La Knesset vient de voter une loi imposant aux entreprises de plus de 100 employés – pour le moment – de réserver au moins 3% des postes à des handicapés. A priori, on ne peut que se féliciter d’une telle décision qui aidera à l’intégration d’une catégorie de population particulièrement vulnérable. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et cette loi est un parfait exemple.

Cette loi va seulement forcer les entreprises à frauder, en créant de faux emplois bidons sous payés ou de faux handicapés. Sans parler des gens non-handicapés qui risquent de perdre leur emploi, et de toutes les conséquences non-prévues et désastreuses qui ne manqueront pas d’arriver.

Cela illustre l’inefficacité voire la nuisance des lois anti-discriminations ou de type « affirmative action ».

Il y a une dizaine d’année je travaillais comme directeur du marketing dans une société internet israélienne en pleine expansion. Nous recrutions beaucoup, en particulier dans le service clientèle, dans toutes les langues. J’avais recommandé un ami pour le département francophone, il était parfait pour le travail. Mais il était shomer shabbat. Or, le travail nécessitait de travailler le samedi, notre clientèle étant internationale et quasi intégralement non-juive, et le secteur était ultra-concurrentiel. Les ressources humaines lui ont donc expliqué qu’elles ne pouvaient pas l’employer pour cette raison.

Problème – il est interdit en Israel de refuser d’embaucher quelqu’un parce qu’il ne veut pas travailler le shabbat. Il semble effectivement inconcevable que des Juifs ne puissent pas trouver de travail en Israel parce qu’ils sont religieux et le gouvernement a depuis très longtemps fait voter une loi qui interdit une telle discrimination. Juste et efficace, non ? Ni l’un ni l’autre.

Certes, j’ai du convaincre mon ami de ne pas attaquer la société en justice. Par la suite, les ressources humaines ayant appris la leçon ont donc inventé d’autres raisons pour refuser d’embaucher des gens qui font le shabbat. Rien de plus facile. D’ailleurs il suffit de ne donner aucunes raisons.

Mais il y a un twist à l’histoire. La société a continué à grandir et à recruter, notamment des francophones. Or, la plupart des candidats étant eux aussi religieux, les ressources humaines n’ont pas eu d’autre choix que d’en embaucher de plus en plus et à se débrouiller comme elles pouvaient pour avoir des employés le samedi.

La loi qui condamne les employeurs qui refusent d’engager des gens qui font Shabbat est donc parfaitement inutile. Inutile parce qu’elle est aisément contournable. Inutile parce qu’on ne peut pas forcer une entreprise à recruter des gens qu’elle ne veut pas. Au final, cette loi de bonne conscience ne fait qu’encourager le mépris envers la loi.

Mais il y a d’autres raisons plus profondes de s’opposer aux lois anti-discrimination. Il y a quelques jours, un propriétaire de salle de fête en Israel a été condamné par la justice pour avoir refusé de louer sa salle à un couple de lesbiennes qui souhaitaient s’y marier. La loi israélienne interdisant de de discriminer les gens suivant leurs origines ou leur orientation sexuelle, la condamnation était inévitable. Et absolument stupide.

Le racisme, les discrimination en tout genre, sont immorales et abominables. C’est indiscutable. Mais l’Etat a-t-il le droit voire la moindre légitimité à intervenir dans des domaines qui relèvent de l’éthique et des rapports sociaux ?

Pour commencer, il s’agit d’un lieu privé et chacun devrait avoir le droit de décider qui peut ou non entrer chez lui, et tout business devrait avoir le droit de choisir avec qui il souhaite faire ou pas des affaires.

Il est bon de rappeler que le droit à la propriété et la liberté de conscience sont des droits de l’homme au sens premier et réel de ces mots. Si quelqu’un, en raison de ses convictions religieuses, est gêné ou choqué par les mariages homosexuels, doit-on le forcer à subir chez lui quelque chose qui le révulse ?

Notons bien que le propriétaire ne refusait pas de servir des clients homosexuels mais de célébrer une union homosexuelle. Or, les mariages homosexuels ne sont pas reconnus par l’Etat d’Israel. L’Etat d’Israel a donc condamné un homme pour ne pas vouloir célébrer chez lui une cérémonie que l’Etat ne reconnait pas. Etonnant paradoxe.

J’ai du mal aussi à comprendre l’insistance du couple lesbien. Après tout, auriez-vous envie d’être servi par quelqu’un qui vous méprise ? Pas moi.

La solution la plus simple et la plus juste est de supprimer ces lois. D’abord parce que la liberté individuelle implique de pouvoir vivre selon ses convictions. Ensuite parce que c’est à la société de traiter ce genre de questions, pas à l’Etat. Un commerce refuse ouvertement de servir les homos, les noirs, les arabes, les religieux, ou les handicapés ? Boycottons-le, il fera faillite. C’est comme ça qu’une société saine s’autorégule.