Il y a un mois, je me trouvais à Varsovie pour un voyage de recherche.

Mon but premier : découvrir ce qu’est devenue ma famille restée en Pologne : les parents de ma grand-mère et ses soeurs, Manie et Seché ; une petite fille aussi, car Manie, l’aînée, est déjà maman quand la guerre survient. Ont-ils été déportés et où ? Sont-ils morts dans le ghetto ?

D’après l’archiviste de l’Institut historique juif de Varsovie, que j’ai rencontrée lors de mon séjour, les chances de trouver leur trace sont infimes. Rien dans leurs archives. La plupart des personnes déportées depuis Varsovie, me dit-elle, ont rejoint Treblinka. S’ils n’ont pas été jugés aptes à travailler et ont immédiatement été assassinés, ils n’ont pas été enregistrés. S’ils sont morts de faim ou de maladie dans le ghetto, ils n’ont sans doute pas de tombe ni d’acte de décès.

Mais je ne veux pas abandonner si vite.

Le dernier soir avant mon retour à Paris, je me rends à un concert dans le bâtiment du théâtre yiddish. A l’une des entrées, plusieurs plaques identifiant diverses organisations. L’une attire mon regard : une association d’enfants de Juifs polonais déportés. J’ai rencontré sa fondatrice lors d’un précédent voyage avec l’association Valiske, qui organise des voyages de mémoire. Je sonne à la porte située à l’étage mais la soirée est trop avancée. Et si cette association avait une autre réponse à m’offrir sur la disparition de ma famille ? Un de mes prochains buts est de la contacter.

A mon retour à Paris, je raconte mon voyage à ma mère. Elle revient d’Israël avec une association juive. Le 5 mai, jour d’hommage aux victimes juives du nazisme (Yom HaShoah), une cérémonie a été organisée. On propose à ma mère de citer les noms de ses proches disparus. Pour la première fois, elle a prononcé ceux de Seché et de Manie. Elle a aussi évoqué la fille de cette dernière dont elle ignorait le prénom. L’émotion qu’elle a ressentie à réciter les noms des soeurs de sa mères, qu’elle n’a pas connues, l’a surprise.

Ma recherche sur la fratrie de ma grand-mère et ses parents n’a pas encore abouti, n’aboutira peut-être jamais. Mais à la faveur de ce rituel, elles sont sorties quelques secondes de l’oubli.