Cette semaine, nous avons la chance de lire deux sections fort intéressantes de la Thora. Intéressantes car de nombreux enseignements découlent de ces dernières.

Commençons par la première section : A’harei Mot.

Ce texte est divisé en deux grandes parties : la mort des fils d’Aaron et le service de Yom Kippour.

Au décès de ses fils, Aaron doit aller au Sanctuaire.

Chap. 16 V. 3 et 4 :  » Avec ceci Aaron viendra dans le Sanctuaire : avec un jeune taureau en offrande de faute et un bélier en offrande d’élévation. Une tunique de lin sacrée, il revêtira et des caleçons de lin seront sur sa chair, et d’une ceinture de lin il se ceindra et d’un turban de lin il se coiffera ; ce sont les vêtements sacrés ; il immergera sa chair dans l’eau et les revêtira. « 

Nous allons nous intéresser à la signification du lin, matière noble que certains ont l’habitude de porter pour les fêtes et plus spécialement à Kippour. Nous lisons dans Ezéchiel 9.2 que  la blancheur du lin symbolise le pardon ; quant à la fibre elle-même, elle symbolise le service des anges, décrits métaphoriquement comme vêtus de lin. Pour Rabbi Be’hayé, « les quatre habits blancs symbolisent les quatre groupes d’anges attachés au service de Dieu »

Le rav Feinstein nous explique pourquoi certains portent ces vêtements blancs en lin à Kippour : « La coutume de porter un vêtement blanc à Yom Kippour trouve son origine dans les habits blancs du Cohen Gadol. Selon les sages, cette couleur symbolise également notre confiance dans le fait que Dieu acceptera notre repentir à Yom Kippour. Au moment de nous soumettre au jugement de Dieu, nous nous revêtons de blanc comme pour nous rendre à une fête, confiants dans le fait que Dieu acceptera notre repentir et nous accordera Son pardon. »

Maintenant que nous savons pourquoi certains s’habillent en blanc, réfléchissons sur la raison du jeûne de Kippour.

Nous ne devons pas jeûner pour souffrir

Chap. 16 V. 19 « Ceci sera pour vous un décret éternel : le septième mois, le dix du mois, vous mortifierez vos personnes et vous n’accomplirez aucun ouvrage, l’indigène ainsi que le converti qui réside parmi vous. »

Je souhaite partager avec vous le commentaire du Rambam qui lui ne parle ni de jeûne ni de mortification. « Il existe un autre commandement positif à Yom Kippour : s’abstenir de manger et de boire. Il est interdit de se laver, de s’enduire d’huile, de porter des chaussures et d’avoir des rapports conjugaux. Ce sont des commandements positifs, au même titre que l’obligation de s’abstenir de manger. »

Ainsi pour le Rambam, nous devons nous abstenir d’exécuter des actes, ce qui implique que le but du jeûne n’est pas de souffrir, mais de s’élever au-dessus des limites humaines imposées par le corps qui nous empêchent de fonctionner normalement sans manger.

La fin de cette section nous relate les relations illicites qui sont appelées le « dévoilement de la nudité » ou la « honte ». Pour introduire cette série d’interdits, nous lisons :

Chap. 18 V. 5 : « Vous observerez Mes décrets et Mes lois, que l’Homme accomplira et par lesquels il vivra, Je suis Hachem. »

Le Ramban nous enseigne que l’expression « par lesquels il vivra » fait particulièrement allusion aux lois sociales régissant les rapports entre l’homme et son prochain, telles que les lois concernant la propriété et les dettes ou interdisant le meurtre et le vol. Pour lui, « la vie ne peut être stable et paisible que si la société adhère à ces lois. »

La toute fin de cette section me laisse un goût amer lorsque nous lisons :

Chap. 18 V. 22 «  Et avec un mâle, tu ne cohabiteras pas comme on cohabite avec une femme, c’est une abomination. »

Pour décrire les relations homosexuelles, la Thora emploie l’expression « abomination ». Expression de dégoût qu’elle n’a pas employée jusque là. Malheureusement certains « religieux » pensent encore que l’homosexualité est une maladie et cela me désole. Nous savons que deux êtres de même sexe peuvent s’aimer et vouloir construire leur vie ensemble. Peut-être devons-nous faire évoluer nos textes afin que chacun puisse s’y retrouver.

La deuxième section de la semaine Kédochim nous donne dans sa première partie des conseils pour mieux vivre ensemble.

Chap. 19 V.1 et 2 : « Hachem parla à Moïse en disant : parle à toute l’assemblée des enfants d’Israël et dis-leur : vous serez saints, car Je suis saint, Moi Hachem votre Dieu. »

En lisant ce premier verset, je me suis demandé pourquoi il est écrit « Soyez saints». Nahamide nous apprend que si une chose est autorisée par la Thora, cela ne signifie pas pour autant que l’on puisse en jouir à l’excès. Ainsi, l’exigence de « sainteté » invite à une certaine dignité dans le domaine des choses permises. Ce commentaire doit nous faire réfléchir sur notre mode de vie qui nous pousse souvent à des excès.

Les versets 9 et 10 sont très sociaux car ils nous parlent des dons aux pauvres.

Religion et social vont de pair

Chap. 19 V 9 et 10 : « Et lorsque vous moissonnerez la moisson de votre terre, tu n’achèveras pas le coin de ton champ pour le moissonner, et la glanure de ta moisson tu ne glaneras pas. Et tu ne cueilleras pas les grappes non développées de ta vigne ; et les grains tombés de ta vigne tu ne glaneras pas ; au pauvre et au converti tu les abandonneras. Je suis Hachem votre Dieu. »

Le passage sans transition des lois dites religieuses concernant le culte divin aux lois sociales comporte d’après S.R. Hirsch un enseignement important : « Dans le cadre de la vie juive, il n’existe aucune contradiction entre ces deux secteurs ; ils ne forment pas même des parties coordonnées d’un tout, mais ils se tiennent mutuellement et ils constituent une unité organique, comme la racine et l’arbre. L’élévation de l’homme vers Dieu implique celle vers l’humanité. »

Vous me demanderez pourquoi il est écrit « et au converti » ? D’après Sfira, le cas du converti sans ressources est spécialement évoqué car la douleur de sa solitude force la compassion.

En étudiant cette section, je repense à un commentaire que j’ai écrit il y a quelques semaines où je m’insurgeais contre le mépris qu’ont certaines synagogues envers les pauvres, allant même parfois nier leur existence dans la communauté. J’espère qu’en lisant les commentaires de S.R. Hirsch, les dirigeants de ces synagogues comprendront que religion et social vont de pair.

Le verset suivant traite de droit social.

Payer les salaires à temps est une obligation

Chap. 19 V. 13 et 14 : « Tu n’escroqueras pas ton prochain et tu ne voleras point : tu ne laisseras pas les gages de ton salarié passer la nuit avec toi jusqu’au matin »

Voici une belle leçon que certains devront méditer. D’après Rachi, « si le salarié a été embauché pour la journée, l’employeur a jusqu’au lendemain matin pour le payer. » Il est écrit dans le Hochen Michpat 339, 3-5 que «  l’interdiction de retenir le salaire entre en vigueur dès qu’il est dû. »

Mesdames et messieurs les dirigeants, ce qui vous est demandé est de payer vos salariés à temps et de ne pas trouver d’excuses fallacieuses, comme malheureusement nous pouvons le voir dans certaines communautés, pour vous acquitter de vos dettes envers eux.

Nous terminerons ce commentaire par une des phrases les plus connues de la Bible.

Les clés pour le bien-vivre ensemble

Chap. 19 V. 18 : « tu ne te vengeras pas et ne garderas pas rancune aux enfants de ton peuple ; tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis Hachem. »

Le Ramban nous enseigne que la Thora ne nous demande pas d’éprouver vis-à-vis des autres autant d’amour que l’on porte à sa propre personne. Ce que Dieu nous enseigne dans ce verset, c’est de souhaiter que les autres jouissent du même degré de réussite et de prospérité que celui que nous désirons atteindre nous-mêmes.

Comment conclure sinon citer HaKtav VeHaKabbala qui nous donne une série d’exemples concrets sur la manière d’observer ce commandement :

«  Ton affection pour les autres ne doit pas être feinte mais sincère.

Traite toujours les autres avec respect.

Cherche pour eux ce qu’il y a de mieux.

Associe-toi à leur peine.

Salue-les avec chaleur.

Accorde-leur le bénéfice du doute.

Aide-les physiquement même pour des tâches qui ne sont pas très dures.

Sois prêt à les aider par des dons d’argent ou des prêts modiques.

Ne te considère pas meilleur qu’eux. »