On aura vu les loups solitaires, les cœurs solitaires, les mères solitaires, les enfants solitaires, les journalistes solitaires, les parlementaires solitaires, et même, pour certains poètes maudits.. les vers solitaires. On aura entendu les bombes, les injures, les débats, les anathèmes (moi non plus) les « dieu est grand ! » qui font l’homme petit (je ne peux mettre de majuscule concernant ce « dieu »-là qui n’est pas le mien).

On aura vu des lapidations, des coups de couteaux, des feux, des missiles, des fumées, des cendres, des corps, des tunnels, des gouffres, des fossés. On se sera fourvoyé dans des labyrinthes, des mensonges, des chausse-trappes, des calculs. On aura attrapé un torticolis à retourner sa veste, sa tête, son cœur, son cerveau, son lit, sa maison, on aura tout fait pour salir, dépouiller, anéantir, saper, rogner, encercler, harceler, blesser, décourager, épuiser, meurtrir et éteindre.

Mais on aura vu le Pape au Mémorial des martyrs juifs de Jerusalem, sur la tombe de Théodore, sur le Parvis de Salomon, au creux du Kotel, franchir les murs de Jerusalem, le long du peuple de Jerusalem ( le peuple de Jerusalem, citoyens juifs et arabes, olim, pélerins, visiteurs et étrangers, c’est le Fleuve intarissable qui arrose Jerusalem), avec les habitants de Jerusalem.

On aura vu le Vatican bruissant d’une prière immédiatement suivie, comme prévu, par une guerre qui veut à tout prix le dernier mot. Une guerre de 50 jours. 50 comme le nombre de jours de Pâques à la Pentecôte, de Hanouccah à Tou Bishvat, prémisse de Pessah.

50 comme le « נ », le Nûn de « שפנׁ » Nefesh qui est non seulement l’âme, mais aussi un monument funéraire antique sémite destiné à marquer de loin la présence d’une sépulture. Une pierre blanche pour mémoire.

Cette âme que les milices de l’Etat Islamique (qu’il faudra appeler sous un autre nom comme « Etat Terroriste ») ont fait clouer sur les lintaux des portes des chrétiens du Levant pour les dénoncer à la vengeance bouchère de ses sbires. Ce « Noun », lettre de feu devenue lettre de fumée!

Nous sommes dans les temps de la Profanation.

Les mots liberté, solidarité, humilité, foi, fraternité sont profanés, banalisés, caricaturés, ridiculisés. Pire : polyvalents. Dieu lui-même n’est plus une Parole, il est un « mot ». Il ne « dit » plus. Il crie. Il n’agit plus, il vote. Il ne « monte » ni ne « descend » plus, il défile, il manifeste, il est sur toutes les bouches, sur toutes les babouches, mais si loin des cœurs, si loin des esprits. Il sert à l’injure, ce jugement qui pourrit l’intérieur.

Profanation…

On aura vu s’élever d’innombrables « nefeshot », qui hier pullulaient dans les eaux de la vie et peuplaient le firmament des ciels. Souffles ici éteints, en apparence, disparus à nos yeux, mais que chaque bougie de Hanoucca, chaque prière, chaque rai de lumière de Hanouccah, chaque éclat jailli de la Nativité, surgi du Peuple d’Israël, et du peuple d’Israël élargi au Monde qui nous est donné pour l’enjardiner, réallume, retranscende, réaffirme, réanime, réinsuffle.

Il s’agit de semer ce que nous n’avons pas récolté, de cultiver ce que nous n’avons pas fait croître et de moudre ce que nous n’avons pas semé.

Bienheureuse faim qui nous rend frères! Bienheureuse soif qui nous crée amis! Bienheureuses flammes qui nous réunissent!

Au-delà de cela, il faut voir aussi l’immense océan de soif de paix qui vient à la marée, cogner contre les gouvernements qui tel Pharaon durcissent leur face à mesure que leur nuque se cogne au réel. Le réel et l’éternel, c’est la même chose. Ils nous renvoient sans cesse de l’un à l’autre, comme deux parents à qui l’enfant pose une question impossible : « va voir ton père! Demande à ta mère! ». Le réel est l’ennemi du cynique.

Il faut entendre Elie Wiesel, l’imam Chagoumi de Drancy, ville maudite et ville-modèle, le pape François et les patriarches chrétiens, le Grand Rabbin d’Israël, le Président Rivlin, et à côté de ces grandes figures toujours un peu facile à caser quand on parle de « paix » de façon convenable et convenue, les citoyens arabes musulmans et chrétiens qui n’en peuvent plus d’être battus à mort, spoliés, violés, égorgés, enlevés, méprisés.. et les citoyens juifs qui les précèdent dans la déréliction et dont peu de monde voit leur prophétique annonce de la Passion… Bien au-delà des vicissitudes et des échos politiques.

Il faut entendre la grande solidarité humaine qui forge une espérance qui n’est pas un idéal ni un mot ni un programme politique, ni un argumentaire pour association internationale de bienfaisance, mais une Personne : l’Espérance c’est l’Homme façonné par D., le Peuple habité de l’Etranger, le monde visité par l’Autre, le Temple élargi par l’Esprit de Hanouccah qui y fait briller quelque chose d’inextinguible. Miraculeux que des bougies s’allument encore après tant et tant de couches de suie, de boue et de cendre accumulées!

D’ailleurs, pourquoi la haine serait-il si violente si elle était si sûre de réussir ? Elle n’aurait aucune raison de se déchainer de la sorte. On ne transpire pas tant à donner tant de peine pour un si vain effort.

Il faut voir aussi Israël nouer des alliances insolites, hier encore impossibles, encore aujourd’hui peu envisageables, mais dont les fondements s’établissent sur la nécessité non seulement de l’indépendance militaire, économique et énergétique, mais d’une recherche d’un nouveau projet politique où l’Asie sera le premier partenaire de l’Etat juif qui n’est pas, il faut le rappeler, un Etat européen mais un Etat d’Asie mineure (c’est-à-dire cousine germaine de l’Europe) : l’Asie musulmane, l’Asie bouddhiste, l’Asie hindouiste, l’Asie taoïste et confucianiste. L’Asie aujourd’hui.. et demain, très bientôt : l’Afrique qui cherche « ses » juifs, trouve Jerusalem, voit ses classes moyennes émergentes réclamer et faire la paix.

Elle a besoin de prière. D’une prière vibrante, sincère, profonde.

Je ne suis qu’un français qui n’a aucune compétence internationale, ni titre, ni mandat, ni charge, ni calicot, ni représentation, ni ministère. Je ne porte que la douleur et les blessures de mon peuple, je ne vois que la morosité de mes compagnons, je vois un horizon clair dans un ciel encombré et des gens aux pieds coupés pour y marcher.
Je ne déplore que la perte de mes illusions. En fait, j’étais prévenu.

Mais je vois un monde nouveau se dessiner. Je vois une famille juive qui s’agrandit, je vois des rencontres qui se font. Je vois des communautés persécutées ou qui le seront qui rencontrent des communautés non persécutées ou qui le deviendront, et je vois, comme à chaque fois qu’il y a un danger, à côté de la peur, du courage. Près du tombeau, de la Présence, dans le noir la lumière. C’est pour cela que je vois. Par la lueur de l’aube.

Car le plus grave serait de ne rien voir. Et de ne rien en dire. L’avenir n’appartient pas aux optimistes, ni aux réaliste, ni aux « istes », ni aux « ismes ».

L’avenir appartient à ceux qui l’ouvrent aux autres. A ceux qui mettent au monde de l’espoir. A ceux qui se souviennent qu’ils sont nés d’un désir ; un désir contrarié, souvent. Eux aussi étaient esclaves et prosternés dans la servitude. Il faut sortir de l’esclavage de se vouloir meilleur pour croire enfin les uns en les autres. J’aime Israël parce qu’il est la Terre physique de cette réalité-là, à la fois corporelle et spirituelle (l’Un est l’Autre).

La paix viendra par une toute petite porte, une porte basse où il faudra se courber pour entrer. La Paix entrera courbée dans nos ruines. Mais c’est nous qu’elle relèvera. Elle nous relèvera que nous l’attendions ou pas. Que ferons-nous quand nous serons enfin debout?

La Paix commune est le Grand Chantier humain du nouveau Millénaire… Une année de feu. Le feu qui soufflera tous nos incendies et sèchera les larmes de nos yeux. Pour ces jours, voyons clair à sa lumière et gardons les yeux ouverts .

« Il n’est pas bon que l’Homme soit seul. je lui fais une aide qui lui soit semblable » (בראשית Genèse 2/18 ).

La terre féconde et la vie généreuse, solidaires parce que semblables. Epousées pour toujours dans la richesse comme dans la pauvreté, pour le meilleur, le pire, et pour l’Eternité.