L’année 2017 ne sera pas uniquement l’année de l’élection présidentielle mais aussi celle de l’élection du député de la circonscription des Français de l’étranger, englobant Israël, la Grèce, l’Italie, Chypre, Malte et la Turquie.

À la suite du rejet des comptes de campagne, à l’annulation de l’élection par le Conseil constitutionnel et à la déclaration d’inéligibilité pour une durée d’un an de Daphna Poznanski-Benhamou, une législative partielle avait eu lieu les 26 mai et 9 juin 2013. Le candidat «surprise» de l’UDI, Meyer Habib, avait été élu avec 4.767 voix contre 4.166, tous pays confondus, à la candidate de Nicolas Sarkozy, Valérie Hoffenberg.

En termes de votants, Israël pèse peu dans la circonscription car sur 54.898 inscrits aux Consulats de France, seulement 4.603 concitoyens ont voté en Israël faisant de Meyer Habib le député le plus mal élu de l’Assemblée nationale. Mais c’est le revers de la démocratie. Le faible taux de participation s’explique d’abord par l’absence de candidats charismatiques et par la volonté des immigrants français de tourner la page politique française, une fois leur pied posé en Israël. Ils ont par ailleurs tellement de problèmes à régler avec leur intégration que les questions de politique française deviennent secondaires.

Le faible taux de participation, 8,38% en Israël et 10,37% pour toute la circonscription, confirme ainsi le manque de conviction d’un électorat hétéroclite qui pour certains, malgré leur nationalité française, ne parlent ni n’écrivent le français. Les mauvaises langues prétendent que nombreux ont été ceux qui ont été «aidés» pour voter parce qu’ils ne comprenaient pas les bulletins de vote.

La surprise indéniable est venue bien sûr de Meyer Habib qui est entré très tard dans la course à la manière d’un bulldozer. On ne l’attendait pas à cette élection car il briguait la présidence du CRIF mais il avait vite compris que les blocages contre sa candidature étaient nombreux au sein de l’organisation communautaire et qu’il n’avait aucune chance d’être élu.

En Israël, il avait fait une campagne dynamique, sinon agressive, jugée à la limite de la légalité et basée sur le «tout Israël». Il avait appelé à la rescousse le premier ministre Benjamin Netanyahu qui s’était départi de sa neutralité dans une élection française en prenant une position officielle pour son ancien conseiller.

Ses adversaires l’ont accusé d’avoir, le jour de l’élection, affrété des autobus pour amener les électeurs aux bureaux de vote. C’est de bonne guerre en Israël où la méthode est utilisée lors des élections israéliennes mais cela implique un budget électoral conséquent. Valérie Hoffenberg avait été battue face aux haines qui s’étaient concentrées à son égard parce que ses adversaires l’avaient qualifiée à tort de candidate des Palestiniens en raison du poste que lui avait confié Nicolas Sarkozy auprès de l’Autorité palestinienne. Elle était pourtant la personnalité la plus légitime parce qu’elle avait eu un parcours rectiligne, sans opportunisme, axé sur le seul objectif israélien. Mais les électeurs avaient décidé autrement, par ingratitude forcément.

Les candidats à l’élection de 2017 ne se sont pas encore déclarés mais Meyer Habib le sera malgré un mandat terne axé uniquement sur des gesticulations israéliennes et sur le soutien aux Juifs orthodoxes qui lui assurent le soutien des jeunes français des Yéchiva (Ecoles talmudiques). Aucun résultat concret ne peut lui être attribué sauf du bla-bla du haut de sa tribune à l’Assemblée pour les questions au gouvernement, afin de se montrer à la télévision, pub oblige. Il cherche à tort à s’attribuer le mérite de la reconnaissance partielle de certains diplômes alors qu’on la doit à l’activisme de l’association Qualita présidée par Marc Eisenberg et à l’action sur les réseaux sociaux du dentiste David Tibi qui ont porté leurs fruits.

L’image de Meyer Habib est désastreuse parce que ce n’est pas l’image que l’on se fait d’un député de la République qui joue trop sur le communautarisme. Sa promenade dans les couloirs de l’Assemblée nationale avec une kippa vissée sur sa tête n’était de bon goût d’autant plus qu’il ne la porte jamais en permanence. De même il en a fait trop lorsqu’il a arboré une kippa en faisant visiter l’Assemblée nationale au ministre israélien de la santé, l’orthodoxe Yaakov Litzman, en signe d’allégeance. Trop de voyeurisme!

Sa propension à manigancer avec les orthodoxes s’explique parce qu’ils sont pourvoyeurs de jeunes électeurs naïfs à qui l’on conseille de voter pour lui puisque leur «maitre» l’exige. D’ailleurs on s’étonne qu’un parti laïc comme l’UDI puisse supporter ces démonstrations religieuses qui font désordre. Le parti risque de s’apercevoir qu’il s’est trompé sur la personne.

De là à ce que Habib perde l’investiture UDI, il n’y a qu’un pas que certains ont déjà sauté parce qu’ils peuvent la récupérer à leur compte. Mais c’est sans compter sur les ronds de jambes autour de Nicolas Sarkozy qui donnent à penser que Meyer Habib, prévoyant, prépare une solution de rechange. Cependant, il prend des risques car, si Alain Juppé gagne la primaire, il sera certainement balayé de la liste des candidats.

Sa position ambiguë crée un malaise en France, et surtout au sein de l’Assemblée nationale. On ne sait plus s’il représente la France ou alors la Knesset israélienne. Son appel permanent au soutien de Benjamin Netanyahu, dont il vante sa proximité, le rend suspect aux yeux de ses collègues parlementaires français. D’ailleurs Netanyahu le présente dans ses écrits comme son représentant personnel en France et le soutient par vidéo interposée. Meyer Habib aime quant à lui parler de Netanyahu comme d’un «frère». Comment peut-il représenter la France et un gouvernement étranger ?

L’affaire de l’escroc Mimran, jugé et condamné en France, crée la suspicion sur Meyer Habib qui reconnaît avoir créé une entreprise avec le milliardaire mais qui nie toute faute de sa part ou de celle de Benjamin Netanyahu. Il a déclaré à la radio militaire, qu’il regrettait de lui avoir présenté Arnaud Mimran, car «personne ne pouvait savoir qu’il aurait pu devenir un criminel».

Le journal Haaretz a rapporté que la France avait lancé une enquête officielle sur les dons de Mimran à des sources israéliennes, notamment une société appelée Performance Track Ltd, qui a été créée par Habib et Mimran. Mais selon Meyer Habib : «Elle n’a pas fonctionné même pas une journée. Il n’y avait pas de compte bancaire, pas de transactions». On se pose donc la question de l’intérêt de sa création et pourquoi, si elle était inutile, elle n’a pas été dissoute comme la loi le prévoit.

Le mélange des genres crée le débat en France au point que certains Français n’hésitent pas de se lancer dans une attaque frontale : «vous comprendrez pourquoi il faut en finir avec la double nationalité pour les élus de la république. Ce zozo du peuple élu est payé par vos impôts». Le député Jean Glavany l’accuse même d’être le porte-parole du Likud : «Parfois je me demande si vous êtes du Parlement français ou du Parlement israélien».

Cette accusation de double allégeance nuit à l’intérêt des francophones d’Israël parce que leur député est décrédibilisé auprès des autorités françaises. A vouloir trop faire, le sympathisant du Betar, groupe extrémiste de droite, s’est pris des sifflets quand il a voulu rencontrer des militants musulmans de la LDJM (Ligue de défense judiciaire des Musulmans).

Les candidats à l’élection de 2017 ne sont pas encore connus et pourtant il y a urgence pour une bonne campagne. Certains hésitent, d’autres attendent qu’on les y pousse mais l’expérience montre qu’aucun candidat ne pourra être élu s’il n’est pas parrainé par un grand parti français. Beaucoup attendent les primaires de droite. Les Républicains n’ont pas encore désigné leur candidat malgré les nombreuses réunions provoquées par Meyer Habib avec Nicolas Sarkozy pour donner l’impression qu’il est son candidat. Les socialistes ont trop de problèmes avec la présidentielle pour s’intéresser à cette petite élection.

Arié Avidor, ancien ambassadeur d’Israël, a donné son sentiment sur Meyer Habib sur les réseaux sociaux en le qualifiant «d’homme sandwich de Sarkozy au sein de la communauté juive !» Il écrit notamment : «Le député UDI des Français de l’étranger Meyer Habib a rencontré Nicolas Sarkozy, dont il soutient la candidature, pour un « tour d’horizon des grandes questions d’actualité » (sic). Il en est sorti convaincu que Sarkozy « a mûri et a tiré les leçons de certaines de ses erreurs » (quid des autres !?)».

Les francophones d’Israël attendent donc un renouveau chez leur représentant mais ils sont trop divisés pour trouver un consensus sur un nom. Meyer Habib pourrait donc être réélu faute de combattants et faute d’un autre candidat charismatique.

Cet article a été publié sur le site Temps et Contretemps.