On a l’habitude de voir Mahmoud Abbas jeter l’éponge.

Soit par frustration avec le processus de paix, et les humiliations de ses « partenaires » de négociation, par frustration avec la ribambelle de factions autonomes et de groupes armés qu’est la scène politique palestinienne, ou simplement frustré du manque de respect et de crédibilité que génère l’Autorité Palestinienne auprès de la population.

Cependant en se plaçant dans le cadre plus large des actions d’Abbas ces derniers temps, cette menace pourrait se concrétiser.

Le président de l’Autorité Palestinienne a porté candidature a 15 organes onusiens avec le soutien explicite et la volonté de « fast-track » leur demande, et juste hier s’est réconcilié avec ses « frères ennemis » du Hamas.

La confluence de ces deux événements semble indiquer qu’Abbas est prêt à jouer la carte Palestinienne plutôt que la carte internationale du processus de paix.

Qu’est-ce que cela signifie à court terme ?

Un rapport récent est sorti sur l’invraisemblance de la dissolution de l’AP. Ce rapport peut être lu ici et en anglais.

Mais même si il est certain que ces nouvelles contraintes pèseront lourd, elles seraient contrecarrées par une présence accrue des Nations Unies et des donateurs internationaux. Il est sur certain qu’aucun ne sous estimera la nécessite d’intervention soutenue en Palestine.

Cependant un rapprochement avec le Hamas pourrait s’avérer contre-productif, surtout si les élections prochaines le donnent gagnant.

Il est invraisemblable que le Fatah reproduise la bourde stratégique des dernières élections, mais on ne sait jamais, la crédibilité  de Fatah est au plus bas, les charges de corruption et d’abus de droits de l’homme ne l’aident pas plus que son incapacité à faire valoir la cause palestinienne dans le processus de paix.

SI le Hamas venait à gagner les élections, il est certain que la crédibilité du gouvernement palestinien serait redorée auprès de la population par le biais démocratique mais compte tenu des penchants du Hamas, on est en droit de s’inquiéter d’un embourbement de la situation.

Et dans un gouvernement d’unité nationale, même mené par un Fatah victorieux la présence du Hamas demanderait beaucoup de garanties, et cela pourrait nuire aux ambitions de reconnaissance internationale, telles que poursuivies aux Nations Unies.

On pouvait s’attendre à la réaction de Bibi et de ses attachés de presse, sur les avancées aux Nations Unies, et il faut le dire, non sans raison compte tenu du Hamas, mais prématurée.

Prématurée parce que cela pourrait encore exploser à la figure de Abbas, mais également parce que cela permettrait à l’administration israélienne de traiter la question sécuritaire de manière plus efficace qu’une occupation coûteuse financièrement, en vie humaines, et éternellement dommageable à l’étranger.

L’Autorité Palestinienne est la légitimité nationale qui permet à Israël d’opérer en Cisjordanie, sans cela Israël redevient une force exclusive d’occupation, ce qui d’un point de vue publicitaire n’est pas terrible.

Cependant, les forces israéliennes peuvent être remplacées par des forces internationales de maintien de la paix, un tampon entre les passions palestiniennes et les troupes de Tsahal.

Qui plus est l’adhésion à certaines organisations oblige à des inspections régulières, du monitoring des progrès politiques, qui pourrait aider à diffuser les tensions.

Les Etats Unis essayent, avec difficulté, de tenir le rôle de tampon depuis Washington, mais c’est sur le terrain qu’un espace doit être crée pour le dialogue et la sécurité.

D’un point de vue sécuritaire, il est évident que la perte la plus significative d’un retrait des troupes serait d’abord informative. Aman (l’organe de collecte d’information de l’armée) n’aura pas la même liberté d’extraire de l’information des territoires occupés.

Cependant cela permet à l’IDF d’être beaucoup plus stratégique quant à l’utilisation de ses troupes, et bien entendu cela évite l’escalade causée par les violences sporadiques en Cisjordanie entre palestiniens et soldats israéliens.

Cependant, il me semble que la sécurité d’Israël, dépend du développement de la Palestine. Ceci n’est pas une corrélation naïve, mais une simple observation des facteurs latents de guerre civile partout sur la planète : une large population de jeunes hommes, et un manque presque total de débouchés économiques.

C’est certainement vrai en Afrique, ça l’est d’autant plus dans le conflit israélo-palestinien qu’il ne s’agit pas d’un conflit latent.

Ces deux facteurs dans un contexte tel que celui-ci sont un des facteurs prépondérants de la violence subie par Israël, les jeunes ne peuvent se tourner vers un avenir qui n’existe pas. Développer l’industrie en Palestine, la création d’entreprise, l’emploi des femmes verrait une chute vertigineuse de la violence envers Israël, et je pense des intentions de violences. On est plus vraisemblable de chercher une excuse à ses frustrations quand on n’a pas d’alternative. Et à en croire de jeunes intervenants palestiniens sur The Cafe d’Al Jazeera en 2012, c’est ce manque d’opportunités qui les incite à passer « à l’action ». Il y’a d’autres types d’action possible, mais ils sont moins facilement disponibles qu’une bombe a un check-point. Encore un point ou les donateurs, et les Nations Unies, seraient en mesure de proposer des alternatives, et c’est également dans l’intérêt à long terme des entrepreneurs israéliens, a en croire le PDG de Soda Stream, le travail est une alternative à la violence pour les employés palestiniens de son entreprise. D’une pierre deux coups contre le Goliath de la question Palestinienne si on est de nature cynique.

Quoi qu’il en soit, exacerber les tensions a toujours été la marque de l’administration Netanyahu. Ehud Olmert n’est pas l’ex-premier ministre préféré des Israéliens, mais dans le processus de paix, il semble y être plus intéressé que Bibi.

Les indications données par Abbas peuvent créer une inquiétude légitime, elles ont aussi un potentiel à ne pas sous-estimer.

En tout cas dans l’attente des élections, durcir la rhétorique pourrait être contre productif, et qu’on en dise ce qu’on veut, ces élections sont un baromètre nécessaire après plusieurs années de doute quant au consensus démocratique en Palestine.