Ce billet a été écrit en juillet 2015. À la lumière des évènements récents en France (manifestation en faveur de BDS à Chatelet) et à la lecture de nombreuses discussions sur les réseaux sociaux, il me semble qu’il n’a rien perdu de sa pertinence, surtout vis-à-vis de citoyens, juifs ou pas, qui pensent que les actions de BDS sont légitimes pour lutter contre l’occupation de la Cisjordanie.

Il y a maintenant douze ans, une campagne globale de boycott (BDS pour Boycott, Désinvestissement, Sanctions) visant les Israéliens au niveau culturel, universitaire et économique a été lancée par Omar Barghouti.

Elle est considérée actuellement par de nombreux partisans de la paix comme la seule action pacifique qui puisse peser sur le gouvernement israélien. Cette campagne demande à Israël de :

1) Mettre fin à l’occupation et à la colonisation de toutes les terres arabes et de démanteler le « Mur » ;

2) Reconnaître les droits fondamentaux des citoyens arabes d’Israël à une égalité absolue ;

3) Respecter, protéger et favoriser les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU.

Si la première revendication est tout à fait légitime (en ce qui concerne les territoires occupés depuis 1967), la seconde n’existe que pour justifier le terme d’apartheid concernant les citoyens arabes israéliens, qui ont les mêmes droits que les juifs israéliens si ce n’est qu’ils ne sont pas tenus de faire leur service militaire.

Quand à la troisième, c’est celle qui pose un sérieux problème du fait des interprétations concernant l’héritabilité du statut de réfugié. Rappelons que cette résolution de l’ONU date de 1948, et a été rejetée par tous les pays arabes.

Un article paru dans Le Monde (du 2 juillet 2015) permet de lever le voile sur les intentions des responsables de BDS. « Omar Barghouti : Face à Israël, la France est hypocrite » est présenté par le journal comme un dialogue :

« la rencontre entre Omar Barghouti, militant palestinien des droits de l’homme et animateur du réseau BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions)[…] et la journaliste israélienne Nirit Ben-Ari, connue pour ses engagements et son travail dans Haaretz. Cet entretien, nous aurions très bien pu le faire effectuer par un journaliste de notre équipe. Si nous avons choisi de déroger à la règle, c’est que la rencontre entre Omar Barghouti et Nirit Ben-Ari est une première ».

Or ceci est démenti dès le deuxième paragraphe : « j’ai écrit à Omar Barghouti afin de solliciter une interview pour le quotidien israélien Haaretz, avec lequel je collabore régulièrement. Il m’a répondu avec cordialité en disant qu’il serait heureux de m’accorder un entretien, le premier avec un journaliste juif israélien, mais pas pour Haaretz ».

Il s’agit donc non d’un dialogue, mais d’une interview, qui, de plus à été réalisée à la demande de la journaliste Nirit Ben-Ari et se trouve dans Le Monde parce qu’Omar Barghouti refuse « d’accorder des interviews à des médias israéliens parce qu’ils sont prisonniers du discours hégémonique de l’establishment sioniste. ».

On notera qu’Omar Barghouti, y inclut des journaux de gauche comme Haaretz qui militent pour la création d’un état palestinien aux côtés d’Israël, ce qui pour un « militant palestinien des droits de l’homme » est surprenant.

Mais tout cela est logique, on s’en rend compte lorsque Nirit Ben-Ari pose la question suivante concernant la troisième exigence de BDS : « Avec le retour des réfugiés, les Juifs deviendraient minoritaires. Quel serait leur avenir ? ».

Et la réponse d’Omar Barghouti ne laisse subsister aucun doute : « Dans quels pays les communautés juives sont-elles les plus prospères ? Aux États-Unis et en Europe occidentale, où elles ne représentent qu’une toute petite minorité. C’est dans les États démocratiques qui séparent l’Église de l’État, et où la loi garantit les libertés et l’égalité, que les communautés juives connaissent la plus grande sécurité et la plus grande prospérité. »

Cette réponse appelle plusieurs remarques : tout d’abord que le responsable international de BDS, et son organisation, veulent que les juifs deviennent minoritaires en Israël et donc qu’il y ait deux états arabes, dont un avec minorité juive.

Ensuite il sous-entend que cette minorité n’aura pas de problème car elle vivra dans un de ces « États démocratiques qui séparent l’Église de l’État, et où la loi garantit les libertés et l’égalité ».

Question : existe-t-il un seul pays au Moyen-Orient qui peut être qualifié d’Etat démocratique qui sépare l’Église de l’Etat, et où la loi garantit les libertés et l’égalité ?

Sans même parler de Gaza, qui est sous la coupe d’un mouvement religieux intégriste, la situation en Cisjordanie n’est pas plus brillante : l’athéisme conduit en prison, les droits des femmes sont bafoués, les LGBT persécutés, la corruption et le népotisme fonctionnent à plein régime.

Et Omar Barghouti de poursuivre « Cette peur israélienne de voir les Juifs redevenir minoritaires dans la Palestine historique, comme ils l’étaient avant le nettoyage ethnique systématique des populations indigènes musulmanes et chrétiennes palestiniennes, est également irrationnelle, car elle plaque une histoire clairement européenne de racisme anti-juifs, suivi d’un génocide, sur un contexte arabe totalement différent, dans lequel massacres et pogroms anti-juifs n’existaient pas. »

Faut-il lui rappeler qu’Israël est le seul pays du Moyen-Orient où la population arabe chrétienne croît alors qu’elle disparaît des pays voisins.

Quant aux massacres et pogroms anti-juifs (et accessoirement celui de chrétiens et autres infidèles) dans le contexte arabo-musulman il suffit de le renvoyer à l’histoire des derniers siècles (Lewis, Bernard. Sémites and Anti-Semites, New York/London : Norton, 1986).

Les choses sont donc claires pour le responsable de BDS : Israël en tant qu’état pour les juifs doit disparaître et devenir un état à majorité arabe. Il ne veut pas de dialogue, et rejette toute discussion avec des Israéliens de gauche. Ce qu’il veut c’est une « grande » Palestine tout comme l’extrême droite israélienne veut un « grand » Israël.

Dans les deux cas il ne peut s’agir d’un projet démocratique.

Peut-être cela ouvrira-t-il les yeux de ces intellectuels français, ceux du moins qui pensent sincèrement œuvrer pour la paix en soutenant BDS et ses actions.

Se battre pour la paix c’est soutenir les activistes des deux côtés qui se battent pour que les droits des deux peuples soient reconnus, comme, entre autres, le forum israélo-palestinien des ONG pour la paix. Deux peuples, deux états.