Le 28 juillet 2017, l’une des enquêtes judiciaires les plus longues de l’histoire d’un tribunal français est enfin allée de l’avant. 37 ans après les faits, les juges d’instruction ont finalement clos l’enquête sur l’attentat de la rue Copernic, survenu en 1980.

Cette clôture des dossiers arrête le calendrier d’une décision officielle dans la limite de 40 jours avant l’ouverture du procès. La période de 40 jours ouvrables amène ainsi la date limite au 23 septembre – d’ici une semaine.

J’ai écrit cette semaine à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, à ce sujet, selon ma perspective personnelle.

Le 3 octobre 1980 à 18h35,la bombe explosait, tuant 4 passants et blessant 40 fidèles à l’intérieur de la synagogue. Le Premier ministre Raymond Barre avait annoncé qu’ « une bombe destinée à des Juifs avait tué quatre Français innocents. »

L’une des victimes, Aliza, était l’épouse de feu le cinéaste israélien Micha Shagrir. Elle était venue à Paris pour un week-end avec une de ses amies qui habitait rue Lauriston, à l’angle de la rue Copernic. Elle voulait acheter des fruits dans une échoppe située en face de la synagogue. Je l’avais accompagnée jusqu’au coin de la rue Lauriston et avais continué tout droit. Aliza avait tourné rue Copernic et c’est là, quelques secondes plus tard, qu’elle avait rencontré la mort.

Les autorités avaient immédiatement accusé l’extrême-droite, bien que l’attentat ait eu toutes les caractéristiques du terrorisme palestinien, soutenu par l’extrême-gauche locale.

Copernic allait inaugurer, au cours des deux années suivantes, 73 actes similaires de terrorisme antisémite dans l’Europe occidentale, dont 29 en France, s’achevant en point d’orgue avec le massacre de neuf personnes rue des Rosiers, en août 1982.

Cette vague de violence prit fin cet été-là avec l’incursion israélienne au Sud-Liban pour disperser les terroristes européens qui s’entraînaient dans des camps de l’OLP. Une fois rentrés chez eux, ils modifiaient leurs cibles pour s’attaquer à des banques et à des installations gouvernementales – plutôt qu’à des synagogues –, ce qui conduisit à de sévères mesures de répression.

En 1999, les services de renseignements français ont obtenu la preuve de l’identité des coupables. Parmi eux, le dénommé Hassan Diab, vivant à Beyrouth et Palestinien de naissance, faisait partie du Front populaire de libération de la Palestine – Opérations spéciales (FPLP-OS), organisme présumé avoir assemblé et fait exploser la moto-bombe.

Les preuves rapportées, parmi lesquelles de faux passeports, des analyses graphologiques et des témoignages de complices du FPLP et autres, preuves recueillies par les services de renseignements européens et américains, ont mené en 2008 à la détention en résidence surveillée de Diab – devenu professeur de sociologie à l’université de Carlton à Ottawa, Canada. Ses revendications, durant deux années, d’erreur sur la personne ont ainsi pris fin.

J’ai assisté en 2010 à l’audience d’extradition et, au cours des quatre années suivantes, fait campagne auprès des médias français et canadiens pour qu’il soit transféré auprès d’un tribunal parisien.

Après plusieurs appels, Diab est arrivé en France en février 2015. Il y a été inculpé pour « meurtres, tentatives de meurtres, destruction volontaire de propriété de tiers par explosif ou substance incendiaire dans un groupe organisé, crimes reliés à des actes individuels ou collectifs visant à nuire gravement à l’ordre public par l’intimidation ou par la terreur. »

Son avocat de la défense a soumis deux demandes d’annulation de l’affaire au motif que les preuves manquaient de crédibilité. Ces demandes ont été rejetées par la Cour d’appel de Paris, le 17 décembre 2015.

Maintenant qu’il ne subsiste plus d’obstacle légal et que seules demeurent des pressions politiques, nous prions instamment la ministre de la Justice de veiller à ce que 2018 soit l’année qui mettra un point final pour les familles des victimes et pour les survivants.

Après une attente de 37 ans, justice encore différée équivaudrait à justice refusée.