2334.

Non, il ne s’agit pas d’un pronostic pour le prochain quarté ! Vous l’aviez immédiatement deviné, c’est le numéro de la dernière résolution du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies adoptée le 23 décembre dernier. Elle concerne la politique d’implantation d’Israël dans les territoires occupés depuis la guerre des Six jours, en juin 1967.

L’an prochain, cela fera donc 50 ans qu’Israël affrontait les armées de ses voisins arabes : l’Egypte, la Syrie, la Jordanie, le Liban, l’Irak qui rêvaient d’extirper ce qu’ils considéraient comme une verrue au sein du Moyen-Orient, l’Etat d’Israël créé en 1948.

L’ONU – qui n’est pas beaucoup plus vieille qu’Israël, puisque créée en 1945 – a depuis lors consacré un nombre considérable de résolutions visant essentiellement l’occupation israélienne et la lutte menée par Tsahal, l’armée du jeune état, mais très peu le terrorisme palestinien dans ses différentes organisations. C’est ainsi et je ne m’appesantirai pas ici sur cette disproportion de traitement entre les belligérants. Ce n’est pas le sujet de ma réflexion.

Donc, l’ONU créée pour remplacer la Société des Nations, elle-même fondée au lendemain de la Première Guerre mondiale pour empêcher un nouveau conflit de cette ampleur et dont on a pu à juste titre mesurer l’inefficacité dans la survenue de la seconde guerre mondiale, a, en un peu plus de 70 ans, voté 2334 résolutions, soit environ 32 par an, et donc grosso modo 3 par mois.

On ne peut certes pas accuser cette organisation mondiale de ne pas se réunir fréquemment, sachant qu’il faut de nombreuses semaines (voire plusieurs mois) pour que le texte d’une résolution acquiert sa forme définitive et soit soumis puis voté par l’Assemblée Générale ou par le Conseil de Sécurité.

Difficile de dire si, et combien, des conflits entre nations ont été évités grâce à ce que le général de Gaulle qualifiait ironiquement de « machin ». Force est de constater que si on a pu éviter (de peu) un nouveau conflit mondial, en revanche le nombre de conflits locaux depuis 1945 est ahurissant.

Bien, revenons à nos moutons. Que s’est-il passé depuis 1947 et jusqu’à nos jours dans cette partie du monde qui est proche à beaucoup d’entre nous ? Le 29 novembre 1947, l’Assemblée Générale de l’ONU votait la résolution 181 contenant le plan de partage de la Palestine alors sous mandat britannique.

Il prévoyait trois états : un juif, un arabe et Jérusalem sous contrôle international. Ce plan fut adopté par 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions. Parmi les votes positifs : les Etats-Unis, l’URSS, la France, le Canada, l’Australie, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas. Parmi les votes négatifs : l’Arabie Saoudite, l’Egypte, Cuba, l’Inde, la Grèce, l’Irak, l’Iran, le Liban, la Turquie. – On connaît la suite (sauf apparemment certains médias).

Les Juifs acceptèrent le plan de partage tel quel. Les Arabes le refusèrent.

Au départ des mandataires britanniques, David Ben Gourion proclama l’indépendance de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948. Immédiatement les armées arabes coalisées l’attaquèrent. Ce fut la guerre d’indépendance que, contre toute attente, Israël remporta. Suivirent deux autres guerres, en octobre 1956 (où Israël se trouvait aux côtés des Français et des Anglais), et celle de juin 1967.

C’est à l’issue de cette dernière qu’Israël occupa un certain nombre de territoires : la bande de Gaza, le Sinaï, la Cisjordanie, le plateau du Golan, et surtout Jérusalem-Est qui, malgré la résolution de l’ONU, était inaccessible aux Israéliens. Comment oublier ces images des jeunes soldats de Tsahal arrivant devant le mur et le shofar retentissant ?

Pour la génération de mon âge, ce sont des moments vécus dans la peur pour Israël et dans l’émotion.

Levi Eshkol, alors Premier ministre d’Israël, déclara que les territoires occupés, à l’exception de Jérusalem-Est et du Golan, seraient restitués contre une paix en bonne et due forme entre Israël et les pays concernés. Ce fut le cas du Sinaï et de la bande de Gaza. Ce fut aussi le cas du sud-Liban.

Hélas, dans ces territoires, ce furent des organisations terroristes qui prirent le pouvoir et qui ne cessèrent de harceler les habitants israéliens à leurs frontières. En parlant de harcèlement, j’ai conscience d’être largement en-dessous de la réalité.

Ce furent – ce sont encore – des opérations meurtrières auxquelles l’ONU ou d’autres organisations internationales ne semblent pas porter une attention excessive, mettant toujours l’accent sur les représailles israéliennes à ces actions, omettant souvent d’expliquer l’origine de ces dernières.

Reste le problème, ô combien embarrassant, des implantations israéliennes dans les territoires occupés. Pour des raisons inexplicables, les gouvernements successifs de l’Etat d’Israël (de gauche comme de droite) ont laissé s’installer de façon pérenne, parfois même ont encouragé, des centaines puis des milliers de familles, puis des dizaines de milliers sur un sol qui devait être une monnaie d’échange avec les Arabes/Palestiniens.

En installant des infrastructures à l’évidence non provisoires, en construisant des villes, Israël a créé une situation de non-retour et mis devant le fait accompli la communauté internationale. J’avoue mon désarroi devant ce casse-tête géopolitique. Ce d’autant plus que nombreux sont les habitants des implantations dont le rationnel consiste à dire qu’ils repeuplent des terres bibliques et qu’ils ne font que revenir chez eux. Leur vécu du judaïsme est très, trop fondamentaliste.

Dès après la guerre des Six jours, Ben Gourion lui-même disait qu’entre les territoires et la paix, il choisirait toujours la paix. Yitshak Rabin, lui, mettait en garde certains habitants des implantations de ne pas prendre la Bible pour un cadastre. Cela lui a probablement coûté la vie.

La résolution 2334 du 23 décembre fait mal à tous les amis d’Israël. Elle rappelle en préambule les précédentes résolutions (242, 338, 446, 452, 476, 478, 1397, 1515 et 1850, de 1967 à 2008) « condamnant toutes les mesures visant à modifier la composition démographique, le caractère et le statut du territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem Est, notamment la construction et l’expansion de colonies de peuplement, le transfert de colons israéliens, la confiscation de terres, la destruction de maisons et le déplacement de civils palestiniens, en violation du droit international humanitaire et des résolutions pertinentes ; constatant avec une vive préoccupation que la poursuite des activités de peuplement israéliennes met gravement en péril la viabilité de la solution des deux Etats fondée sur les frontières de 1967 », etc.

L’adoption de cette résolution a été rendue possible par l’absence du traditionnel veto américain. C’est le coup de pied de l’âne du président Obama, à quatre semaines de la fin de son mandat, au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Peu importent les dessous de l’adoption de cette résolution. Ceux qui misent sur l’arrivée de Donald Trump aux commandes des Etats-Unis pour rétablir le fragile équilibre rompu par Obama devraient craindre que son impétuosité et ses manières peu polissées n’arrangent nullement les affaires d’Israël.

En braquant l’opinion mondiale, il risque de mettre Jérusalem en mauvaise position. Face à la quadrature du cercle où Israël se trouve confronté, il faudra beaucoup de sagesse, d’intelligence du cœur et d’initiatives courageuses de ses dirigeants. On ne peut qu’espérer qu’ils s’inspirent de l’esprit de Hanouccah alliant la vaillance à la conscience d’une pensée juive authentique et d’une morale pleinement responsable.

Daniel Farhi.