C’était un lundi.
Le lundi 9 août 1982.

Il est a peu prés 14H.
Un jour où Paris sommeille, abandonné par beaucoup de ses habitants, partis en vacances.

Ce jour-là, je déjeune avec un diplomate israélien. En le raccompagnant à l’ambassade, un agent de sécurité nous informe : « Un attentat vient d’avoir lieu au restaurant Goldenberg, rue des Rosiers ».

Je prends congé rapidement pour me précipiter au studio de Radio Communauté, le nom de l’époque de RCJ, l’une des radios juives de Paris. Chacune d’entre elles s’est appropriée une fréquence mais n’émet que quelques heures par jour, encore moins en août. Arrivé à la rue Georges-Berger, j’appelle aussitôt le technicien pour qu’on ouvre l’antenne.

Peu à peu, les nouvelles arrivent. En 1982, ce sont l’AFP, la télé et le transistor qui sont nos sources principales.

Je découvre peu à peu l’horreur, que je fais partager aux auditeurs. Vers 13 h, un commando armé a fait irruption dans le restaurant symbole du judaïsme français, et a tiré, tiré. On a relevé le cadavre de six personnes, tandis que vingt-deux personnes ont été blessées.

Les terroristes sont repartis tranquillement après avoir commis leur attentat.

Shlomo Malka arrive à téléphoner depuis un magasin proche et effectue ainsi le premier « direct » de Radio-Communauté, née il y a moins d’un an. Sylvain Attal me rejoint. Nous essayons de recueillir des témoignages et des réactions. Mais aussi de contextualiser la tragédie. Nous allons émettre toute la nuit.

Depuis le 30 juin 1982, Menahem Begin a lancé l’opération « Paix en Galilée » pour nettoyer les bases de l’OLP, qui depuis le Liban, commettent des attaques terroristes contre Israël.

Nous constatons, que pour les Palestiniens, il n’y a aucune différence entre juifs et Israéliens, bien que l’attentat du 3 octobre 1980 contre la synagogue de la rue Copernic soit présent dans toutes les mémoires.

François Mitterrand s’est rendu à la synagogue de la rue Pavée pour témoigner de sa solidarité. Le chef de l’Etat est hué aux cris de “Mitterrand assassin, Mitterrand complice !”

21 jours plus tard, il va faire évacuer Yasser Arafat, par crainte que Tsahal s’empare du chef de l’OLP, de Beyrouth à Tunis.

Radio Communauté émet toute la nuit.

Quand au petit matin,je cède le micro, je réfléchis : « Goldenberg ! Ils ont osé ! »

Je suis loin de mesurer ce qui nous attend.