Ces quelques remarques concernent un espace linguistique particulier, celui de la francophonie, et elles s’appliquent automatiquement à l’espagnol, à l’italien, au portugais, ainsi qu’aux langues apparentées, celles qui ont hérité, dans des proportions variables, du grec et du latin.

Mais ce questionnement sur le mot, sur le nom peut facilement être transposé au monde anglo-saxon. On m’a souvent demandé pourquoi j’ai écrit trois articles sur Dieu.

Si je jette un œil sur les titres, je m’aperçois qu’il y a une foule de sujets qui paraissent plus urgents. La kippa, l’Alyah, l’Iran, l’antisémitisme, l’islamisme, Israël évidemment, mais sur le mot Dieu, pas grand chose, autant dire rien.

En gros, un peuple juif à nouveau menacé, mais qui continue, comme la jeunesse parisienne, à s’attabler aux terrasses des cafés, à apprécier ce qui est beau et bon, et qui fait preuve d’un dynamisme et d’une créativité exceptionnelles.

La Suède, nous accuse, voici notre réponse, les produits israéliens sont boycottés, nous avons trouvé une parade, des Juifs sont poignardés, c’est le protège-cou en Israël et c’est éviter de porter une kippa en France.

Mais qu’arrive-t-il au peuple juif ? Il ne fait que se défendre (pas trop mal) et demander au monde (très mal) de voir ce qu’on lui fait.

Or on dit les Juifs sont très intelligents. Pourquoi ne montrent-ils pas ce que eux peuvent faire ?

Et pas par les armes, comme disait le prophète Zacharie.

Pourtant, avec les Russes pas loin, avec l’Iran qui se frotte les mains, avec cette forêt de couteaux brandie contre nous il nous faut un bouclier, et de préférence un bouclier de David.

D’accord avec vous sur la description de la situation actuelle, mais si nous parlions du prochain coup à jouer ?

Tous les efforts vont dans le même sens, dans l’esprit de Tsahal (Armée de Défense d’Israël), gilet pare-balle, mur de séparation, dôme de fer, clôture « intelligente », missiles anti-missiles. Et même lorsqu’il y a offensive, elle est presque toujours destinée à déjouer une attaque probable.

On se demande si ces 2 000 ans d’exil n’ont pas annihilé toute capacité d’initiative, tant ce que nous observons est d’ordre réactif.

On ne fera pas l’affront à un Juif de lui rappeler ce que la Torah a apporté à notre civilisation.

Le peuple juif a transmis à plusieurs milliards d’humains un texte qui s’est imposé comme la fondation de notre civilisation. Et même chez ceux qui composent le reste, c’est-à-dire qui ne font pas partie de la famille abrahamique, qui n’a pas entendu parler d’Adam et Eve, de la tour de Babel, de Noé et du déluge, des plaies d’Egypte ? Qui aujourd’hui vit dans un temps qui ignore la semaine ? Peut-être quelques indiens d’Amazonie (et encore, je n’en sais rien).

Mais jusqu’à quand allons-nous laisser se recoudre sur nos vêtements cette étoile jaune qu’on ne voyait plus que dans les musées, jusqu’à quand trouverons-nous normal, naturel, habituel, explicable, banal cet antisémitisme qui revient en force et qui frappe dans le monde entier ?

Jusqu’à quand cette supériorité militaire (israélienne, bien sûr) suffira-t-elle à nous rassurer?

Ce n’est pas pour ça que le peuple juif existe, qu’il s’accroche à la vie, malgré cette incroyable, permanente, universelle et incompréhensible obsession à le faire disparaître.

Nous sommes loin d’avoir terminé notre mission, notre transmission.

« Ni par les armes, ni par la force, mais par mon esprit » (Zekharia)

C’est ainsi que le peuple juif peut retrouver sa fonction, sa dignité, en un mot, le respect.

Au regard de la situation actuelle, il faut changer de terrain de bataille, et pour cela un séisme est nécessaire.

Je ne veux pas faire sangloter les violons en évoquant les victimes déjà inscrites sur le grand livre du destin mais ce qui est sûr c’est que si nous restons sur ce terrain, les conflits deviendront de plus en plus dévastateurs et les prévisions sur le nombre des victimes ne cesseront de croître.

La question que nous devons nous poser c’est celle de notre responsabilité dans ce que nous récoltons.

Ce qui vient de se passer à la Knesset est à la fois réjouissant et maladroit.

Anat Bercot fait remarquer qu’il y a quelque chose qui cloche avec le mot « palestinien » puisque le « p » n’existe pas en arabe.

Heureusement l’initiative est pertinente, car elle questionne le nom.

Malheureusement elle est illogique. C’est ainsi qu’on les appelle, mais ce n’est pas ainsi qu’ils s’appellent.

Mais ce qui ne semble qu’on incident médiatique est en fait un modèle de ce changement de stratégie car c’est la prise de conscience (si tard hélas) de l’importance de ce qui avait été signalé en 1988.

« On peut même aller jusqu’à se demander quelle serait la position de l’intelligentsia française si les Palestiniens portaient leur nom de Philistins. » (voir l’article A Dieu)

Et que de souffrances évitées si les batailles de tanks avaient eu lieu sur l’échiquier des noms.

Combien de lires, de shekels, d’agorot, de proutot Israël a investi dans une recherche sur la linguistique stratégique ? Nada.

Comment serait le monde aujourd’hui si on avait remis les choses en place, si on avait appelé un chat par son nom ?

On a pu dire que Jésus était Palestinien (ou né en Palestine), mais aurait-on pu dire qu’il était philistin ?

La grande erreur fut d’accepter d’utiliser ce mot, injecté dans notre destin par les Romains, sans l’examiner.

Si nous en avons tant souffert, et si nous sommes en train de refaire la même erreur avec Dieu, je préfère ne pas imaginer ce qui risque d’arriver.

Le peuple juif sait que Shakespeare n’a pas écrit l’Iliade comme il sait que ce n’est pas Dieu qui a créé le monde. Voilà le schéma de la bombe que Nethanyahu devrait exposer à l’ONU.

Le point sur lequel j’estime qu’il y aurait urgence à ouvrir un débat, c’est que si le mot Dieu et le mot Zeus sont deux formes du même, alors nous sommes atteints d’une schizophrénie qui peut expliquer notre attitude paradoxale.

Ce trouble de la raison, cette faille de l’identité est lumineuse dans la fête de Hanoukka : nous avons chassé Zeus du Temple, mais notre exil dans ce monde gréco-romain nous l’a réintroduit, sous une forme à peine cachée, dans la langue que nous utilisons pour penser.

(Demandez à Google de traduire le « dios » grec en français, ou jetez un œil sur le site thorapeutique.com).

Nous ne résoudrons aucun des problèmes évoqués ici si on ne passe pas d’abord par la réponse à cette question. Sommes-nous malades du Nom ? Notre maladie est-elle une « maldie »?

Laissez courir votre imagination. Une fois que leurs yeux verront que Zeus s’est introduit dans toutes les synagogues à travers les traductions de la Torah, des Psaumes, des Téfilot, que feront nos zélés Habadnikim ?

Je leur suggère d’offrir ces livres à des Chrétiens car même la guenizah risque fort d’être problématique.

S’il est avéré (et les conclusions d’un tel débat ne laisseront aucune place au doute) que ces deux mots sont le même (et le temps viendra pour faire le bilan d’une telle catastrophe, d’une aliénation telle que le Grand Rabbin de France écrit D. par respect pour le Nom), alors nous réveillerons, nous reprendrons l’initiative et nous retrouverons…le respect.

Ce que nous proposons est d’ordre tactique, une façon d’allumer la mèche, la première lumière va éclairer les Juifs, puis la deuxième touchera les Chrétiens, puis comme les cercles concentriques que fait le pavé dans la mare… mais le reste ne me regarde pas.

Il y aura ce qu’il y aura.