Ce qu’il y a d’extraordinaire avec l’univers de la Torah, c’est que ne peuvent parler ou exprimer une opinion que les personnes douées de sagesse et de connaissance.

A mon plus grand dam, avec ces systèmes modernes de la libre expression virtuelle, nous assistons à une cacophonie abrutissante, au sein de laquelle le seul critère d’évaluation devient le nombre de like ou de « partage » engrangé sur les réseaux de désociabilisation. Où est la réflexion, pourquoi l’analyse se cache-t-elle et le questionnement joue-t-il à l’homme invisible ?

Nos Sages nous ont appris qu’il est souvent des questions auxquelles il faut savoir ne pas répondre, voilà plus de 5574 ans que le peuple Juif porte la sagesse d’admettre qu’il est des questionnements qui le dépassent. Quand je lis et entends le déferlement de sottises, que certains appellent réponses ou réactions, à propos de la mort et des conditions de mort de ce Mohamed Abou Khdeir, je me pose deux questions :

– Les Juifs ont-ils compris que sans Torah, toute analyse, tout ressenti, est comme une paire de chaussures à laquelle il manque un pied ? A quoi pourrait-elle nous servir ?

– Les nations n’ont-elles toujours pas compris que le souvenir et la mémoire doivent être à la base de leurs réactions face à de tels événements, pour qu’elles ne revêtent pas, à notre égard, le rôle de ce voleur amnésique qui vient quémander auprès de celui qu’il a volé la veille ?

Je me questionne, et mes interrogations ne font qu’accroître la prise de conscience de cette infinie petitesse qui est la nôtre face aux comptes précis, du sort de chacun, tenus par Celui qui était, Qui est et Qui sera.

Certains membres de la communauté condamnent, d’autres condamnent fortement ou d’autres encore exècrent ces six juifs présumés innocents ; moi, je regarde les yeux rivés sur la Torah et constate que la communauté grille les feux rouges les uns après les autres. En effet que faites-vous des:

– Aime ton prochain comme toi-même ; en décodé, attention au lashon hara (mauvaise langue) ; et ne lui rajoute pas une mauvaise réputation même si ces actions semblent contre lui. Car notre Torah ne considère pas l’aveu mais tient seulement compte des déclarations de témoins casher.

– Juge favorablement ton prochain, en décodé, trouve lui des circonstances atténuantes car on agira aussi ainsi pour toi quand tu seras dans des postures délicates. Une petite histoire pour illustrer cela :

1 Rois 21: 25-26: »En vérité, personne encore ne s’était, comme Achav, adonné à faire ce qui déplaît à l’Eternel, entraîné qu’il fut par sa femme Izével. 26 Il commit force abominations, en adoptant le culte des impures idoles, comme avaient fait les Amorréens, que l’Eternel avait dépossédés en faveur des enfants d’Israël. » L’un des Sages du Talmud passa six mois à enseigner ce verset et à expliquer à quel point Achav était pervers. Une nuit, Achav lui apparut en rêve et lui dit: « Que t’ai je fait pour que tu me calomnies ainsi? Tu enseignes de début du verset mais pas la fin. Qu’en est-il des mots « entraîné qu’il fut par sa femme Izével »? » Le lendemain, le Sage se mit à enseigner les qualités louables d’Achav pendant six mois. (Source Méam Loez, Malakhim Aleph, p.462). Alors si un mort a pu se manifester ainsi, à combien plus forte raison devons-nous être méticuleux quad il s’agit de vivants.

Facile à écrire mais dur à appliquer me direz-vous, c’est à cet instant précis que le questionnement se pare de sa couronne. En effet, se poser les bonnes questions sans avoir les réponses peut suffire à nous ouvrir les voies de la sagesse et de l’intelligence.

– Comment moi, Pinhas, aurais-je agis à leur place ? Avec leur vision du monde, leur compréhension de la vie, leurs blessures, leurs colères, leurs parcours, peut-être aurais-je fais pire. Si Moshe Rabbenou a pu affirmer que quiconque aurait eu ses capacités aurait surement fait mieux que lui, alors qui suis-je pour affirmer que je suis meilleur que ces 6 juifs et qu’à leur place je n’aurais pas été plus extrême ? Je ne le sais pas, je ne peux juger.

– N’est-il pas plus que temps que cet état qui a vu le jour en 1948 arrête de jouer à la péripatéticienne avec les puissances occidentales, en pensant que leurs dollars et leur pseudo amitié diplomatique peuvent être un bouclier pour nous? Que fait-il de la fierté de Yaacov ? Vous me trouvez dur ? Pourtant je ne fais que rapporter ce que la Torah affirme (Ezéchiel 16 :15 « Mais tu t’es fiée à ta beauté et livrée à la prostitution à la faveur de ta renommée; tu as prodigué tes débauches à tout passant quel qu’il fût. »). A quand des dirigeants qui auront pour seul crainte le Créateur de tout ; pour seule fierté, l’affirmation visible de leur identité juive ; et pour seul souci, le fait de ne pas faire fauter le peuple. Si la Torah nous rappelle que la libération des meurtriers involontaires, confinés dans les villes de refuge, était liée au décès du Cohen Gadol, nous devons comprendre qu’il existe bien un lien de cause à effet entre les fautes du peuple et la qualité de ses dirigeants.

– Pourquoi, quand des personnes méritantes meurent avec des grandes souffrances, nous nous contentons d’un très sobre et sincère « Baroukh Dayan HaEmet » et j’ai une pensée émue pour mon amie Edwige Elkaïm (Ancienne président du CRIF Isère), alors que quand ce jeune palestinien, qui semblait se réjouir de nos malheurs, meurt le « Bénis soit le Juge de vérité » disparaît et laisse place à un torrent d’animosités et de haines entre Juifs ?

Pensez-vous que la mort et les conditions de mort de ce Mohamed Abou Khdeir ont échappé au compte précis que D. tient sur chaque individu ? Iriez-vous jusqu’au point de dire que sa mort est injuste alors que vous avez dit : « Baroukh Dayan HaEmet » sur la mort de Eyal, Guilad et Naftali? Tout ce que je sais, c’est qu’il n’y a rien d’injuste dans la vie et que tous les événements malheureux personnels ou collectifs ne sont que le fruit juste et logique de nos transgressions, même s’ils échappent totalement à notre compréhension, dixit Ari HaKadoch –(Chaar HaGilgoulim).

Je ne m’émeus pas mais je me questionne fortement, tout en rappelant à mes 6 frères présumés innocents (parce que le tribunal des hommes n’a pas encore rendu sa sentence) que leur acte est une profanation du Nom Divin (parce que depuis déjà plusieurs l’image de notre peuple, notre Torah et notre Terre est vilipendé, et le tribunal céleste ne peut que constater), alors notre rôle en tant que Juif était, est et sera de toujours le sanctifier aux yeux des nations.

N’oubliez pas que chacun d’entre vous a devant lui une porte, toujours ouverte et qui attend patiemment d’être franchie. Cette porte est la Téchouva (le repentir sincère et véritable avec la ferme intention et volonté de ne plus recommencer). Que la justice fasse son travail et que D. vous rapproche de Lui. Je ne demande aucune réponse mais souhaite que cette liste de questions s’allonge pour que la communauté agisse et parle avec Hokhma, Bina et Daat (sagesse, compréhension, connaissance).

Je présente mes condoléances à la famille du jeune Mohamed Abou Khdeir, et j’espère de tout cœur attendre de leur part, dans les prochains jours, un appel au calme comme les familles d’Eyal, Naftali et Guilad ont eu la sagesse de le faire. En conclusion, je fais mien les mots et l’attitude de Yaacov Avinou s’adressant à Shimon et Lévi après qu’ils aient massacré les 24000 de Shekhem suite au viol de leur Dinah, il pria D. de ne pas associer son âme à la colère et à la violence de ses fils mais il n’oublia jamais qu »ils étaient ses enfants et ne leur retira point leur héritage parmi leurs frères.

Voilà la bonne attitude.