Lors des obsèques de Shimon Peres, Amos Oz a prononcé une allocution. On savait qu’ils étaient proches mais on ne savait peut-être pas que chaque vendredi à 17h, depuis 42 ans, Shimon Peres et lui entretenaient une longue conversation téléphonique…

Dans ses propos, Amos Oz est revenu une nouvelle fois sur l’incontournabilité d’un divorce raisonné et raisonnable entre Israéliens et Palestiniens et a réaffirmé son regret que les dirigeants actuels ne soient pas ceux qu’il faudrait pour mettre en œuvre une solution dont les contours sont connus de tous.

On ne pouvait s’empêcher de lui donner raison alors qu’on assistait en direct à la banalisation de l’un des moments forts de ces obsèques : la présence d’Abou Mazen. La critique de Peres dans la rue palestinienne est féroce, y compris parmi les Arabes israéliens dont les dirigeants ont – à tort à notre sens – décidé de ne pas assister aux obsèques, critique parfois disproportionnée et injuste, mais telle est la réalité à laquelle est confronté Abou Mazen. Cependant, cela ne l’a pas dissuadé de braver son opinion publique qui parfois le qualifie de traiître : il s’est rendu à Jérusalem.

Il y eut certes une poignée de mains échangée avec Netanyahu et quelques propos affables mais, dans le discours de ce dernier, on ne trouve aucune référence explicite à la présence du président de l’AP. Le seul à en avoir fait état dans son discours fut Barack Obama.

Par contre Netanyahu a jugé utile de rappeler que Jérusalem est la capitale d’Israël (ce qui n’est pas contestable !) alors qu’il n’a ouvert aucune perspective politique. Comment Abou Mazen sera-t-il accueilli à son retour ? Israël ne cesse de déplorer la « faiblesse » d’Abou Mazen mais ne rate pas une occasion de l’affaiblir à défaut de l’humilier.

La famille de Peres était intervenue explicitement pour que le leader palestinien soit placé face au cercueil avec les invités de marque. La commission ministérielle du protocole, présidée par Miri Regev (Likud) en a décidé autrement et l’a relégué sur le côté… au premier rang cependant.

Les dirigeants israéliens qui se sont exprimés se sont tous revendiqués de Peres mais aucun d’entre eux n’en assume l’héritage.

On pouvait s’y attendre alors que le chef de l’opposition, Isaac Herzog n’a pas été autorisé, malgré sa demande, à prendre la parole. Et pourtant, sa vison du sionisme et de l’État d’Israël est plus proche de celle de Peres que celle des dirigeants qui se sont exprimés. La fille de Shimon Peres, Tsvia Walden n’a pas hésitè quant à elle à se démarquer des conventions, par fidélité à ce que fut la vie de son père et celle de sa famille, en s’associant au Kaddish énoncé par ses frères et en invoquant dans la formule finale « tous les hommes » et pas seulement « kol Israël ».

Les hommages s’enchainent et vont se poursuivre quelques temps encore. Les larmes ont coulé, certaines sincères d’autres « de crocodile ».

Shimon Peres a dit à plusieurs reprises que le passé ne l’intéressait pas et que seul l’avenir lui importait. L’avenir se construira en agissant concrètement et activement pour la paix, ici et maintenant. Nous verrons alors quels sont les véritables continuateurs de ce père fondateur au parcours complexe, voire sinueux mais qui a montré ces dernières années que la poursuite de l’occupation n’était en rien conforme à ce qu’il souhaitait pour Israël, auquel il était passionnément attaché et intimement lié.

Le camp de la Paix en Israël sera lui en tout cas parmi ces continuateurs et il lancera de nombreuses actions au cours de l’année à venir, qui marquera le 50 ème anniversaire de la Guerre des 6 jours, guerre de survie, mais aussi celui du début de l’occupation, mortifère pour une société libre et démocratique.

C’est ainsi que le 4 octobre débutera au nord du pays la « Marche de l’Espoir » qui s’achèvera le 19/10 à Jérusalem. A l’initiative de l’ONG « Les Femmes œuvrent pour la Paix/ Women Wage Peace/ Nashim Ossot Shalom/ نساء يصنعن السلام », les marcheurs réclameront que leurs dirigeants s’engagent résolument sur la voie d’un accord politique.

Le feront-ils ? Sauront-il démentir Amos Oz ?

En ce qui nous concerne, à Paris, nous nous réunirons le 17 octobre au Cercle Bernard Lazare pour marquer notre soutien à cette marche et notre solidarité à ses initiatrices.

Shana tova !