Le discours du Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou devant le Congrès américain a suscité beaucoup de réactions. Au-delà de tout le brouhaha, huit points devraient être retenus :

1- L’enjeu n’est pas Netanyahou lui-même, mais bien la possible nucléarisation de l’Iran. Certes, Israël a connu des premiers ministres qui suscitaient davantage de sympathie dans le monde. Il n’en demeure pas moins qu’au lieu de se braquer sur le messager comme l’ont fait plusieurs, l’attention devrait être portée sur les failles importantes de l’accord en devenir sur le nucléaire iranien.

2- Le régime de restrictions envisagé sur le programme nucléaire iranien permettrait à Téhéran de conserver ses milliers de centrifuges, son programme de recherche et développement, de même que son réacteur à Arak et son usine d’enrichissement à Natanz (contrairement aux positions du P5+1 jusqu’à tout récemment).

Autrement dit, les paramètres connus de l’accord permettent à l’Iran de demeurer sur le seuil de devenir une puissance nucléaire et ne réduisent guère le temps nécessaire pour produire une arme nucléaire. De plus, le refus obstiné du régime iranien de collaborer avec l’enquête de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), après avoir dissimulé pendant des années son programme nucléaire et menti à son sujet, indique que Téhéran n’a toujours pas renoncé à ses ambitions nucléaires militaires.

Le président Rouhani a même affirmé : « Nous n’avons fait aucun compromis sur le droit de l’Iran à l’énergie nucléaire et nous ne le ferons jamais. »

3- Le régime de restrictions serait levé au bout de 10 ans en vertu d’une clause crépusculaire qui laisserait toute la latitude au régime islamiste d’étendre sa production d’uranium enrichi de grade militaire. Or, 10 ans, c’est vite passé.

4- En dépit du fait que le Conseil de sécurité de l’ONU ait adopté une résolution contraignante interdisant à l’Iran de produire des missiles balistiques capables de porter une ogive nucléaire, l’accord en devenir ignore complètement cette facette militaire du programme nucléaire iranien. Il convient de rappeler que l’AIEA a déclaré le 2 mars dernier que « l’agence n’est pas en mesure de fournir d’assurance crédible sur l’absence de matériel et d’activités nucléaires non-déclarées en Iran et donc de conclure que tout le matériel nucléaire en Iran est de nature pacifique.»

5- Il serait erroné de croire que seul Israël entretient des craintes quant à la capacité de l’accord à enrayer efficacement la menace nucléaire iranienne.

Il suffit de constater qu’au lendemain du discours de M. Nétanyahou au Congrès américain, le Secrétaire d’État John Kerry s’est précipité à Riyad pour tenter de rassurer les pays de la péninsule arabique qui partagent les mêmes inquiétudes qu’Israël quant aux fruits des négociations irano-américaines et aux velléités hégémoniques et déstabilisatrices de l’Iran dans le monde arabe.

L’Arabie Saoudite a notamment mis en garde le chef de la diplomatie américaine contre la subjugation iranienne en Irak et appelle désormais à un front sunnite contre l’Iran et l’État islamique. Les activités subversives et les ambitions hégémoniques de l’Iran en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen (tous passés dans l’orbite iranien) préoccupent au plus haut point les pays arabes de la région, tant et si bien que des pays arabes sans relations diplomatiques avec Israël ont des discussions avec l’État juif sur le défi commun iranien.

6- Il est faux de prétendre que les positions sur l’Iran correspondent au clivage partisan à Washington. Les inquiétudes suscitées par la possibilité d’un mauvais accord ont poussé démocrates et les républicains à appuyer la semaine dernière un projet de loi exigeant que tout accord avec l’Iran fassent l’objet d’une révision par les élus américains.

Dans un billet d’opinion publié le 5 mars dans USA Today, l’ancien conseiller du Président Barack Obama sur l’Iran, le démocrate Dennis Ross, a appelé le président américain à prendre en considération les nombreuses inquiétudes suscitées par l’accord et à formuler des conséquences punitives pour des violations iraniennes de l’accord. De plus, dans son éditorial du 3 mars, l’influent Washington Post (démocrate) a énoncé les nombreuses inquiétudes d’une part non négligeable de la gauche américaine.

7- Si l’Iran est entré en négociations avec l’Occident, ce n’est pas par modération, mais parce que le régime de sanctions fragilise la théocratie iranienne. Depuis l’accession au pouvoir du président Rouhani, aucun progrès notable n’a été noté en matière des droits de la personne, comme l’a noté Shirin Ebadi, lauréate iranienne du Prix Nobel de la Paix. Et pour cause.

Le véritable pouvoir repose entre les mains des purs et durs de l’idéologie khomeyniste, à savoir l’Ayatollah Khamenei et l’organisation paramilitaire des Gardiens de la révolution.

8- L’alternative à un mauvais un accord, n’est pas la guerre, mais l’exercice de pressions supplémentaires sur le régime iranien qui devra choisir entre la stabilité de son pouvoir et la poursuite de ses ambitions nucléaires.

Seul un accord qui éloigne durablement la République islamique du seuil nucléaire pourra freiner les ambitions hégémoniques iraniennes et écarter le risque d’une course à l’armement nucléaire dans un Moyen-Orient plus instable que jamais.