresser.

C’est aussi la justice qui s’affaiblit lorsqu’elle tergiverse devant des faits de cette nature. Le juge chargé de l’affaire Sarah Halimi a rejeté la qualification d’antisémitisme dans cet assassinat. Quel signal la République donne-t-elle lorsque la justice ne veut pas reconnaître le caractère antisémite de l’assassinat de Madame Halimi ?

Dans ce genre de cas, le doute est redoutable. Le meurtrier de Sarah Halimi ne l’a-t-il pas traité de « sheitan » (diable en arabe) alors qu’il la torturait ? Ne l’a-t-il pas ensuite défenestrée au cri « d’Allah Ouakbar ! » ? Sarah Halimi n’avait-elle pas, avant sa mort, été menacée et insultée parce qu’elle était juive ? Le message envoyé aux antisémites est terrible.

La tolérance zéro, c’est de ne plus laisser passer aucune manifestation antisémite sous silence. Les exemples de laxisme sont encore pourtant trop nombreux : des manifestations n’ont pas été condamnées ou empêchées alors que des slogans antisémites, à peine cachés derrière des poncifs antisionistes, ont été scandés (manifestations BDS, rassemblement après l’annonce du Président Trump sur Jérusalem, etc.) ; certains débats n’ont pas lieu d’être : la republication de textes littéraires appelant au meurtre des Juifs ne devrait même pas être envisagée !

Enfin, la lutte contre l’antisémitisme sur le territoire national comporte une dimension de politique étrangère. Depuis des années, l’argent de l’Arabie Saoudite, de la Turquie et du Qatar circule en France et finance des associations et mosquées françaises, permettant la diffusion d’une vision politique et extrémiste de l’islam.

La transparence n’existe pas, la sanction encore moins. Nous savons aussi qu’une partie des contenus radicaux et antisémites, facilement accessible via les télévisions satellites et Internet, est produite dans le monde arabe.

Il y a quelques années, l’Union européenne a introduit le principe du « plus-pour-plus », offrant des partenariats plus solides aux pays les plus progressistes en matière de réformes démocratiques : la fin des discours anti-juifs, anti-chrétiens et anti-occidentaux, la fin de tout financement public ou privé provenant de pays aux objectifs douteux, devraient faire partie des critères.

Faut-il le rappeler, l’antisémitisme est toujours symptomatique d’un malaise plus profond dans la société. L’enjeu de l’application d’une tolérance zéro face à l’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs de France, nous sommes toutes et tous concernés : c’est l’avenir des valeurs que la France et l’Europe incarnent qui est en jeu.