Un voyageur interstellaire débarque sur une planète lointaine nommée Olma.

Là aussi il y a des Juifs, là aussi ils ont servi d’intermédiaire et de bouc émissaire, là aussi Rome domine le monde, et les Juifs doivent lutter pour préserver leur identité.

Il est, comme il se doit, invité à passer Shabbat chez le Rav du coin.

Et là, on lui enseigne que Jupiter a fait sortir d’Egypte les enfants d’Israël et qu’il a donné la Torah à Moïse sur le Sinaï.

N’en croyant pas ses oreilles, il se précipite sur des livres et s’aperçoit que, par respect pour le Nom, on a écrit J.piter.

Puis, cet homme se réveille, et cherche à comprendre le sens de son rêve.

Il se demande: qui est Dieu?

Il ne lui faut pas beaucoup de temps pour avoir la réponse: Dios, qui a donné Dios en espagnol, Dio en italien et Dieu en français est tout simplement le génitif de Zeus.

Et voilà dans quelle situation nous sommes.

Voilà que Manitou dans sa traduction de la Haggadah, voilà que la Bible du rabbinat (voir note 1), voilà que les papiers distribués par les Loubavitch, voilà que le sermon du grand rabbin, voilà que les écoles juives, voilà que les parents, voilà que les enfants, voilà un peuple entier, opprimé, brisé, décimé, voilà quelques rescapés, voilà la lumière d’Israël enrôlée sous la bannière de la plus célèbre des idoles grecques.

Difficile de digérer l’énormité d’une situation pareille.

D’ailleurs, jusqu’à ce jour, toutes les réactions des autorités spirituelles ont été unanimes: c’est impossible!

Il est impossible d’imaginer que le peuple juif puisse un jour chanter la gloire de Jupiter, il est impossible qu’il puisse offrir des sacrifices à Zeus, et, en disant Dieu, personne, absolument personne ne pense un seul instant à ce personnage dont je ne prononcerai même pas le nom.

Ah, décadence d’une brillante intelligence! Ah, essoufflement d’une conscience écrabouillée par l’histoire!

C’est vous, vous qui nous enseignez que le monde a été créé par le Verbe, par la suprême perfection d’une combinaison de lettres, c’est vous qui dites qu’un nom propre n’a aucune importance!

Quelque chose m’intrigue pourtant. Tous ces gens n’accepteraient jamais de nous dire qu’Israël est la fiancée de Jupiter, cette seule idée leur ferait horreur et ils seraient prompts à démasquer la supercherie qui se cacherait derrière Ju.iter ou J.piter. Comment se fait-il que Zeus, à peine voilé ait réussi à les mystifier, à les égarer?

Une fois surmontée la phase d’affolement, une fois retirée la main qu’on a mise devant les yeux, on se demande quelles sont les répercussions d’une telle erreur, on fait le bilan des dégâts.

Depuis notre plus tendre enfance, on nous dit que Hashem, Adonaï, El, Elohim, Shaddaï, Hammakom (je demande pardon pour mon irrespect mais je trouve excessif le « Adobaï »de mon vieil oncle), tout ça c’est Dieu. (voir note 2)

C’est à dire qu’on nous a enseigné que Zeus avait raflé tous les attributs, toutes les formes perceptibles de… de Qui au fait?

Le pire c’est que même quand on a bien compris qu’on s’est fait avoir, c’est pas évident de penser autrement. Faites l’essai, vous verrez que cette idée-idole ne se laisse pas déboulonner comme ça.

Nous ne sommes pas encore sortis de l’exil, nous sommes encore « églisés ».

Cet Occident romain nous a habitué, anesthésié au crime que représente la modification du nom. Depuis Jésus jusqu’à Sitting Bull, la liste est longue de ces effacements d’identité qui préludent aux exterminations.

Pourtant ce même Occident est immédiatement sensible à la perversion qui consisterait, pour un groupe qui se veut fidèle au marxisme, à se réclamer de Karl Farx et on imagine mal le nom de Victor Hugo traduit en William « Baulkner » par exemple. On peut même aller jusqu’à se demander quelle serait la position de l’intelligentsia française si les Palestiniens portaient leur nom de Philistins.

La réponse la plus extraordinaire, celle qui me laisse sans voix, c’est ce qu’on entend parfois:

– Quelle importance qu’on l’appelle Jupiter ou Tartempion? nous savons très bien qui c’est.

En somme, pour désigner la liberté, on pourrait choisir un mot quelconque, esclavage par exemple, l’important étant de savoir ce qu’on dit. (Orwell, la novlangue).

Là je passe le relais.

Notes.

(1). A propos de cette « Bible », relisez Exode 3 versets 2 et 3 et comparez avec l’original.

(2). Nous nous sommes placés dans la langue française, mais God ou Gott ne sont pas plus innocents puisqu’ils désignent Wotan.