L’un a fait graver un aleph sur son épée d’académicien, l’autre y avait mis une étoile de David. Tous deux pourtant se sont qualifiés de «Juifs imaginaires», dont l’identité en tout cas « ne se traduisait plus par les gestes rituels de la tradition. »

Le 28 janvier 2016, Alain Finkielkraut entrait à l’Académie Française et c’est Pierre Nora qui fit son éloge. L’auteur de la « Mémoire vaine » en face du maitre d’œuvre des « Lieux de Mémoire »…..

L’historien dans un discours affectueux et admiratif n’hésita pas à exprimer des critiques au philosophe. Celui-ci, qui avait un pensum difficile, sut dépeindre son prédécesseur Félicien Marceau, condamné après guerre pour « collaboration » dans un portrait au scalpel auquel il n’associa pas de vitriol. Deux discours merveilleux d’intelligence, d’émotion et de nuances où la finesse de l’expression se conjuguait avec la fermeté de la pensée.

Quelques heures plus tard je voyais mon ami le Professeur Tursz, ancien Directeur Général de l’IGR à Villejuif, devenir officier de la Légion d’Honneur. La médecine après la culture. Le même âge que Finkielkraut, la même excellence professionnelle et le même rapport à un père revenu de l’enfer : pour l’un Auschwitz, pour l’autre le ghetto de Varsovie. Le même amour d’une France idéalisée et presque la même inquiétude quant à son état présent.

Ce jour-là, j’ai vu ce que ces Juifs au nom « imprononçable » ont apporté à notre pays, et j’étais heureux de la présence du Premier ministre, autre fils d’immigré, pour l’hommage sous la Coupole.

Malheureusement ce jour-là aussi, la France recevait un visiteur indigne, le Président iranien. Business oblige…..Au moins aurait-on pu éviter qu’il n’atterrisse pendant que se déroulait la commémoration de l’Holocauste à l’UNESCO.

Ou faut-il  plutôt nous féliciter que les iraniens n’aient pas exigé l’annulation de cette cérémonie sous prétexte qu’elle était blessante pour leur pays qui inaugurera bientôt, en toute quiétude, son festival de caricatures de la Shoah, rendez-vous des négationnistes de la planète ?

En tout cas, on l’a compris, le négationnisme d’Etat, les milliers de condamnés à mort, le passé et le présent terroriste, les menaces explicites sur l’Etat d’Israël et la certitude des mensonges (la célèbre taiqiya) dans la mise en oeuvre des accords nucléaires  (il n’y a pas eu d’accord, dit Khameneï), tout cela n’est pas grave : M. Rohani a une barbe soignée, un sourire avenant, c’est par définition un modéré, il nous est donc favorable et il nous faut le soutenir contre les durs du régime, même s’il est possible qu’une partie (minime, dixit M. Kerry, qui n’en est plus à une couleuvre près) de la future manne financière puisse être utilisée à des fins militaires.

On a collé à Hassan Rohani une étiquette d’homme de paix, mais elle est fausse; il est au service du Guide qui est un homme de haine. Ceux qui le mettent sur le pavois, ce sont ceux qui avant guerre disaient qu’Hitler était un modéré avec lequel on pouvait parler : n’avait-il pas éliminé les SA ? Et depuis cette époque l’aveuglement volontaire et récidivant devant l’ennemi sous prétexte qu’il est la meilleure défense contre un ennemi pire encore, c’est toute l’histoire des errements au Moyen-Orient. Arafat car Abu Nidal, Abbas car Hamas, Hamas car Djihad islamique, Frères musulmans car Al Qaida, Assad car Daech, la liste est interminable……

Si un sondage demandait qui est le plus modéré entre le Président Rohani et Alain Finkielkraut, je craindrais les résultats. Ce dernier paye sa présence médiatique d’une détestation organisée, où ses paroles sont outrageusement biaisées. Il s’en étonne, lui à qui le racisme fait horreur et qui a été ces dernières années d’une lucidité prémonitoire.

Cependant les guets-apens télévisés tels celui qu’il a subi à Des Paroles et Des Actes n’obéissent pas à la logique des discours argumentés comme celui de l’Académie, mais à celle des jeux du cirque guidés par les étiquettes. Il ne peut rien devant le discours extraordinaire de haine débité par une jeune femme de la « minorité », souriante et maquillée qui, le spectateur et lui l’ignorent, mais pas l’organisateur du débat, milite dans un mouvement connu pour son antisémitisme victimaire. Victimes? Alain Finkielkraut, Pierre Nora ou Thomas Tursz ne se sont jamais posés en victimes. C’est leur honneur et le nôtre.

Dr Richard Prasquier

Président du Keren Hayessod