Face à la science, la Parole. Face à la rationalité, la prophétie. Dans cette course effrénée de la connaissance, on en oublie bien souvent la sagesse.

Antonin Artaud, auteur français surréaliste (1896-1948), qui conceptualisa la scène du ‘Théâtre de la Cruauté’ dans son livre Le Théâtre et son Double (1938), clamait déjà en 1936 – à qui voulait l’entendre – que ce qui a causé la perte de l’Europe c’est « l’éclatement des savoirs », que pour se regrouper et se sauver elle-même de cette rage bouillonnante qui putréfie l’âme humaine des idées fascistes et nazistes, il fallait prendre exemple sur la révolution culturelle et artistique qui enflammait le Mexique d’alors, et qui prônait un retour à la terre, un retour aux racines premières.

Qu’en est-il aujourd’hui des idées assassines de l’Europe ? Et qu’est-il advenu d’Emiliano Zapata (1879-1919, révolutionnaire mexicain) et de Pancho Villa (1878-1923, révolutionnaire mexicain) ?

Les unes se sont égarées dans les faux-semblants et les morales tendancieuses, les autres se sont perdues dans les livres d’Histoire ; autant d’anecdotes que l’on dépoussière pour raconter qu’avant la mondialisation, il existait la particularité des cultures.

Mais aujourd’hui Poutine – et la Russie avec lui – annexe la Crimée sans aucune commune mesure, sorte d’Anschluss des temps modernes, et le Charlot de notre enfance reste un héros silencieux face à tous ces impuissants qui nous dirigent, nous et leurs intérêts avant tout ; et apparemment la Syrie n’en fait pas partie.

Si depuis tous ces drames humains qui ont définitivement assourdi notre totale incompréhension de l’être face à la barbarie sanguinaire et cannibale qui n’a eu de cesse d’abreuver la terre de tortures, de génocides, d’éclatement de bombes et de roquettes, l’on parle inlassablement de devoir de mémoire, c’est bien que l’homme contemporain à cette capacité beaucoup trop facile d’oublier.

Pourtant, à l’heure de l’instantané, toujours plus rapide que la vitesse de la lumière, l’information, elle aussi, se relaie à la vitesse de la lumière. On « facebooke », on « tweete », on « instagrame » : on sait. Mais face au trop-plein, entre faits-divers et catastrophes planétaires, on préfère encore s’échapper. C’est l’oubli volontaire face à l’impuissance paralysante. C’est ce qui permet de changer les personnages, le décor, et de recommencer. Qu’attendons-nous exactement d’un monde qui tourne autour d’idoles d’or, de drogues et d’armes ? C’est sûr qu’il est des vérités que l’on préfère bien souvent détourner…

Quelle place faisons-nous à l’Art dans ces moments troublés de l’Histoire ? Et quelle est sa vocation ? Quand on sait que les arts picturaux et littéraires – en majorité – ont de tous temps frôlé avec les manigances politiques ; tant bien pour les dénoncer que pour les appuyer. Dans un pays construit sur une guerre sans fin, l’art et la culture n’ayant pas été la priorité absolue des habitants cherchant à survivre, et qui aujourd’hui se veut une société en pleine effervescence toujours à la pointe de la découverte, l’art israélien existe-il ? Et peut-il jouer un rôle ?

Voilà la question à laquelle nous tenterons de répondre.

Bring Back Our Boys by Dan Groover - Stencil Sketch - En souvenir des trois adolescents enlevés et assassinés à l'été 2014

« Bring Back Our Boys » by Dan Groover – Stencil Sketch – En souvenir des trois adolescents enlevés et assassinés à l’été 2014