Quand j’habitais à Bruxelles, j’avais pour voisins une association caritative pour les sourds et malentendants, qui toutes les deux semaines organisaient des soirées ou Rihanna enchainait sur du Beyonce, à faire trembler le pâté de maison. Etant malentendants ils maximisaient sur les basses pour faire vibrer les invités, et croyez moi ils s’amusaient, à la fin de la soirée je n’entendais plus que des verres brisés et des onomatopées de nature indéniablement festive. Comme quoi juste parce qu’on ne s’entend pas, ne veux pas dire que l’on ne peut pas s’entendre.

Ca n’est pas la même chose quand on fait la sourde oreille.

Une semaine de discours à l’assemblée générale des Nations Unies a contribué à révéler tout le travail qu’il y a faire, mais comme à l’accoutumé, Israël et la Palestine ont eu la part belle en terme de couverture médiatique, et de références au conflit de part et d’autre dans les différents discours des chefs d’état. Bibi appellerait surement ca des brownie points ou des kudos, mais quoi qu’il en soit…

On n’aurait pas pu avoir deux discours plus diamétralement opposés que ceux de Bibi et Mahmoud.

Juste pour se détendre un peu, caricaturons leur points les plus caricaturaux:

Benyamin Netanyahu:

  • Il ne s’agit pas de militants, ni de l’islam, mais de l’islam militant.

Islam militant veut dire terrorisme? Alors un imam qui milite pour la construction d’une mosquée est un radical violent? Une musulmane qui milite pour que sa maternelle ne soit pas caillassé est une terroriste ? Essayer de convertir des gens c’est du terrorisme? C’est de la violence paramilitaire? Ou alors le premier ministre implique t’il que l’on peut être musulman tant qu’on la ferme?

Quoi qu’il en soit, le choix des mots est judicieux et je pense que le Premier ministre a choisit ses mots, conscient de la réaction que cela inciterait. Les délégués arabes israéliens ont décrit son speech comme étant islamophobe, ce qui, par le choix des mots est exactement ce qu’il est.

Mahmoud Abbas:

  • Guerre génocidaire israélienne.

Quand on est frustré on s’emporte, et j’ai tendance à en vouloir plus aux internautes et célébrités qui recyclent le mot pour leur popularité sur tweeter que le représentant de Fatah en proie à l’émotion, mais comme le Premier Ministre Israélien, les mots ont un sens et de quel génocide parle-t-il?

Le conflit Israelo-Arabe au sens large, en incluant les morts du au terrorisme juif et arabe à l’encontre des anglais et de l’un de l’autre depuis les années 20 a fait moins de morts (Juifs/israéliens et Arabes/Palestiniens) que Bashar al Assad a réussi a tuer en trois ans. Ca doit être un génocide de dilettante, ou pas un génocide du tout.

Bon vous me direz il y a moins de Palestiniens que de Syriens, mais si le conflit sur Gaza, et le conflit en général est une guerre de génocide, réfléchissons un peu, et malheureusement froidement comme ces choses l’exigent:

Plus de 400 enfants sont tragiquement morts durant Protective Edge, mais près de 4500 enfants sont nés pendant et depuis la phase de bombardement, coté génocide c’est pas terrible comme rapport extermination contre remplacement naturel.

Je pourrais continuer mais allez demander aux Tutsis ce que veut dire génocide, ou plus récemment aux Yazidis qui ne sont pas passés loin. Et comme l’a dit Netanyahu quel peuple génocidaire prévient ses victimes à l’avance? Enfin bref…

Benyamin Netanyahu:

  • ISIS et le Hamas sont deux branches du même arbre empoisonné.

Ce sont tout deux des entités abjectes qui utilisent la terreur et la répression de populations locales pour leur légitimité, et ils veulent tout deux un état islamique, en cela ils sont similaires. Mais la question du Hamas est mêlée aux questions d’autodétermination palestinienne.

Si le premier ministre veut que le monde traite le Hamas comme un organisme transnational terroriste et illégitime, il faut d’abord répondre à la question de légitimité ou illégitimité dans l’absence d’un état.

Pour faire simple la question de la Palestine l’emporte sur le Hamas.

C’est à cela que les gens réagissent, ca et l’efficacité de la propagande médiatique. Qu’il y ait 2000 morts ou 150 à gaza, le monde réagira de la même manière, tout d’abord parce que bombarder Gaza et tirer sur des poissons dans un bocal, sont des activités quasi similaires, mais, c’est la non résolution du conflit par un état démocratique qui énerve la planète, la souffrance a Gaza cristallise cela.

Vous voulez délégitimer le Hamas? Réglez la question de la Palestine.

Mahmoud Abbas:

  • Eviter une nouvelle Naqba.

Etant donné les déclarations de Ayelet Shaked (qui n’appelait pas exactement au genocide mais nous y fait penser), Naftali Bennet et plus récemment le savoureux Dov Lior, on ne peut pas exactement lui en vouloir de penser que le but de la droite Israélienne est le grand Israël comprenant la Judée et la Samarie. Si un pays voisin qui m’occupait militairement persistait à appeler mon pays par leur nom, je m’inquiéterais aussi.

Benyamin Netanyahu:

  • Comparer l’Iran a Derek Jeter, et appeler le Human Rights Council le Terror Rights Council.

Monsieur le Premier ministre vous ne vous adressez pas au Congres américain, mais aux nations unies, et croyez moi en tant que fan des Yankees quand je vous dit que 90% de la planète se fout bien du baseball. Ca n’est pas aussi grave que la bombe cartoon de 2012, mais ca reste ridicule.

  • Terror Rights Council.

C’est un peu pareil que l’analogie au baseball, vous êtes Premier Ministre de l’Etat Juif ou un hipster adolescent en manqué de créativité?

Terror Rights Council vraiment? C’est du même niveau que les gens qui appellent Israël JSIL a l’image de ISIL. Si vous voulez on se met d’accord et on utilise ces termes la.

Vous devriez vraiment avoir honte. Enfin bref…

Mahmoud Abbas:

  • L’agression récente est inégalée dans l’histoire moderne.

Vous êtes sérieux la? Je croyais que vous habitiez au Moyen Orient? Il y a un endroit qui s’appelle la Syrie vous savez.

Enfin histoire moderne ça reste vague mais bon, hyperbole, hyperbole et hyperbole, pourquoi pas, ça reste moins grave que génocide mais c’est aussi un beau mensonge.

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Enfin on va pas perdre plus de temps, oui le premier ministre a raison de parler de l’antisémitisme, oui Mahmoud Abbas a raison de demander que vaut la vie d’un Palestinien tout ca, mais la seule raison pour laquelle on s’assoit pour écouter deux fois trente minutes de “c’est pas moi qui l’a fait, c’est lui”, c’est pour savoir ce que vous comptez faire pour sortir de ce bourbier.

Benyamin Netanyahu:

  • La paix avec le monde arabe ne dépend pas de la Palestine, mais la paix avec la Palestine dépend du monde arabe.

Ça en a pris du temps pour renverser la vieille logique et en sortir une citation tout aussi insensée, mais bon.

En gros: Je m’en lave les mains (coutume romaine locale reprise par le premier ministre), mon problème c’est tous ces musulmans armés, ou ceux qui pensent a militer, c’est aux pays arabes de régler la question palestinienne pour moi.

En même temps vous ne cachez plus que vous n’y croyez pas a la Palestine, et même si vous y croyiez Mr. le Premier Ministre, je doute que vous ayez le cran de vous opposer à vos alliés politique qui eux n’y ont jamais cru.

Mahmoud Abbas:

  • Les frontières de 67, Jérusalem-Est et un calendrier de mise en œuvre.

Pardon mais, ça n’est pas presque exactement la même chose que Barak proposait a Arafat il y’a quinze ans?

Il y’a eu une deuxième intifada qui a garantit que les israéliens ne vous écouteraient plus. Et tout ca pour quoi? Pour en revenir au même point? Vous plaisantez? Vous étiez le négociateur pour Arafat à l’époque.

C’est bien ca le problème avec ce conflit, pour donner un autre exemple le Hamas a accepté le même cessez le feu des égyptiens qu’il avait refusé 35 jours et 1500 morts avant durant Protective Edge.

Il convient de noter qu’il n’a pas parlé de droit au retour ce qui est un vrai progrès, à moins que je n’ai raté quelque chose dans la traduction mais le Président Palestinien a dit par le passé que la question de droit au retour était irréaliste. En cela il a absolument raison.

Mais sa frustration avec l’administration Israélienne est claire, il n’y croit plus non plus, et préfère jouer la carte de l’internationale que de revenir à des négociations.

Et c’est tout ce qui ressort de ces deux discours hautement divertissants: une série d’accusations, d’amalgames, de mauvaise foi, et d’analogies qui…

A la réflexion faite Mr. Netanyahu continuez avec la pop culture, au moins on trouve quelque chose pour rire dans la tragédie.