Épreuve démocratique ou arbitraire judiciaire ? Respect du Droit ou cruauté administrative ? Ces questions divisent cette semaine l’opinion publique israélienne dans l’affaire d’Amona, petite colonie sur une colline isolée en Cisjordanie. Et c’est le drame.

Par ordre de la Cour suprême d’Israël, les habitants d’Amona ont été forcés d’évacuer leurs foyers, prévus à la destruction. Une quarantaine de familles, y compris de nombreux enfants, se trouvent du jour au lendemain dans des caravanes ou des logements de fortune, sans pouvoir connaître l’avenir.

C’est un drame pour eux mais aussi pour les milliers de policiers et soldats contraints, la mort dans l’âme, à les expulser, parfois par la force, afin de détruire par la suite les foyers qu’ils avaient construits et aimés depuis une vingtaine d’années.

Un bref rappel : l’installation de ces familles sur place semblait légale, et fut autorisée par les autorités. Tout semblait normal jusqu’au moment d’apprendre que les terrains en question sont des propriétés privées palestiniennes, les protagonistes ayant tardé à se faire connaître. Une fois signalée, cette nouvelle situation avait mis en marche tout un drame, juridique, politique, humain et militaire.

L’affaire fut saisie par la Cour Suprême, ayant tranché sans ambigu : les terrains doivent être restitués aux propriétaires. C’était le début du drame qui allait se renforcer, provoquant une polémique morale et humaine, mais aussi politique et idéologique : d’une part, « justice doit être faite et la propriété respectée » ; « Comment peut-on déloger des familles entières », de l’autre.

Se trouvant dans une situation compliquée, la classe politique a cherché une solution. Certes, l’opposition et les milieux bien-pensants ne se posaient aucune question : évacuer sans tarder. Le pouvoir par contre hésitait. Ne pouvant pas ignorer la décision du Tribunal, le gouvernement cherchait un compromis.

C’est ainsi qu’une loi votée à la Knesseth suggérait de laisser sur place Amona, moyennant le paiement aux propriétaires des dommages selon le prix évalué, et en plus proposer des terrains vacants alternatifs à leur choix. On envisageait même d’imposer cette solution aux propriétaires. Mais une fois de plus la Cour Suprême est intervenue pour interdire cette combine.

Cependant, les habitants d’Amona laissaient entendre qu’il n’est guère question de se résigner et qu’ils s’opposeront à l’évacuation, voire par la force. Encouragés par des bandes de jeunes voyous, notamment orthodoxes, ils ont menacé « d’aller jusqu’au bout ».

Des négociations s’ensuivirent afin de convaincre que le Droit et le tribunal avaient tranché. Au bout de longues tractations certaines familles ont promis de se laisser évacuer sans opposition. Mais le reste s’obstinait à s’y opposer, quitte à évacuer par la force.

C’est donc avec craintes et incertitudes que nous avons abordés cette impasse. Tout s’est passé comme prévu ; après un départ paisible bien que douloureux des familles résignées, des milliers de policiers, renforcés par des soldats, ont investi les lieux, accueillis par des rafales de pierres, et forcés à affronter les opposants farouches, au corps à corps, utilisant parfois des bombes lacrymogènes.

On aurait dit une action de guerre. Ce spectacle désolant a duré deux jours, faisant des dizaines de blessés surtout parmi les policiers, le tout aux yeux d’une population scandalisée ou consentante.

C’est au cours des dernières heures que le comble a été constaté, lorsqu’un groupe de jeunes orthodoxes hooligans, non habitants d’Amona, refusant de considérer le drame terminé, se sont barricadés à l’intérieur de la synagogue, continuant à provoquer les policiers, avant d’être évacués.

Les esprits vont sans doute continuer à s’émouvoir, surmenés en plus par une réflexion maladroite du maire d’une commune palestinienne voisine : « les habitants évacués restent sans foyers ? – ils n’ont qu’à repartir en Europe ».