Je voudrais vous dire que l’année 2015 sera douce, paisible et sans guerres. Je voudrais, mais j’hésite.

La barbarie en Syrie, en Afrique et dans tant de pays ne s’est pas arrêtée aux douze coups de minuit, les fées et les dieux de cette St Sylvestre ayant résolument détourné les yeux de ceux qui souffrent et meurent sous la violence des armes et des guerres, pour ne s’occuper que de la magnificence de cette nuit unique du passage d’un an à un autre, dans laquelle chacun de nous aura cherché un signe qui nous ouvrirait enfin à l’universalité, nous démontrerait que le bonheur existe, qu’il est à portée de main et que nous pouvons y accéder.

Je voudrais, mais j’hésite…

C’est le début d’un an nouveau et pendant tout ce mois de janvier nous aurons encore un peu l’esprit en fête, mais comment parler des yeux écarquillés des enfants devant leurs nouveaux cadeaux, des feux de cheminées, des chocolats, des gâteaux, des agapes et des mets savoureux, alors que les ¾ de la planète manquent de tout ?

Comment parler de mers chaudes ou de neige et de flocons guettés comme un signe du ciel offert pour apaiser nos doutes, parce que lorsque l’hiver recouvre de blanc les rues des villes, accrochant mille lucioles aux fenêtres et aux toits des maisons, c’est comme une récompense, un cadeau, la preuve que le divin existe avec la bienveillance, la mansuétude, le don, l’amour, alors que des hommes meurent de froid sur les trottoirs de France ?

Je ne parlerai donc que d’amour, une récurrence chez moi.

De l’amour qui unit et porte à aimer l’autre plus que soi, de celui qui ne compte pas, ne comptabilise pas, qui ouvre sa porte aux mendiants, recueille l’enfant sans famille, le sdf du trottoir, le voisin isolé, l’ancien abandonné.

De l’amour qui fait mettre une assiette en plus sur la table pour un frère humain démuni et perdu qui demanderait du chaud et du pain.

Il y a dans les trois grandes religions du monde : l’islam, le judaïsme et le catholicisme, la même inquiétude pour l’homme et le même élan d’amour pour lui. Je ne parle pas de prières, mais de pensées universelles, de celles qui aident les hommes à vivre dans leur quotidien, avec l’acceptation de l’autre et des différences, avec des mains tendues pour remettre debout ceux qui tombent.

Il y a tant d’indices dans ces trois pensées qui nous permettraient de vivre bien ensemble… Le problème reste la lecture que l’on en fait. Rébarbative par les clergés de toutes obédiences et inexacte voire contradictoire dans les écoles.

Nous reste « le libre arbitre ». Ce que propose le judaïsme qui conseille de contester si l’on n’est pas d’accord, de réfléchir et de se faire sa propre idée.

Je vous l’ai dit, c’est la nouvelle année et j’hésitais à parler du beau et du bon, du plaisir et de nourriture, alors que si nombreux sont ceux qui ont faim et froid, ceux que la douleur submerge, ceux qu’on assassine, qu’on viole, qu’on ignore et qui meurt du manque de tout…

J’hésitais, mais je sais aussi que vous comprendrez, parce qu’en ces jours uniques, sous la neige ou pas, ici ou ailleurs, à Paris ou à Jérusalem, tout reste à imaginer, à créer et à ré inventer pour que coulent toujours les rivières et les eaux du Jourdain ; pour que la paix enfin s’installe, que le Moyen-Orient s’apaise, qu’Israël puisse déposer les armes et ne plus s’atteler qu’à vivre et à s’épanouir entre désert et mer, lumière et rire, enfin au cœur de la joie.