A l’heure où les négociations israélo-palestiniennes semblent dans l’impasse, il est temps de tordre le coup à un mythe tenace qui ferait des territoires gagnés par Israël lors de la guerre des Six-Jours, le problème majeur du conflit.

On connaît les revendications inamovibles de Mahmoud Abbas sur la nécessité de revenir aux frontières de 1967, bien que  la Cisjordanie et Jérusalem-Est appartenaient auparavant au royaume transjordanien.

De manière plus diplomatique, mais tout autant illégitime on  se souvient par exemple de l’initiative des pays arabes, fin avril 2013, qui s’étaient prononcés en faveur d’échange de territoires consentis mutuellement et non d’un retour complet aux frontières de 1967, entre Israël et les palestiniens.

Si Tzipi Livni, chargée des négociations avec ces derniers, n’avait alors rien trouvé de mieux que de souligner les « aspects positifs » d’une telle démarche, on ne peut que s’interroger sur sa légitimité au regard des causes profondes, réelles, et de l’histoire de l’antagonisme entre les belligérants.

Les déclarations de tout bord, amplement relayées par les médias occidentaux, érigeant la question des frontières et des implantations en pierre angulaire du problème témoignent de l’incompréhension absolument totale de l’essence, du coeur, des véritables motifs du conflit israélo-palestinien et plus largement israélo-arabe.

En effet, selon la plupart des leaders arabes et occidentaux d’ailleurs, la « colonisation » israélienne en Judée-Samarie serait le principal obstacle à la paix. A ce titre, les « colons » sont fréquemment décris comme des extrèmistes, des fanatiques sans foi ni loi qui martyrisent et n’ont de cesse de voler les terres des palestiniens.

Récemment, à propos du meurtre de Baruch Mizrahi, près d’Hébron, durant la fête de Pessah,  l’Agence France Presse avait pris soin de souligner, d’insister sur le fait que c’était bien un « colon israélien » qui avait été assassiné, par un « activiste palestinien« .

Ainsi, ce crime semble presque légitime, normal, justifié. Le colon opprime le palestinien, l’exproprie de sa terre, est la source de tous ses maux. C’est donc lui qui est à l’origine, qui est responsable du conflit et, de facto, il en demeure d’autant plus blâmable, condamnable et punissable.

Cette vision est aussi simpliste qu’ignorante de la réalité, de l’histoire, aussi tronquée qu’agaçante, aussi naïve que porteuse de préjugés révoltant de par leur violence à l’égard des uns… mais pas des autres. Sa faille principale est de faire du conflit israélo-palestinien un conflit politique, alors que dans ses racines mêmes, il s’agit d’une lutte à caractère ethnique.

Pour comprendre où je veux véritablement en venir, faisons un bref détour par l’histoire afin replacer la situation actuelle dans son contexte historique.

Rappelons qu’en 1948, le plan de partage de l’ONU pour la Palestine, alors sous contrôle britannique, pourtant favorable aux arabes, est rejeté par ces derniers et accepté par les Juifs. A l’issu d’une guerre déclenchée par les Etats arabes, le jeune Etat d’Israël résiste et parvient à agrandir son territoire de plus du double de ce que prévoyait le plan de partage.

Près de vingt ans plus tard, suite à la fermeture du golfe d’Aqaba par l’égyptien Nasser, prélude à une offensive de grande ampleur des Etats arabes, Israël prend l’initiative d’attaquer ses ennemis et parvient à les terrasser un à un. Israël s’empare alors de la totalité de la Judée-Samarie, plus connue sous le nom de Cisjordanie.

Celle-ci, on l’a précisé, appartenait auparavant à la Transjordanie et non à un quelconque Etat palestinien. Or, durant les vingt années séparant l’indépendance de l’Etat d’Israël de la guerre des Six-Jours, et même bien avant, dès le XIXe siècle, l’hostilité des arabes envers les juifs a toujours été aussi forte. On se rappelle des émeutes arabes de 1925, puis de 1936-1939, pour ne citer que celles ci, destinées à lutter contre la présence juive.

Aussi, cette opposition n’a pas attendu 1967 pour émerger et se diffuser au sein du monde arabe. Personne n’a le souvenir d’un leader arabe ayant ne serait-ce qu’émis la volonté de faire la paix avec Israël avant 1967, alors que les territoires réclamés aujourd’hui par les arabes étaient sous leur propre contrôle.

La fondation d’implantations, et non de colonies (ce n’est pas qu’une simple question sémantique), en Judée-Samarie par n’est pas à l’origine du conflit.

Ce n’est pas cela qui constitue la cause profonde du problème car celui-ci préexiste à 1967. Il y a antagonisme dès lors que les arabes refusent la présence juive dans l’ancienne Palestine mandataire.

Alors qu’Israël reconnaît aux palestiniens le droit d’avoir un Etat, la réciproque est fausse, du moins en tant qu’Etat juif (ce qui ne signifierait pas supprimer les droits de la minorité arabe). Et comme l’a compris Binyamin Netanyahou, c’est bien là tout l’ennui. Si les deux adversaires se reconnaissent pour ce qu’ils sont, alors cela est un grand pas en avant pour la paix et la question des frontières devient un enjeu secondaire.

Dans ce cadre, Abbas et les autres leaders arabes devraient davantage s’attacher à résoudre les causes fondamentales de ce conflit : l’éducation haineuse prodiguée aux jeunes générations dans le monde arabe envers les juifs et les chrétiens, le refus d’envisager l’existence d’un Etat juif au sein d’une terre qu’ils considèrent comme partie intégrante du Dar-el-Islam et la mise en avant d’Israël en tant que bouc émissaire de leurs problèmes de toutes sortes (économiques, politiques, sociaux…) pour masquer leur propre défaillance.

C’est seulement lorsque sera fait cet aggiornamento idéologique que les chances d’aboutir à la paix progresseront. A ce titre, les enquêtes d’opinion le montre, l’écrasante majorité des israéliens se prononce en faveur de la paix par le biais de concessions de la part des deux parties. A l’inverse, les palestiniens sont nettement plus partagés et bien que la majorité d’entre eux souhaitent la paix, peu sont résolus à engager de véritables concessions.

Par conséquent, le retour aux frontières de 1967 n’est qu’un leurre destiné à donner l’impression qu’il s’agit du coeur du problème. La réalité apparaît considérablement plus complexe, et après une analyse plus poussée, il semble qu’elle diffère notablement des apparences.

Il est vrai que si tout était aussi simple que cela, si la querelle n’était que de nature politique et se résumait à une petite question de frontières, la paix aurait été faite depuis longtemps.