Fugues et variations sur le thème de … Aharon Appelfeld. Il fallait oser écrire après et sur un tel magicien de l’écriture ! Valérie Zenatti l’a fait, avec amour, talent, énergie, passion.

Mensonges est un exercice de style sur l’acte littéraire et les chemins qu’il autorise. « F for Fake » disait Orson Welles dans un film célèbre sur l’art des faussaires. Ca ne veut pas dire que Valérie Zenatti triche avec Appelfeld. Certes non. Elle compose, à partir des thèmes chers au grand Aharon, des nouvelles brèves, ciselées, qui vont constituer une gamme de « mensonges » littéraires.

La première, « apparence », contient dans son titre le défi d’écriture. Valérie Zenatti fait en quatre pages l’ « autobiographie » d’Erwin, le jeune héros d’ « un garçon qui voulait dormir » et double d’Aharon Appelfeld. Biographie qui semble continuer/compléter le roman du maître et qu’elle avoue, en bout de texte, fausse, bien sûr.

« Je ne m’appelle pas Aharon Appelfeld.

Je n’ai pas vu le jour à Czernowitz et je n’ai pas été l’enfant unique d’une famille juive assimilée. Ma mère n’a pas été assassinée par les nazis, je n’ai pas connu les marches forcées avec mon père, transie de froid, je n’ai pas pénétré l’anceinte d’un camp où l’on avilissait les hommes, je ne me suis pas échappée de ce camp, je n’ai pas survécu seule dans la forêt.

Pourtant j’ose l’écrire.

Il est dit dans le Talmud qu’à chaque génération le monde repose sur trente-six justes. Cette histoire repose sur quelques mensonges. »

De ses souvenirs d’enfance (Nice 1979) à un conte d’enfants (Silence), en passant par des voyages à Auschwitz et Jérusalem, elle nous emmène dans une traversée fascinée de l’œuvre et de l’homme Appelfeld. Et ce voyage, à son tour, est fascinant, de tour en détour sur les frontières du réel et de l’imaginaire.

Encore une fois il fallait oser écrire autour d’Aharon Appelfeld. Et il fallait surtout réussir cet exercice. C’est fait, brillamment.

Léon-Marc Levy, directeur de La Cause Littéraire (www.lacauselitteraire.fr)

Mensonges, Valérie Zenatti, 92 p. 10 € (Editions de l’Olivier)