Le 24 novembre est, cette année, la date du Thanksgiving, célébré à l’origine par une messe catholique en terre américaine. Ce dimanche 26 novembre 2016, l’Ukraine commémorera le Holodomor, le meurtre en masse, considéré comme un génocide par le Dr. Raphaël Lemkin qui introduisit le mot lors du procès de Nuremberg.

Entre 1932-33/1935, les autorités soviétiques avaient conçu d’affamer les habitants du grenier à blé et autres céréales, terre si riche d’une Ukraine plurinationale. Les Ukrainiens périrent par la famine. Ils avaient été directement ciblés en tant qu’entité polymorphe d’un pays sans véritable frontière.

La langue ukrainienne, souvent moquée par les Grands-Russes comme populaire, trop grégaire, reste cependant la forme la plus proche du slavon d’Eglise, marquant l’origine kiévienne de la foi byzantine slave.

D’un côté un pays qui devint le rêve de la fortune vite faite, bien faite, avec une dinde bien dodue et nourrissante, aujourd’hui trop souvent balayée par un junk-food vulgaire, trop gras. De l’autre, un vaste espace dont le nom désigne une « frontière » indéterminée, multifrontalière entre l’empire austro-hongrois, la Pologne et la Grande-Lithuanie, la Russie conquérante et vaste comme deux ou trois continents.

Sans oublier la France et Anne Yaroslavna de Kiev, épouse de Henri Ier de France qui repose à Senlis, donc un lien fort entre l’Orient et l’Occident chrétien, aux confins des juridictions qui se séparèrent en 1054, mais se sont inter-pénétrées, influencées, parfois de façon trop mal connue à l’Est comme à l’Ouest.

L’orthodoxie byzantine oublie trop volontiers que l’absolution slavonne a introduit des coutumes latines et sont marquées par les premiers calvinistes venus de Genève au 15e siècle.

Le Thanksgiving 2016 a un petit côté néo-bavarois après un prétendu choc intellectuel et moral provoqué par l’irrésistible ascension de Donald Trump, nouveau président élu, homme d’affaires et trompe la mort du néant spirituel ou culturel.

Quant à l’Ukraine, elle patauge de manière dramatique entre corruption, éclatements des frontières, des langues, de l’armée, des affaires, un nombre déraisonnable d’obédiences chrétiennes multiples sans compter les Juifs, les Musulmans, et les réfugiés de passage. Les Tatars de Crimée y ont leur place et l’actuel Premier ministre, Volodymyr Hroïsman, est juif

Certains accusent Vladimir Poutine, d’autres s’interrogent : les desiderata ukrainiens ne seraient-ils pas bien plus dangereux, bloquant par un nouveau rideau de fer, des relations européennes que concluraient volontiers, pour certains, la Fédération de Russie, qui est – à ne pas douter, euro-asiatique.

Alep-Est n’aura pas de Thanksgiving – tout y est en pleine destruction, une tuerie absurde, effroyable, totalement impitoyable, un pays en ruines, celles des bâtiments, des âmes, et l’anéantissement moral et mental.

Alep 2016 est une ville affamée sciemment, réduite à une extermination physique des êtres, des corps, où les hôpitaux sont détruits, les médicaments n’existent plus, la famine rôde comme voici 84 ans dans l’Ukraine assassinée par un Holodomor (Голодомор = extermination par la famine) mis au point au niveau étatique et en secret.

Un choc mental, une véritable alerte : Donald Trump et son parcours à la Walt Disney, entre Hollywood et Pretty Woman, mis à niveau au mauvais goût du jour, choque par sa brutalité grégaire, 2 minutes 05 d’attention cérébrale et des équipages politiques avec lesquels tous les dirigeants de la terre tenteront de faire une cour effrénée et veule pour quelques miettes de dindes ou plutôt de vraies farces trop suintantes.

Et oui, Donald Trump est un vrai chrétien à la manière kitch et Ketch-up, à l’américaine pay cash… serait-ce donc une raison de s’offusquer que l’on ne reconnaisse pas spontanément les descendants des Borgias, d’Ivan le Terrible en pleine remontée dans l’estime et la foi des néo-orthodoxes russes ou encore de Saint Olav le sanguinaire qui amena la foi en Scandinavie jusqu’aux confins des Variagues russes.

Ce n’est pas la même foi que celle de Vladimir Poutine, le camarade toujours en pointe de toute la nouvelle vague des politiciens internationaux. Un homme sauvé du martyre de Léningrad (avec l’aide d’une famille juive) au cours de la deuxième guerre mondiale, un germaniste.

Il est aussi un membre du KGB, pourtant toujours ridiculisé comme une agence de renseignements dont l’excellence fut trop souvent moquée par les Occidentaux… un peu comme quand les intrépides cow-boys sauvaient l’ancêtre de Betty Boot des mains des terribles Apaches, Sioux, Navaros et autres « sous-hommes » incultes qui avaient besoin d’une vraie civilisation conquérante, porteuse de civilisation à coup de goupillon.

La Russie n’a pas survécu à la chute du communisme, à l’élan messianique et prophétique qui s’était substitué à un empire de structure d’autorité et de droit divin. Il y eut vite des dérives, mais la Révolution bolchévique apporta, voici cent ans en 2017, l’utopie et le droit à l’égalité. Elle instilla, dans toutes les républiques, le droit et l’obligation à la culture dans un espace tellement immense qu’on se demande comment l’être humain a pu frayer sa survie entre toundras, taïgas, un temps suspendu plus large encore que les fuseaux horaires.

Interviewé récemment à l’occasion de son voyage pour les 300 ans de présence orthodoxe au Royaume-Uni, le Patriarche Cyrille de Moscou déclara : « [Dans la nouvelle Russie], nous ne parlons pas de melting-pot. Nous disons que tout homme doit rester lui-même. Mais nous vivons tous dans un même Etat. Nous avons besoin de faire respecter les lois et de construire de bonnes relations avec l’autre. La politique dans ce cas ne doit pas être destinée à effacer les frontières entre les cultures et les religions. [Elle ne doit pas] tout mélanger dans un cocktail, mais [elle doit] soutenir et fournir des droits et des libertés. Pour que chacun, quelle que soit sa religion, sente qu’il est chez lui dans son pays et ne se sente pas comme s’il y était un étranger. Si les relations étaient orientées de cette façon en Occident, cela créerait les conditions d’une coexistence pacifique. » (RT, 21/11/16).

On se prendrait à rêver, presque. Les mots cachent que le renouveau orthodoxe prend aujourd’hui le relais de contrées déchristianisées, sinon même hantées par l’ombre de leurs traditions chrétiennes, marquée par le fer rouge de l’apostasie. Le Pape et le Patriarche orthodoxe russe se sont rencontrés furtivement à Cuba dans une confrontation de saine camaraderie de la liberacion.

Vladimir Poutine a vu l’empire soviétique se démembrer au-delà de ce à quoi l’âme slave, sous pression extérieure au cours des siècles, peut consentir. Certes, on pensera volontiers chez certains Occidentaux que Poutine est un épouvantail despotique.

Une autre hypothèse existe dans la cohérence de ce que l’empire éclaté est devenu : il est surtout un dirigeant politique qui, comme d’autres le pensent, a su prendre le gouvernail de la Fédération de Russie de manière gaullienne et euro-asiatique. Et des projets affirmés, aussi violents que ceux qu’ourdissent les occidentaux à l’égard de la Russie et de ses anciens satellites. La Fédération de Russie a hérité de l’URSS et perdu des territoires.

Tout comme l’Allemagne qui, en 1989, était enfin réunie et vit aujourd’hui dans des frontières exigües par rapport aux territoires qui la menaient, avant-guerre, du côté la Baltique, la Prusse, la Poméranie, la Silésie.

De même l’actuelle république exigüe d’Autriche dont l’espace ne ressemble à rien de ce qui faisait face au monde slave, le péril ottoman et mulsulman. Sa longue mémoire d’influence dans toute l’Europe s’estompe sans disparaître : une amputation territoriale déclenche aussi des douleurs fantômes qui garde un héritage vivant.

En face, la France semble stable, hexagonale, cohérente. Sinon que l’on décèle que, malgré la Loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, il reste bien une frontière mentale et sociétale : l’influence persistance de l’Allemagne sur les lois sociales en Alsace et en Moselle et un concordat romain qui maintient un lien religieux et intercommunautaire entre le République, Rome et le monde des religions.

Donald Trump se tourne vers la Russie comme par une hérésie faite d’utopies sur fond de repli américain ?! Angela Merkel a toujours été en contact avec un monde qu’elle connaît intuitivement. Peut-être est-ce cette confraternité chrétienne avec des chefs d’Etat qui se réfèrent naturellement à la foi, depuis Moscou jusqu’à Londres. D’autant que tout le monde s’inquiète ou feint de se préoccuper de l’avenir apparemment maudit des Chrétiens d’Orient.

L’estocade est alors portée à l’occasion des Primaires de la droite française. Premier round hexagonal, prémices des Primaires du peuple de gauche. Au bord du dépôt de bilan, endettée plus que de raison, la France est rongée par des choix ineptes en matière économique, sociale, voire des atermoiements singuliers sur le plan international alors que le terrorisme sauvage et islamique l’attaquent par une base formée à l’école républicaine… bref une situation chaotique et absurde (cf. mon précédent article « « http://frblogs.timesofisrael.com/vade-retro-satana-le-dybbouk-de-gaule/ »).

J’évoquais ainsi les commentaires faits en Israël, rappelant la vraie nature du péril que représente l’extrême-droite dans un pays en quête d’âme. A l’issue du premier scrutin, le Gaulois Sarkozy venu de la Hongrie de Saint Martin de Tours, fut expulsé de la course présidentielle tandis qu’Alain Fillon, le propriétaire des 24 Heures du Mans et spécialiste des montées alpines, technicien de drone dernier cri (qu’il a acheté sur ses propres deniers),  prenait la tête d’un compétition politicienne que nul n’aurait prévue.

La France se transforme soudain en un hexagone en forme de chapelet catholique, les valeurs pérennes d’une nation sauvée par Jeanne d’Arc, charitable comme Martin de Tours, une nation chrétienne et latine récemment martyrisée lors du meurtre ignoble du prêtre âgé, Jacques Hamel près de Rouen.

A cette heure, on évoque Péguy, Ozanam. Dans les milieux branchés cathos Lourdes, Lisieux, Paray-le-Monial, Ars, l’Ile Bouchard rassemblent un peuple de conviction mariale, les groupes charismatiques prennent le relais de l’establishment post-soixante-huitard vieillissant. D’autres vont à Sénanque ou à Solesme, le latin fleurit; on se soutient en cooptés. A Jérusalem, un monde de solitude et de frilosité où les affinités sont sélectives, tous groupes et pays confondus.

La Conférence des Evêques de France publie un document sur la nécessaire évolution d’une société en quête de sens… A-t-elle, pour sa part, répondu à ce désir sourd pour ce qui concerne sa propre responsabilité spirituelle, nationale et sociale ?

Il y a des évidences qui échappent au discernement lorsque la peur du vide ronge le corps social, face à ce que l’avenir semble proposer inexorablement. Pour le reste, il suffit de lire attentivement les curricula vitæ du personnel politique et de les comparer en perspective selon les contextes parallèles.

Les candidats à la Primaire de la droite française : si l’on excepte le cas franc et honnête de Nathalie Kosciuscko-Morizet, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Alain Fillon, Bruno Lemaire et Jean-Frédéric Poisson ont des références variables et contrastées d’un christianisme, souvent dépassées mais qu’ils veulent affirmer. Jean-François Copé est un miraculé de l’Holocauste juif à la mode de France.

A l’issue du premier tour de vote où Nicolas Sarkozy fut éliminé et François Fillon propulsé en tête des résultats, la droite française – ou plutôt des journalistes éberlués, souvent ignares en matière religieuse – crée l’événement par des arguties politiciennes sur l’essence catho de la société multiculturelle.

Le dimanche 20 novembre, François Fillon maillait son propos de citations claires ou perceptibles, suscitées par les écrits de Jean-Paul II : il s’affirme catholique, soutient les Chrétiens d’Orient (avec Valérie Boyer, Claude Goasguen et autres). Valérie Boyer a levé des fonds importants pour les réfugiés d’Irak, distribués par L’Oeuvre d’Orient – entre autre – ce qui aide la communauté , sans créer de lien ni même d’intérêt pour les Juifs de France et d’Israël, sans même les mentionner.

C’est là que le bât blesse : le 18 novembre 2016, au Palais des Congrès à Paris, les partisans, supporters de François Fillon criaient leur soutien à des Chrétiens d’Orient pratiquement absents de la réunion fleuve… De même, peu de personnes noires, de Beurs, d’Asiatiques, de Martiniquais ou de citoyens français desTerritoires d’Outre-Mer.

Il y a avait le monde de la France profonde, peuple du patrimoine et associés, attiré par le charme du coureur de fond de la République. Une France tranquille qui trace un sillon non-sanglant en apparence, rompu aux méthodes anglaises voire galloises.

Déjà paraissent les marques d’un choix arabique en Syrie, une amitié avec Poutine qui s’explique par le réalisme du candidat à toujours dialoguer avec chacun et à suivre les conseils de ses plumes les plus fidèle, orthodoxe issu de l’Action Française et quelque soupçon de moindre intérêt pour Israël et le judaïsme. Bref un homme provincial, à la Sarthoise, un homme d’Etat qui a su attendre son heure.

Pendant ce temps, Alain Juppé « chrétien agnostique » (ça c’est la France ! En Israël, nous disons « apikoros/אפיקורוס », pour désigner un dubitatif chronique de cette nature) citait, par ignorance béate, la décision du Pape François d’autoriser les prêtres catholiques à confesser et absoudre les fauteurs d’avortement.

Les multiples trangressions comprises ou improvisées des commandements classiques de l’Eglise et de la conscience humaine, systématisées par l’hypertrophie d’un Mai 1968 en phase finale s’écrasent contre le retour de la morale. Elles ont blessé à l’excès une population qui languit après des valeurs sûres, perçues comme traditionnelles. Le mot joue sur plusieurs significations. Pourtant cela s’applique à tous les groupes confessionnels (donc aussi aux juifs, aux musulmans ou aux autres).

Le temps a passé et les propos très fermes du Cardinal Lustiger à l’encontre de l’extrême-droite lepéniste de son époque semblent obsolètes. Est-ce vrai ? Ou n’est-il pas bien plus difficile de discerner les circonvolutions tordues de l’exclusion ? Dans mon précédent article, je soulignais que la France n’avait pas connu de coup de sang, de remise en cause des codes moraux, sociaux, économiques depuis un sursaut de révolte en 1968,

La France a besoin de sa respiration religieuse. Il y va de sa santé sociétale et politique. Le premier vote de la Primaire de la droite, le 20 novembre 2016, a placé en tête de liste l’ancien premier ministre, François Fillon.

Jugé loser permanent, disqualifié par Nicolas Sarkozy, ignoré par beaucoup, il s’avéra gagnant contre toute attente. Est-ce crédible ? Car Alain Fillon est aux affaires de la France depuis 1981, a participé à de nombreux gouvernements. Il y a donc une sorte d’opacité psychologique à ne pas reconnaître les vrais et multiples acteurs de cette société. Il est probable que ceci exprime une forme tranquille d’un coup de sang sous contrôle. Le candidat Fillon parle de « révolte » qui reste souterraine en France : le choix d’un électorat de droite marque un raz-le-bol de l’incohérence morale et nationale.

Du coup, la presse française s’évertua à découvrir un prétendu lobby catholique qui soutiendrait le routier de la vie politique du pays, disciple de Philippe Séguin. C’est grotesque. L’homme exige de la droiture, des acteurs politiques et sociaux, économiques de grande probité, d’agir avec raison raisonnable et d’avoir le courage de mettre à jour les besoins du pays, à l’intérieur de ses frontières comme dans ses rapports avec l’étranger.

Il n’est pas question de foi, ni même de conviction religieuse – l’argument de l’avortement ou du pro-life n’a rien de religieux de quelque confession ! La France n’est pas la Pologne menacée par la sécularisation et la perte des valeurs qui s’acharnerait à imposer des lois inacceptables pour tous. Il est question de respecter la destinée morale et philosophique qui s’exprime dans le respect réel des droits et de la liberté humaine.

Il y a alors un vrai danger pour le néo-catholicisme para-sectaire mais aussi les autres groupes religieux. On risque de croire que le débat est théologique ou confessionnel. Il est question d’une opposition précise envers les dérives islamisantes et la défense de fidèles chrétiens meurtris par les décisions qui pourraient conduire à des mutations irraisonnées de l’ordre naturel de la vie (génétique, droits humains, filiation et autres).

Si les chrétiens arrivaient à se convaincre que, par leurs possibles victoires électorales, ils pourraient imposer les règles des Eglises à la société, ils commettraient une erreur grave et dangereuse pour le socius et la cohésion nationale. Paradoxalement ils s’opposeraient à leur propre disponibilité à la foi authentique.

Le 20 novembre, au sortir d’un Palais des Congrès parisiens bondé de supporters, on voyait poindre, dans les restaurants avoisinants, les rescapés exclus des manifs pour tous version catho libérables, trop over the map.

Partant vers les banlieues, c’étaient des dizaines d’enfants beurs, noir, asiatiques qui avaient envahi les autobus. Sympas, ouverts, heureux… ils n’auraient jamais eu – à y regarder – leur place dans le meeting de l’ancien premier ministre et de son équipe électorale. Cela peut venir… Cela prendra du temps. Quand aux Juifs toujours aux abois en diaspora, ils criaient déjà à un antisémitisme qui est sûrement latent, de par le parcours des collaborateurs de François Fillon. La langue peut fourcher, mais il est candidat à la présidence de la France et non des minorités de toutes nature. En Israel, le regard vers Paris et l’Hexagone fait sourire en coin, sans s’émouvoir vraiment.

Le vrai coup de sang peut arriver encore, bien plus tard, subreptissement.

Voici ce que déclarait le Cardinal Lustiger à propos de la vie politique au moment des élections : « Je souhaite que la politique et les politiciens trouvent une plus grande estime dans l’opinion. C’est une grave et dangereuse faiblesse pour une société de tenir en discrédit la politique qui ne peut plus alors remplir son rôle, indispensable à la bonne marche de la société. » (in « Dieu merci, les droits de l’homme, p. 66, Criterion 1990).

Nota Bene : Observateur de ce qui se passe dans divers pays, je les regarde à partir du renouveau de la société israélienne. C’est une référence, rien d’autre. Je ne vote pas en Europe ou en Ukraine.

Commentaire que j’ai ajouté le 27 novembre 2016 au soir :

A priori, le premier round, final de la Primaire de la droite française s’ouvre sur une victoire claire du candidat Alain Fillon. Cette victoire était en fait prévisible comme j’ai essayé de l’exprimer, non pas sur le jeux des sondages et des media, mais à partir de l’expérience, du savoir-faire et de la droiture politique et humaine indubitable de l’ancien premier ministre de la France, au vu de son parcours citoyen depuis 1981. Ce n’est qu’un début, il a le mérite de la cohérence de l’homme d’Etat : en quinze jours, deux mastodontes de la politique hexagonale ont été exclus et « mis sur le côté ». C’est une avancée significative. Il serait lamentable qu’elle soit ternie par les manipulations douteuses de personnes égotiques, tournant entre leur nombril et la fascination d’un pouvoir qui leur échappe régulièrement. C’est surtout vrai de ceux qui poursuivent le mythe d’un retour catho ou chrétien, redoutable dans une France trop souvent marquée par la duplicité de ses préférences et de ses haines tenaces, que celles-ci soient sociales, idéologiques, confessionnelles, internationales, comportementales.
De fait, il y a, en France, un besoin et un désir profond non de sens mais d’une « autorité convergente entre le socius et la tête de la République » pour ce qu’elle est en ce moment. Il faut être prudent d’éviter des critiques qui prologeraient un aveuglement sociétal. A. Fillon a inauguré les premières mosquées voici dix ans. Il a fait passé bien des lois qui sont en usage dans le pays (santé, travail,…). Sa perception des relations internationales est un plus indubitable pour que la France soit vraiment présente au plan européen, en Asie, en Russie, dans les pays arabes.
Il y a un moment où la France ne peut se dépasser ou même s’exprimer que lorsqu’elle est bourgeoise, établie, assise sur des valeurs que celles-ci soient balzaciennes, proches de la cagnotte d’Harpagon ou encore de Clémenceau, de Péguy, de Descartes ou de Rabelais.
Il reste que c’est un premier round face à un quota de votants bien plus large. Il ne faudrait pas se tromper, notamment en ce qui concerne les Juifs de France qui sont invités à vivre au diapason d’un République citoyenne. Défendre ses droits ne signifie pas exiger d’imposer son particularisme ou de se victimiser de manière automatique, voire de douter systématiquement de la compréhension de l’autorité de l’Etat. Il y a un savoir-faire quant à accepter de chanter à l’unisson dans un choeur pluriel en évitant les fausses notes. Ceci est aussi vrai pour les Musulmans. Car il y a un vrai danger de dérapage au cours des mois prochains et de l’élection présidentielle en mai 2017. Il y a trop de violences incontrôlées et narcissiques, trop de souffrances identitaires ou de replis économique et ghettoïsants. Il est urgent de savoir le positionnement réel des candidats envers Israël, de sa reconnaissance en tant qu’Etat hébreu et aussi reconnaître le rôle pilote qu’il joue dans la défense authentique des Chrétiens d’Orient d’une manière complémentaire à l’assistance d’autres nations mais qui reste totalement ignorée. Il y va d’une compréhension réelle des conflits et des mutations actuelles.