Avant de traiter la symbolique de l’arbre de la vie dans le récit du jardin d’Éden, il est bon souligner comment le sujet de la mort et de l’Après-vie est traité dans la bible hébraïque.

La mort

À la lecture du Pentateuque, on ne peut que s’étonner du contraste qui existe entre le silence relatif à la mort et l’obsession égyptienne de la mort, quand on sait que le peuple des Enfants d’Israël venait de quitter l’Égypte après un séjour plusieurs fois séculaire. Personne ne sut l’endroit où Moïse mourut (Deutéronome 34-6) ; ce fut peut-être intentionnel afin d’empêcher que ne se développe un culte voire même la divinisation de sa personne dans la croyance populaire.

Contrairement aux Évangiles (Luc 23-43) ou au Coran (11-23), le concept de monde futur et de la vie dans l’Au-delà n’est pas mentionné explicitement dans la Bible hébraïque. La mort de l’homme est un retour à la poussière de la terre dont il est issu (Genèse 3-19, Job 10-9). L’homme est un souffle qui s’évanouit sans retour (Psaumes 78-39). Tout semble indiquer que seul compte le monde présent.

L’Après-vie

Certains indices laissent entrevoir une destinée qui puisse aller au-delà du monde d’Ici-bas. Le vocable hébraïque hayyîm signifiant vie a la forme duelle ou plurielle. Le bonheur à tout jamais mérité par ceux qui révèrent le Créateur et exécutent toutes ses lois pourrait également faire allusion au monde futur (Deutéronome 6-24).

Dans les Psaumes 31-20, la référence à la récompense divine dans un monde futur semble à peine voilée, car il y est précisé: « Qu’elle est grande ta bonté que tu tiens en réserve pour ceux qui te craignent … » Isaïe semble faire allusion à un monde futur lorsqu’il dit: « Jamais œil ne vit d’autre Élohim que Toi agir envers celui qui l’attend » (Isaïe 64-3). L’Éternel n’oublie pas les âmes vertueuses à leur mort (Psaumes 16-10). Élohim invoquera devant son tribunal toutes les actions de l’homme, même celles qui sont cachées, qu’elles soient bonnes ou mauvaises (Écclésiaste 12-14).

Jean Brueghel, Adam et Eve au jardin d’Éden, 1610
Source : Wikipedia Commons, WGA03584.jpg

L’arbre de Vie

Dans le récit biblique du jardin d’Éden, l’Arbre de la Vie accorde l’immortalité à qui le mange. Il se trouve au milieu du jardin, et il n’est pas interdit à l’homme d’en goûter. Toutefois, après la transgression de l’interdit relatif au fruit défendu, la raison avancée pour l’expulsion du Jardin d’Éden est d’empêcher l’accès à l’arbre de la Vie. Bannis du Jardin d’Éden, Adam et sa compagne ont perdu une immortalité potentielle.

Le concept d’immortalité n’apparaît qu’une seule fois dans la Bible hébraïque, dans l’épisode du Jardin d’Éden, là où le « chemin de l’arbre de la vie » donnant l’immortalité est interdit à l’homme (Genèse 3-22 à 3-24). Est-ce que cela pourrait signifier qu’il existe un Au-delà dont l’accès n’est pas acquis pour chacun d’entre nous ? Que l’immortalité est peut-être accessible à l’être humain vu qu’elle est préservée à des fins qui ne lui sont pas révélées ? Qui sait?

Le chemin de l’arbre de la Vie

La possibilité d’accéder au chemin de l’Arbre de la Vie (des deux vies) pourrait être associée à la croyance religieuse à l’effet que, suite au jugement de l’ensemble de ses actions lors de son passage sur terre de l’être humain, l’immortalité pourrait être atteinte au Paradis que l’on associe au Jardin d’Éden (le terme Éden peut être décomposé en deux autres : jusqu’au/jugement). L’Arbre de la Vie est toutefois limité d’accès : son chemin est gardé (conservé). Armé de la connaissance du Bien et du Mal, il reviendrait à l’être humain de se mériter l’accès à l’Arbre de la Vie.

Ailleurs dans la Bible, le Bien est associé à la vie et le Mal à la mort. Le libre choix se fait non seulement entre le Bien et le Mal, mais entre le Bien et la vie d’une part, et le Mal et la mort de l’autre (Deutéronome 30-15). Toutefois c’est la Vie qu’il faut choisir (Deutéronome 30-19).

C’est le Bien qu’il faut rechercher et non le Mal afin de vivre (Amos 5-14) et le fruit du juste est l’arbre de vie (arbre de vies – Proverbes 11-30). La préservation de sa propre vie est d’ailleurs un commandement biblique (Deutéronome 4-15). Face au choix imposé de la Vie, le Bien et le Mal peuvent jouer leur rôle.

Ainsi, la connaissance du Bien et du Mal et la recherche du bien sont le prélude du cheminement difficile vers l’Arbre de la Vie. La Thora est considérée comme un étant un arbre de vie à ceux qui s’y agrippent (Proverbes 3-18). Elle constituerait donc une perche permettant d’accéder à l’Arbre de la Vie, c’est-à-dire à l’immortalité. Celle-ci pourrait aussi bien désigner un monde futur dans l’Au-delà que l’empreinte et l’exemple qu’on aura laissés aux générations futures.