La France s’est passionnée depuis deux semaines autour de l’élection législative partielle dans la 4ème circonscription du Doubs où il s’agissait de remplacer le député Pierre Moscovici appelé à des fonctions de commissaire européen.

Au second tour, ne restaient en lice que le candidat PS, Frédéric Barbier, et la candidate FN, Sophie Montel. Finalement, le 8 février, c’est le candidat PS qui l’a emporté avec 51,43% des voix contre 48,57% à sa rivale FN.

Cette situation n’était pas inédite puisqu’elle nous rappelait celle survenue aux élections présidentielles des 21 avril et 5 mai 2002. A l’issue du premier tour, Lionel Jospin, Premier ministre, avait été devancé par Jean-Marie Le Pen qui se retrouvait donc au second tour pour affronter Jacques Chirac.

Au terme d’une formidable mobilisation nationale où l’on a vu des millions de personnes descendre dans les rues, et presque tous les partis républicains appeler à voter pour Jacques Chirac, ce dernier était élu avec un score sans précédent : 82,21% des voix contre 17,79% à son rival frontiste.

La différence entre ces deux scrutins est multiple. Tout d’abord, en 2002, il y avait eu un sursaut républicain qu’aucun d’entre nous n’a oublié.

La sidération suite à la deuxième place du président du FN avait provoqué une réaction sans ambigüité, même si certains  militants d’extrême gauche invitaient leurs camarades à aller voter pour Jacques Chirac « avec des gants ou une pince à linge sur le nez ». –

Ensuite, le résultat final de cette présidentielle avait confirmé que les électeurs de gauche avaient bel et bien voté à droite pour faire barrage au FN. Le Pen, entre les deux tours, n’avait pu mobiliser pratiquement aucuns nouveaux électeurs. En revanche, Chirac avait fait le plein de tous les autres droite/gauche réunis.

L’élection du 8 février dernier donne un résultat très différent, puisque la crainte de voir triompher la candidate FN n’a pas mobilisé l’électorat de droite. Le très faible écart entre les deux candidats (quelques centaines de voix) a de quoi inquiéter.

Et c’est bien la vraie différence entre 2002 et 2015 : la victoire du Front National, malgré toute l’idéologie raciste et xénophobe qu’il véhicule, devient une possibilité à envisager à tous les niveaux d’élections : cantonales, régionales, législatives et… présidentielles !

La « dédiabolisation » du FN a fonctionné au-delà de toute espérance pour ses partisans. Sa nouvelle présidente a su enrober le même discours que celui de son père en lui donnant des allures politiquement plus correctes mais toujours moralement aussi incorrectes.

L’hypothèse d’un(e) président(e) de la République d’extrême-droite en 2017 n’est plus aussi saugrenue que jusqu’à il y a seulement quelques petites années. Est-ce vraiment ce que veulent les Français ? Donner le pouvoir à un parti qui ne l’a jamais exercé, pour « voir ce que ça
donne » ?

Certes, la déception par rapport aux politiciens de tout crin a fini par lasser les électeurs. « Blanc bonnet, bonnet blanc, UMPS, etc. » Le fameux ni/ni finira par renvoyer dos-à-dos la droite et la gauche au profit de leurs extrêmes respectifs (sinon respectables).

En tant que citoyen français, mais aussi en tant que juif, je ne peux pas rester insensible et/ou inactif face au danger d’une victoire de l’extrême-droite lors des scrutins départementaux et nationaux à venir. Nous venons tout juste de célébrer au niveau mondial le 70ème anniversaire de l’ouverture du camp d’Auschwitz.

Ces célébrations, qui ont revêtu différents aspects, ont été impressionnantes. Mais, pourrait-on imaginer que dans le même temps où le concert des nations a répété son rejet de la barbarie nazie, notamment à l’UNESCO en plein cœur de Paris, des peuples puissent se doter de gouvernements dont l’idéologie s’apparenterait à celle du national-socialisme des années 1920-1945 en Allemagne ?

La victoire en Grèce d’un parti qui ne cache pas son antisémitisme et son antisionisme doit nous faire réfléchir et nous ressaisir. Certes, nos institutions politiques et les déclarations courageuses de nos gouvernants ne devraient pas permettre à une telle situation de se produire. Mais la terrible faille dans le front républicain lors de l’élection du Doubs a de quoi inquiéter.

La « victoire » du Parti Socialiste a été, à mon sens, moins significative que celle de la candidate du Front National qui a réussi à mobiliser 48,57% des électeurs.

La semaine dernière, je concluais que je n’aimerais avoir à quitter le pays des Lumières et je le redis solennellement.

Toutefois, la seule raison qui pourrait provoquer mon départ, et mon exhortation à mes coreligionnaires à le faire, serait d’avoir à vivre dans un pays dirigé par un parti d’extrême-droite, même habillé d’un semblant de démocratie.

N’oublions pas l’admonestation de Bertolt Brecht dans « La résistible ascension d’Arturo Ui » (1941) : Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ».

Shabbath Shalom à tous et à chacun. Daniel Farhi.