Après Yamit, après le Goush Katif, après Amona I, nous pouvions espérer que le spectacle terrible de familles juives expulsées, de maisons juives détruites et de localités juives éradiquées sur la terre d’Israël, par un gouvernement juif, ne se reproduirait plus…

Nous pouvions espérer que les leçons auraient été tirées et qu’aucun gouvernement israélien, de droite ou de gauche, n’enverrait plus la police ou l’armée exécuter une mission destructrice, contraire à leur vocation.

Mais c’était sans compter avec l’organe judiciaire qui porte la plus lourde responsabilité dans la dernière destruction à laquelle nous venons d’assister, et qui est responsable de cet immense “Hilloul Hachem”, cette profanation du Nom. Je veux parler de la Cour suprême.

Amona, photo libre de droits (Wikipedia)

Amona, photo libre de droits (Wikipedia)

J’ai expliqué, dans un livre paru récemment, comment la Cour suprême était devenue le principal pouvoir en Israël, à la suite de la “Révolution constitutionnelle” menée par le juge Aharon Barak au début des années 1990, révolution qui a pris la forme d’un véritable coup d’Etat.

Au mépris du principe d’équilibre des pouvoirs, essentiel à toute démocratie authentique, et au mépris de la volonté du peuple d’Israël, qui ne lui a jamais donné mandat pour mener une telle révolution, le juge Barak a bouleversé le système judiciaire et politique israélien, en donnant à la Cour suprême dont il était alors le président, le pouvoir exorbitant d’annuler quasiment toute décision gouvernementale, politique ou administrative, et de déclarer illégale une loi démocratiquement votée par la Knesset.

Ce pouvoir exorbitant va bien au-delà du contrôle judiciaire ordinaire, que connaissent la plupart des pays démocratiques, et n’a d’égal dans aucune démocratie occidentale. Il a été utilisé par la Cour suprême dans un sens bien particulier, conforme à la vision du monde du juge Barak, à savoir, pour effacer le caractère juif et sioniste de l’Etat d’Israël et le transformer en “Etat de tous ses citoyens”.

Par un tour de passe-passe juridique, Aharon Barak a en effet utilisé la notion d’Etat “juif et démocratique” – qu’il a systématiquement vidée de tout contenu juif – pour distiller son idéologie hostile à tout particularisme juif de l’Etat d’Israël.

La Loi fondamentale sur la dignité et la liberté de l’homme, notamment, a été utilisée comme un instrument juridique au service de cette idéologie post-sioniste.

C’est au nom de cette idéologie que la Cour suprême est devenue aujourd’hui l’exécutrice des basses besognes d’associations arabes et juives d’extrême-gauche, financées par l’Union européenne ou par des fondations anti-israéliennes comme la fondation Ford ou la fondation Soros.

Ces associations multiplient les recours devant la Cour suprême pour promouvoir leur agenda anti-sioniste et anti-israélien. Adoptant le narratif des ennemis d’Israël en l’habillant d’un discours juridique, la Cour suprême considère ainsi que les terres israéliennes de Judée et de Samarie ont été “volées” aux Arabes “palestiniens”.

C’est ainsi que la Cour suprême justifie, en totale contradiction avec les buts déclarés des lois fondamentales votées en 1992, des atteintes aux droits de l’homme (propriété, liberté, dignité) qu’elle a vocation à protéger, lorsque les hommes en question sont des habitants juifs en Judée-Samarie !

Rappelons ici qu’au moment de la destruction du Goush Katif, un seul juge parmi les neuf qui siégeaient à la Cour suprême avait eu le courage de dire que cette décision était illégale, le juge Edmond Levi, צדיק בסדום.

C’est dans ce même contexte que s’inscrit la dernière destruction, celle d’Amona en Samarie, deuxième tentative de détruire celle localité, après celle de 2006, qui avait donné lieu à des affrontements violents.

Si les policiers se sont apparemment conduits cette fois-ci avec moins de brutalité qu’en 2006, cela ne diminue en rien le caractère dramatique de ces images et de la réalité terrible qu’elles illustrent.

Ajoutons que le nom choisi pour cette opération, Gan Naoul, est une insulte à la mémoire de la poétesse Rahel, dont tous les Israéliens connaissent par cœur les poèmes et celui-ci en particulier, Rahel qui a donné sa vie pour construire notre pays, à une époque où aucun Juif n’aurait pu imaginer qu’un gouvernement souverain donnerait un jour de tels ordres…

Comment comprendre que les principales institutions de l’Etat juif souverain (armée, police, justice, médias, etc.) soient aujourd’hui engagées dans un tel processus destructeur?

Derrière l’argumentation juridique qui justifie ces entreprises destructrices répétées, il y a en fait une volonté politique et idéologique de couper le lien entre le peuple d’Israël et sa terre.

Le clivage le plus profond qui divise la société israélienne est en effet celui qui sépare ceux qui veulent assumer l’identité d’Israël, et ceux qui la rejettent.

Dans ce contexte, les “Palestiniens” ne sont qu’un outil idéologique, une invention conjointe de l’Europe et du camp post-sioniste* en Israël, au service de l’entreprise de déjudaïsation de l’Etat juif.

Ils sont, pour reprendre l’expression parlante d’Itzhak Attia, le “négatif identitaire” d’Israël**, ou le nouveau “Verus Israël” au moyen duquel les ennemis d’Israël voudraient détruire de l’intérieur l’Etat juif.

Cinquante ans après la guerre des Six Jours, Israël se retrouve à nouveau confronté au défi existentiel et au choix stratégique entre deux options identitaires : celle de continuer à se définir comme un “peuple comme tous les autres”, en voulant effacer le lien entre l’Etat juif actuel et son histoire, ou celle d’asseoir enfin sa souveraineté politique sur le coeur d’Eretz-Israël, et d’assumer ainsi son identité véritable.

 

*Sur le post-sionisme, je renvoie au livre de Shlomo Sharan (éd.), Israel and the post-zionists, A nation at risk, et à celui de Yoram Hazony, L’Etat juif, sionisme, post-sionisme et destins d’Israël, éd. L’éclat 200

** Voir I. Attia, “Le négatif identitaire d’Israël”, dans Après Amona, Forum-Israël No.1.

Mon dernier livre, La trahison des clercs d’Israël, est paru chez La Maison d’édition.