Pour une partie de l’humanité et au-delà des croyances respectives, le 31 décembre, symbolise la fin et le recommencement.

Quand dans 3 jours, aux douze coups de minuit 2014 s’éteindra, nous repenserons aux malheurs qui cette année ont frappé Israël, mais aux bonheurs aussi qui l’ont illuminé, la puissance qui l’anime, la pousse à entreprendre, à inventer, à bâtir et à se transformer, propulsée par cette démocratie qui divise et résiste aux nébuleuses politiques et aux liens d’intérêt, pour le bien du pays et de la population.

Nous garderons dans un bout de nos cœurs, comme autant de plaies ouvertes, la mort de Naftali Fraenkel, Eyal Yifrach et Gil-Ad Shaer, celle des jeunes hommes de Tsahal tombés au combat pendant l’été dernier, Daniel et les autres petits princes disparus avant même d’avoir vécu, et les « morts aux juifs » qui souillèrent les murs de France et d’Europe.

Tant de souvenirs douloureux et tragiques remonteront que sans doute beaucoup pleureront, mais parce que nous sommes ce que nous sommes, résistants par nature et obligation devant l’adversité, dans un autre bout de nos cœurs et en même temps que la peine nous broiera l’âme, nous écouterons les secondes s’égrener jusqu’à l’ultime coup de minuit.

Sans rien oublier des pertes et des abandons, de la douleur des disparus, des désamours et des iniquités, nous écouterons tinter l’ultime seconde de 2014 avec le sentiment que le bonheur d’un coup pourrait émerger, léger et doux, paisible comme cette colombe de paix que l’on voudrait voir voler dans les cieux d’Israël.

Alors, en Israël comme ailleurs, loin des dogmes et des religions, dans le faste, les strass et les paillettes les femmes seront belles et les amants s’aimeront, convaincus de la pérennité de l’amour dans la fugacité d’un temps suspendu entre aujourd’hui et demain qui, à la fin des douze coups de minuit, flamboiera sur le monde comme une aube nouvelle, permettant de croire à tous les possibles : demain sera beau, demain sera doux, demain sera heureux !

Entre désirs et fantasmes, l’espoir d’une vie dont nous approcherons tous, aux quatre coins de notre terre ronde, l’universalité, nous communieront, païens ruisselants de lumière et d’alcool, adorants d’un veau d’or ressurgi de sa préhistoire, emplis de désir pour des dieux jamais vus.

Tous les dieux pourvus qu’ils soient d’amour en ce temps funambule, juste entre deux ans, deux mondes, celui d’avant obscurci de misères et celui à venir, sublimé sous les éclats de la fête et la beauté des femmes, parfait comme un aboutissement et enfin sur la haute ligne des étoiles et des galaxies.

Et puis d’un coup 2015 sera là, superbe bombant le torse d’être tant attendu et aimé, avec ses bulles de champagne, ses cotillons et ses tralalas. Avec un chiffre qui s’additionnera nous rappelant que 1+1 ça fait deux, et puis des jours, des mois et des années…

Putain de vie ! diront alors certains. Putain d’arnaque, oui. On fait des projets, des enfants, on rêve qu’on va vivre mille ans, rire, danser, aimer, et puis perverse, l’année nous fait sa révérence, change les dates des calendriers et au dernier coup de minuit, triomphante sous les hourras et les feux d’artifice d’une planète dans l’incantation et l’incantatoire, elle  se « tire » l’ingrate, sans souci de l’abandon dans laquelle elle nous laisse, de l’incompréhension dans laquelle nous nous retrouverons au lendemain de la fête, hébétés du vide et du silence d’où la musique et la joie sembleront avoir disparues…

Mais, ce ne sera qu’une impression. Réfléchissez : Fukushima n’a pas détruit le monde, les Mayas se sont trompés sur leur calendrier, la température s’adoucit présageant d’ères plus chaudes idéales pour les rhumatismes, la gauche israélienne gagnera peut-être les élections, mon ami Marco investira la Knesset pour y travailler à la paix, et si Hollande est encore là, ce n’est plus pour bien longtemps.

Bref, remisons les mouchoirs  et profitons sans complexe des dernières paillettes et des strass, des amours, des amants et des ivresses que cette nuit unique engendrera. Ne rien en laisser. Pas une miette ! Les chiens n’auront qu’à aller se coucher !

Alors, alors oui la vie nous arnaque faut bien le dire en nous privant de l’immortalité, mais que de plaisirs vraiment, que de belles choses elle nous donne pour que nous puissions l’accepter.

L’amour. L’amour d’abord. Et puis les plages d’Ashkelon, les rires de Tel Aviv, la spiritualité de Jérusalem et de Rome, le Parthénon, le Louvre, la statue de la liberté, la place de la Concorde, l’eau bleu de Sunny Isles, tous les déserts du monde, celui du Neguev étant à mes yeux amoureux le plus beau, et puis le bleu, la pluie, les coquillages, le rire, l’herbe qui crisse, le froid et le chaud, la musique, l’enfance !

Cette enfance qui ne nous quitte pas quelles que soient les difficultés, et qui nous porte à croire que demain on sera heureux. Que demain c’est sûr, le monde sera beau… Et je confirme et signe, demain sera beau !

Le 31 décembre, quant aux douze coups de minuit 2014 s’enfuira, le bonheur aura gagné contre l’indifférence pour quelques instants inoubliables que nous garderons en nous, dans la jubilation et l’attente d’un prochain recommencement.