On se souvient du dérapage contrôlé de Jean Marie Le Pen en 1988 à l’encontre du ministre d’ouverture du gouvernement Rocard, Michel Durafour, qui préconisait en son temps l’alliance avec les communistes pour faire échec au Front National qui gagnait en puissance.

Piqué au vif, le président du parti d’extrême droite s’était alors écrié goguenard : « Monsieur Durafour-crématoire, merci de cet aveu ! ». C’était il y a 26 ans et depuis, celui qui est à présent le président d’honneur (sic) du Front National n’a fait que multiplier les provocations par des phrases équivoques allant jusqu’à créer la confusion au sein d’une formation politique qui fait de la « dédiabolisation » une priorité.

Oui mais voilà, le père de l’actuelle présidente a toujours son titre honorifique qui aurait pu lui être enlevé bien des fois si le FN était en accord avec ses paroles qui semblent condamner les propos de Le Pen père. Mais voilà donc qu’un boulevard s’ouvre devant lui dans cette impunité filiale qui lui a permis de récidiver récemment.

Une vidéo, mise en ligne en dépit des vains efforts du FN de la faire disparaître, montre Jean-Marie Le Pen condamner les artistes qui n’ont pas grâce à ses yeux et qui représenter des relais d’opinion contre sa politique. De Bedos, en passant par Madonna jusqu’à Noah, tous ont le droit à la petite phrase qui voudrait sonner comme un bon mot. Patrick Bruel, lui, a droit à un traitement de faveur puisque arrivant à la fin de cette énumération d’artiste, Le Pen, dans un gloussement déclare : « on fera une fournée la prochaine fois ».

On notera au passage que le Le Pen négationniste n’hésite pas en appeler aux fours crématoires pour appuyer ses calembours antisémites. L’homme n’en est pas à un paradoxe prêt. On aurait tort de penser que le leader vieillissant devient sénile ou touché par quelque démence.

Non, en réalité ces propos sont mesurés, souvent préparés, pour attirer la lumière sur celui qui n’est plus que l’ombre de son parti en général et de sa fille en particulier. On ne sait que trop bien à quel point la parole, plus encore lorsqu’elle est banalisée, peut conduire aux actes.

C’est pourquoi cette phrase n’est pas une « petite phrase » et qu’elle doit être sanctionnée par les tribunaux comme une incitation à la haine raciale et à l’antisémitisme. Et puisque les mots veulent dire quelque chose, le fait que Jean-Marie Le Pen soit président d’honneur du Front National, ceci signifie qu’il fait honneur à son parti.

Au fond on tente de nous faire croire que la fille serait le Docteur Jekyll et le père Mister Hyde, à moins que ces rôles soient interchangeables !