De quelle religion êtes vous? Moi, j’ai choisi l’humanité.

Je n’avais pas fini mon café, ce mardi matin là, lorsqu’en pleine conversation téléphonique, mon interlocuteur me coupe : « Les États-Unis sont attaqués!! Une des tours s’est effondrée comme un château de cartes… ». 13 ans plus tard, je me souviens encore du son de sa voix.

Puis ce fut les heures interminables à essayer de joindre mon frère et ma soeur, qui vivaient à Manhattan. Et cette journée scotché devant la télé de la salle de pause ou nous étions tous attroupés. Nous n’en croyions pas nos yeux. Débutions nous ainsi ce 3ème millénaire, à l’aube d’un mal sans nom que l’on croyait du révolu?

Ce jour là, je cru que plus rien ne serait jamais pareil. Puis il y a eu Madrid, Londres, Olso, Toulouse, Bruxelles… Au fond, peu de choses ont vraiment changé.

Depuis, nous avons été témoins d’une banalisation de la violence. Cela s’est traduit par ceux qui regardent ces vidéos dont je n’ose mentionner la barbarie, ou par ceux qui, devant la violence, préfèrent publier des scènes en ligne plutôt que de défendre ces victimes devenues l’objet d’un concours morbide de « likes » sur les réseaux sociaux. Le « scoop » de cet individu poussé dans les rails du métro de New York en valait-il le coup?

Je ne trouve plus les mots pour justifier ceux qui rejettent nos valeurs. Cherchent-t-ils une affirmation de soi? Quel est ce profond malaise identitaire, dont la soif n’a pu être étanchée par nos modèles républicains, religieux et familiaux? Comment expliquer que ceux qui auraient pu être mes camarades de classe soient devenus ces djihadistes qui offrent ce que l’humanité a de plus laid et obscure?

Pourquoi certains, au nom d’une cause commune, sont attirés par ces discours d’intolérance? Doit-on absolument choisir un camp ou rejeter notre objectivité? Sommes-nous obligés de systématiquement déshumaniser « l’autre camp » en lui rejettant toute la faute? Pouvons nous nous remettre en question? Comment être crédible dans la défense des droits des Palestiniens lorsque l’on stigmatise le sionisme ou lorsque l’on défend Israël en faisant des amalgames sur l’Islam? Pourquoi certains qui crient au loup à la moindre désinformation sur Israël si on en font tout autant contre leurs détracteurs? Si la noblesse du sionisme (un terme trop mal compris) n’a rien de raciste, cela ne donne pas le droit de rejetter sur les Palestiniens toute la faute de leur humiliation.

C’est donc partagé entre la crainte de l’avenir et l’espoir pour aujourd’hui que j’écris ces lignes. Car oui, ils sont nombreux, ceux qui refusent le repli sur leur « tribus », tendent leur main vers l’autre et construisent, à leur manière, des ponts entre les peuples.

Une rencontre avec eux vous réchaufferait le coeur. Quelques exemples? Simon, ce retraité de Tsahal qui a passé ses cinq dernières années à superviser bénévolement une banque alimentaire du sud d’Israël pour LATET, une O.N.G. Israélienne. J’ai eu la chance de faire du volontariat avec lui : kippa à la tête, il accueille tous ceux qui sont dans le besoin aussi bien en hébreu qu’en arabe. Amine, président de Mémoire et Dialogue, qui prône le rapprochement entre arabes et juifs de la communauté Montréalaise par des conférences, expositions et  spectacles. Je pense aux bénévoles de Parler en Paix, à Paris, qui s’activent à enseigner l’hébreu et l’arabe et nous rappellent à quel point nos cultures sont proches. Et Miri, cette israélienne diplômée d’un doctorat en travail social et qui met en place des initiatives entre bédouins du Négev et Juifs israéliens. Kamal Hachkar, ce réalisateur franco-marocain du film « Tinghrir-Jérusalem, Les Échos du Mellah » qui nous rappelle notre passé commun. Et comment ne pas parler de Ruth, qui a accompagné des groupes de musulmans français en Israël ou de Céléna, étudiante de 18 ans qui a organisé la marche « Juifs et Musulmans main dans la main » à Paris, en plein conflit Israël-Hamas?

Ils partagent ce refus de tomber dans les généralisations faciles et la victimisation systématique. Par leur humanisme, ils me donnent espoir que l’on peut bâtir, ici et maintenant, un monde meilleur.

Alors qu’est-ce que c’est faire le bien? Pour certains, ça peut signifier de diffuser des messages prônant le dialogue plutôt que les préjugés : pourquoi faire de son compte Facebook un mur de propagandes lorsqu’il peut être ouvert au débat et échange d’idées? Pour d’autres, ça peut être de donner de son temps ou son argent à l’une de ces associations oeuvrant pour le rapprochement. Pour moi, qu’il y ait commémoration ou non, à l’approche de Kippour ou pas, ça veut dire construire des ponts avec ceux qui partagent ma religion. Qu’ils soient juifs, musulmans, laïques, chrétiens, ou autre, cela m’importe peu. Ma religion refuse d’être indifférente devant la l’injustice, et on l’appelle tout simplement l’humanité.