Depuis quelques semaines, les « bien-pensants » d’ici et d’ailleurs feignent de s’émouvoir de l’arrestation, le 17 décembre 2017, d’une jeune fille blonde aux yeux bleus, âgée de 17 ans, nommée Ahed Tamimi.

Les groupes propalestiniens inondent les réseaux sociaux de vidéos et de montages-photos afin d’apitoyer la terre entière sur son sort. Le 13 février dernier, elle a comparu devant une cour militaire. Elle doit faire face à douze chefs d’inculpation. Son procès a ensuite été ajourné jusqu’en mars.

Que l’on s’émeuve au sujet d’une mineure emprisonnée, quel que soit le pays, est compréhensible. Mais dans le cas d’Ahed Tamimi, il y a eu manipulation de l’opinion publique. Depuis 2012, la famille Tamimi et les militants de la cause palestinienne ont utilisé Ahed à des fins de propagande.

Dès l’âge de 9 ans, elle a été régulièrement envoyée provoquer des soldats israéliens, leurs donnant gifles, coups de pied et coups de poing, allant jusqu’à les mordre, comme ce fut le cas en 2015. Les multiples incidents dans lesquels Ahed Tamimi a été impliquée n’étaient jamais improvisés. Tout était toujours scrupuleusement mis en scène et filmé, avant d’être aussitôt mis en ligne.

Le 13 février dernier, la chaîne française d’information continue BFMTV a d’ailleurs diffusé un reportage de sept minutes sur la jeune fille, dans lequel on pouvait voir la scène du 15 décembre où elle s’en prenait violemment à deux soldats israéliens près de sa maison. Ensuite, on a pu voir et entendre le « message d’Ahed Tamimi pour le monde » filmé et enregistré par sa propre mère aussitôt après l’incident.

Cependant, une partie des propos d’Ahed n’a pas été diffusée par BFMTV. De ce fait, les téléspectateurs n’ont pas pu l’entendre imputer la responsabilité des attaques au couteau et celle des attentats suicides à la « décision de Donald Trump » ! De tels propos auraient en effet risqué d’écorner l’image de la courageuse résistante pacifique et désarmée (encore que j’aie un peu de mal à qualifier les coups de pied et les coups de poing de « résistance pacifique » !)

Pour ma part, même si j’aimerais que les paysans de Nabi Saleh et d’ailleurs puissent vaquer à leurs occupations en toute quiétude et que leurs enfants puissent aller à l’école et jouer en paix, même si j’estime que les actions d’extrémistes juifs à leur égard sont souvent condamnables, je ne parviens pas à me sentir solidaire d’une jeune fille instrumentalisée et manipulée depuis son plus jeune âge.

Ayant vécu de longues années dans des pays où la police et les militaires n’hésitent pas tirer à balles réelles sur le moindre rassemblement pacifique, j’estime que les soldats israéliens vus sur les vidéos mettant en scène Ahed Tamimi sont admirables de calme et de retenue ! Jamais ils ne réagissent aux coups et aux insultes, préférant reculer de quelques pas face aux assauts hystériques de la gamine.

En regardant les images de la télévision israélienne la montrant après son arrestation, je ne peux que constater qu’elle semble avoir été bien traitée : elle est entourée par du personnel féminin et elle n’a pas été battue ou torturée, contrairement à ce qui se serait passé si elle avait été arrêtée pour les mêmes faits dans l’un des pays voisins d’Israël, voire même dans les territoires administrés par l’Autorité Palestinienne ou, pire, par le Hamas !

Je ne peux m’empêcher de comparer la furie médiatique entourant le cas d’Ahed Tamimi avec le silence assourdissant qui a entouré la mort tragique Thérèse Kapangala, une jeune Congolaise de 24 ans, tuée par des balles de la police à l’intérieur même de l’église Saint-François de Sales, dans la commune de Kintambo, à Kinshasa. Cette jeune femme se destinait à la vie religieuse. Elle ne manifestait pas, elle priait. Mais son nom s’est ajouté à celui des cinq autres victimes tombées le 21 janvier dans la capitale congolaise.

Ce jour-là, la mobilisation populaire avait été, comme toujours, durement réprimée. Les Catholiques tentaient de témoigner de leur opposition au pouvoir outrageusement illégal, outrageusement corrompu et surtout outrageusement incompétent du président Joseph Kabila, dont le mandat était censé avoir pris fin depuis décembre 2016 ! Ces morts n’étaient malheureusement ni les premières, ni les dernières. D’autres Congolais étaient déjà tombés lors des manifestations du 31 décembre. D’autres encore furent abattus le 25 février lors d’une nouvelle mobilisation. C’est d’ailleurs durant ces derniers évènements qu’un activiste de 36 ans, Rossy Mukendi Tshimanga, a trouvé la mort.

Il avait été visé à bout pourtant par un policier, à la paroisse Saint-Benoit de Lemba, toujours à Kinshasa, alors qu’il tentait de fermer le portail. Atteint par balle à l’abdomen, il devait succomber des suites de ses blessures à l’hôpital. En République Démocratique du Congo, la police tue des manifestants dans les rues des villes tandis que des groupes armés et parfois même des militaires massacrent la population en toute impunité, que ce soit au Kasaï, au Nord-Kivu ou en Ituri. Parmi les victimes, il y a aussi des enfants. Mais ce sont des victimes silencieuses, car leur mort n’est ni filmée ni diffusée sur les réseaux sociaux du monde entier.

Des enfants syriens, victimes innocentes d’une guerre atroce, sont soignés dans les hôpitaux israéliens. Cela non plus ne semble pas intéresser les grands médias, qui préfèrent couvrir les cris hystériques de la jeune Ahed Tamimi.

À mon humble avis, cette jeune fille ne devrait être ni jugée ni condamnée, car elle est elle-même une victime : victime de son entourage, victime de l’éducation haineuse qu’elle a reçue depuis sa plus tendre enfance, victime de l’incitation à la haine en provenance des autorités et des médias locaux. Je recommanderais plutôt qu’elle soit envoyée pendant un mois en colonie de vacances, loin de chez elle, à Eilat ou à Ashkelon, par exemple.

Là elle pourrait rencontrer, sans doute pour la première fois de sa vie, des jeunes Israéliens de son âge et être « déconnectée » de son environnement habituel. Cette soudaine ouverture sur le monde, loin de la propagande et des manipulateurs lui ferait certainement le plus grand bien. Je rêve de voir la fougueuse Ahed transformée en militante du dialogue et de la paix. Mais sans doute ne suis-je qu’un incorrigible idéaliste…