Le président de l’Autorité Palestinienne a une position des plus ambiguë face à l’intervention militaire d’Israël dans la Bande de Gaza. Et si finalement cette guerre pouvait servir ses intérêts ?… Réflexions.

Turquie, Qatar, Egypte… Mahmoud Abbas n’en fini pas de voyager pour tenter de faire entendre raison au Hamas afin qu’il accepte un cessez-le-feu sans conditions préalables. Lundi 21 juillet, il a rencontré pendant près de trois heure Khaled Meshaal, le responsable politique du Hamas à Doha (Qatar).

Les images de la rencontre montrent une ambiance détendue, presque amicale. Bises à tout va, sourires… une impression forte que quelque chose d’important est en train d’arriver se dégage de toute cette mascarade. Et finalement, la dernière demi-heure de rendez-vous devient glacée, les visages se tendent et les « amis » se séparent sans qu’une quelconque avancée ou décision ne soit prise.

Les Qataris, de leur côté, pressent le Hamas d’accepter la proposition égyptienne. Sans m’avancer, je suis convaincu qu’un cessez-le-feu est ce que le Hamas désire le plus en ce moment. Mais comment faire cela sans que cela ait un air de reddition face à Israël ? Allons plus loin, même cela ils seraient prêts à l’accepter si cela n’avait pas des conséquences majeures sur la suite des évènements.

Jugeons sur pièces :

L’Egypte de a-Sissi fait une grande différence entre la population palestinienne et le Hamas. Oui pour protéger la population face à Israël, non pour le Hamas qui est l’allié des Frères Musulmans qui font l’objet d’une chasse aux sorcières au pays des Pharaons.

Le Hezbollah soutient le Hamas mais uniquement par la parole, fort heureusement pour nous, soit dit en passant.

L’ONU, les USA, l’Europe considèrent qu’Israël a le droit de défendre ses citoyens et que même s’ils demandent de la retenue afin d’éviter les dommages collatéraux, ils ne le font que du bout des lèvres.

La rue palestinienne à Gaza commence à grogner contre le Hamas et le Djihad Islamique. L’interdiction faite à la population civile de ne pas quitter les zones de combat est de moins suivie. L’envie de vivre semble prévaloir sur la peur et les populations fuient. Ce qui a permis aujourd’hui mardi à Tsahal d’agir beaucoup plus librement à Beit Hanoun. De plus en plus de civils se rendent à l’hôpital de campagne installé par l’armée israélienne au point de passage de Erez, bravant là aussi l’interdiction et les menaces du Hamas. D’ailleurs, c’est le Croissant Rouge’ palestinien qui transporte les blessés, là aussi contre les ordres qui lui sont donnés.

Il semble donc que le Hamas soit en perte de vitesse dans la Bande de Gaza et que la seule solution pour lui soit de porter un coup fatal à Israël. On continue donc le combat afin de montrer à la population que l’on est prêt à se battre jusqu’à la dernière goutte de sang au nom de la liberté du peuple palestinien. Au passage, je tiens à préciser que ceux qui envoient les combattants au front sont terrés bien au chaud dans leur bunker construit sous l’hôpital Shifa de Gaza… Belle preuve d’unité dans le combat…

Face à cela, Mahmoud Abbas voit une lueur au bout du tunnel (sans jeu de mot…). Si Israël finit par faire tomber le Hamas, il a une chance non négligeable de retrouver sa suprématie sur ce territoire dont lui et ses équipes ont été expulsées en 2007.

Mais il lui faut bâtir une stratégie et surtout prouver à son peuple dans la Bande de Gaza qu’il leur est tout dévoué. Il commence donc les attaques contre Israël dont tout le monde sait qu’elles ne serviront à rien et surtout que cette fois-ci, Israël a de réels arguments de défense. Peu importe, mercredi 23 juillet, l’AP présentera sa plainte au près du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies. Une action qui pourrait entraîner l’ouverture d’une enquête et mener à un rapport Goldstone 2.

Abbas envisage aussi fortement de porter plainte pour crimes de guerre auprès du Tribunal Pénal International à La Haye.

Mais Abbas sait aussi que dans cette guerre Israël a pris d’importantes précautions pour respecter les règles imposées par les accords internationaux et surtout a accumulé des preuves importantes qui serviront à sa défense en temps et en heure.

Ces deux actions font d’Abbas le Grand Défenseur de la Cause Palestinienne auprès des Nations du monde. Et la population le voit.

Autre soutien de poids : L’Egypte. a-Sissi fait aussi le jeu d’Abbas et lance des messages subliminaux faisant de lui celui qui pourra redonner la dignité et surtout l’espoir d’une vie meilleure aux Gazaouis. a-Sissi ne veut plus voir le Hamas dans la région et à tout prendre Abbas est encore la moins mauvaise solution surtout parce qu’il est considéré comme un religieux modéré. Et ce qui inquiète le plus a-Sissi c’est de voir un bastion islamique à sa frontière.

Bref, nous vivons une guerre compliquée sur le terrain militaire et aux implications multiples au plan diplomatique. Tant qu’Israël garde le contrôle de la situation, tout va bien. Détruire le Hamas pour le compte d’Abbas, pas de problème. Mais attention, semble dire Netanyahou au président palestinien : Si tu y crois, pour toi ce ne sera plus un rêve… prend bien garde toutefois à ne pas me poignarder dans le dos car ce que j’ai fait à ton ennemi pourrait bien t’arriver à toi aussi.

C’est ce que l’on appelle des relations diplomatiques amicales…