Les choses se précisent… et restent très confuses : certains croient discerner les temps, les événements. Ils s’égarent sans vergogne, induisent en erreur;  bref journalistes, experts en politique, en situations internationales, en perspectives géo-stragégiques doivent bien gagner leur vie quitte à céder à une palette pleine de couleurs qui éblouit puis se fâne.

C’est une remarque banale. C’est ainsi que les Roi Mages venus d’Orient (Plaine de Ninive) arrivèrent à Jérusalem, demandèrent où devait naître le roi des Juifs, partirent voir l’enfant à Bethléem. De son côté, Hérode, rongé de jalousie et de peur – paniqué à l’idée de perdre son pouvoir – lança le carnage de premiers-nés par un mensonge sans pitié : il avait prétendu vouloir se prosterner devant le bébé-roi qui venait de naître.

Il n’a donc rien de bien nouveau : les peuples assistent à leur incapacité à savoir avec exactitude où, comment et pourquoi les jours et les années, les siècles et les millénaires semblent avancer de manière dynamique vers un avenir insaisissable avec un goût de « déjà-vu », fait de répétitions subtiles de situations connues, d’événements invariants et contradictoires.

Le temps construit des époques qui nous surprennent et relèguent souvent la conscience ou l’action humaine à une série d’hésitations entre sauvageries insensées ou morales et le paradoxe de foi grégaire en une ou des divinités invisibles.

La date est passée relativement inaperçue : le 8 décembre 1991 était conclu à Belovej (Belarus) l’accord qui entamait, de manière grave, une sorte d’unité génétique et mentale, spirituelle et confraternelle. La déclaration de Minsk [Беловежские соглашения – Accords de (la forêt de) Belovej] est au coeur des sursauts et des tremblements qui agitent les continents politiques : « Nous, Républiques de Belarus (Stanislav Chouchkievitch), Fédération de Russie (Boris Eltsine) et d’Ukraine (Leonide Kravtchouk), en tant qu’Etats fondateurs de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques… constations que l’URSS cesse d’exister comme sujet de droit international et réalité géopolitique ».

Le traité donnait naissance à la Communauté des Etats Indépendants. Le 21 décembre 1991, huit Républiques rejoignaient la Communauté tandis que les Pays Baltes (Lithuanie, Lettonie et Estonie) refusaient d’y adhérer et exprimèrent, avec la Géorgie, le désir d’adhérer à l’Union européenne. La Géorgie quitta la Communauté en 2009, suite à la guerre d’Ossétie du Sud, puis l’Ukraine en 2014, après l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass. Le Turkménistan quitta la CEI en 1993 et est devenu un Etat associé à la CEI en 2007. La Mongolie en est membre comme observateur en cours d’intégration.

Ceci s’est produit voici vingt-cinq (25) ans. C’est court, particulièrement court comme durée au regard de l’histoire des Pays Slaves de la Rus’ de Kiev et de Moscou sur plus de mille ans. Dans les jours et les mois qui viennent, la célébration du centenaire de la Révolution d’Octobre, bolchévique et communiste de 1917, sera au coeur des événements marquants de l’année 2017. Une année mémorielle à bien des égards (500 ans de l’empire Ottoman, centenaire de la Déclaration Balfour, cinquantenaire de la guerre des Six-Jours, les 100 ans des visions de Fatima).

Cela fait donc vingt-cinq ans que l’Union soviétique a cessé d’exister. En soi, certains ont pu parler d’un empire éclaté. Dans ce cas, surtout dans une perspective extérieure à la cohérence du monde slave, il est tentant de ne pas percevoir les liens inaltérables, trans-continentaux qui traversent les frontières visibles à notre époque et préservent une forte identité d’expressions culturelles slaves. Il y a une mémoire vive – souvent cachée ou mystérieuse – qui persiste par-delà les brisures.

En Israël, quels que soient les problèmes très réels de la reconnaissance de l’expulsion définitive des Juifs du Machrek comme du Maghreb arabes et leur assimilation dans la société israélienne, il est frappant de constater l’impact exceptionnel qu’ont apporté les immigrants dès la première Aliyah (montée en Terre d’Israël).

En 1880, des juifs de l’empire tsariste décidèrent de partir en Palestine selon le terme alors en usage mais qu’ils perçevaient d’emblée comme Sion, Jérusalem et l’embryon d’un Etat d’Israël. La plupart quittaient des régions faisant aujourd’hui partie des Etats de Belarus, de la Russie européenne et coloniale vers la Pologne et la Bessarabie, les Pays Baltes et de l’Ukraine.

Eliezer Ben Yehudah (Perlman), le rénovateur de l’hébreu moderne, venait de Biélorussie. Son épouse chantait des berceuses en biélorusse. L’ukrainien était présent à Jérusalem, en Galilée dès l’apparition des nouveaux migrants. Puis en 1975, l’évacuation des « refuzniki/рефюзники » ou « dissidents soviétiques » vers le Grand Satan américain ou sioniste (sic) lançait un mouvement croissant qui prit de l’ampleur entre 1988 et 1991, à partir de la Roumanie ou de l’URSS mais aussi du Caucase (Arménie, Géorgie et Azerbaïdjan) ou du Birobidjan (les étudiants de Khabarovsk habitant dans la Région autonome juive). Il serait erroné de croire que le mouvement soit tari. Il se poursuit de manière sensible à partir de l’Ukraine, du Caucase et de l’Asie centrale.

Nous voici à quelques jours du nouvel an 2017. Il est vrai que, pour l’Eglise orthodoxe russe qui a conservé le calendrier julien, l’année ne commencera que le 14 janvier prochain, comme cela fut le cas en 1917. Une année particulière à des titres divers. Voici donc un siècle, la Russie impériale s’embrasait avec violence alors que le pays participait à la première guerre mondiale. On trouverait déjà des vélléités qui tournèrent court, telle que l’indépendance de l’Ukraine et le désir des régions du Donbass-Donetsk de rejoindre la Russéité qui n’était pourtant pas remise en cause à l’époque.

Pourtant 1917, c’est aussi la Déclaration Balfour garantie par la Couronne britannique qui accordait la création d’un foyer national aux juifs de Palestine. Les immigrants étaient venus de l’empire tsariste, fuyant des pogroms dramatiques, une haine viscérale envers des communautés juives vivant souvent dans une extrême pauvreté et maintenues aux marches de l’empire (Biélorussie, Ukraine).

On n’établirait pas d’emblée de lien de cause à effet entre l’année 1917 et le drame pan-russe qui reste attaché à cette date. Cent ans ont passé, certes. Des systèmes politiques ont vu le jour – apparemment pour toujours, instaurant un communisme chimérique qui devint cauchemardesque. Les Tsars ont été assassinés et pourtant ce siècle de bouleversement a conforté une langueur existentielle, un besoin impérieux où, par-delà les injustices ou l’absence de liberté de conscience, la Russie actuelle ressent un impératif mémoriel puissant. La Sainte Russie a, par définition, un chef consacré et choisi par Dieu tandis que la foi à peine plus que millénaire assure la pérennité de peuples dont l’âme est habitée par l’Esprit Saint.

Les Romanov sont prêts et comme « gardés en réserve des potentats et de l’Eglise, de leur nation » pour un avenir qui sera dévoilé en son temps. Quant à l’Eglise orthodoxe russe, elle s’était maintenue pendant le siècle, en dépit des massacres, du carnage des déportations : la Divine Liturgie (« messe » pour les occidentaux) ne fut interdite qu’un seul jour durant ce temps de prétendu athéisme d’Etat.

Pour les juifs, 1917 proposait un souffle de liberté possible, plus de justice sociale, économique, une reconnaissance ethnique dans une union quasi internationale des très nombreux peuples de l’empire russe. Il y eut aussi les nombreux kibboutzim-pilotes en Biélorussie qui servirent de modèles à ce qui fut développé en Terre d’Israël.

Puis, l’illusion récurrente et séductrice dans la destinée juive de croire que l’assimilation peut assurer une évolution vers ce que l’on nommerait aujourd’hui le « vivre-ensemble ». Beaucoup y ont perdu leur âme, leur langue, le savoir talmudique et théologique qui avait aussi irrigué, par sa seule présence, l’humus de la foi chrétienne orientale. Le Parti communiste fit le reste, imposant la fermeture par étapes des structures juives, des lieux de la culture yiddish et hébraïque, la création irraisonnée de la région autonome juive du Birobidjan qui subsiste, hésitant entre le développment du CHaBaD et le diocèse orthodoxe local sur les bords du fleuve Amour.

La révolution bolchévique a tourné et retourné la société russe, tellement diversifiée sur son immense espace. Elle a provoqué des mutations extrêmes, extrêmistes, des progrès indéniables. Il faut être très prudent, en particulier à l’aube de ce centennaire. Il serait vain, en peu de mots, d’aborder un sujet aussi vaste et qui reste trop récent sur deux points qui se rejoignent : la cruauté aveugle de l’ère révolutionnaire conduisit à l’installation du régime soviétique, la liquidation de la foi. Aujourd’hui, les critiques fusent, trop nombreuses imprégnées de jugement anti-athéiste trop souvent porté par ceux-là mêmes qui ne peuvent se défaire de leur éducation communiste et prolétarienne. Les choses sont tissées de nuances particulièrement subtiles.

Enfin, est-ce de l’ordre de l’anecdote ? L’année 1917 fut aussi celle des voyants de Fatima. Cela concerna le monde catholique en raison des « prédictions » révélées par la Vierge. Pourtant, l’un des messages incluait la nécessité de prier pour la « conversion de la Russie (au catholicisme romain) » et l’annonce de grands malheurs affectant le pays. La hiérarchie catholique s’engouffra dans cette tâche de conversion (on parlerait presque d’ »évangélisation » de nos jours), au mépris de l’exceptionnel héritage théologique et spirituel de l’Orient chrétien et slavisant.

Cette idée fut aussi vive à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale (le mouvement d’Aide à l’Eglise en Détresse et tant d’autres dans leurs projets initiaux visaient aussi la conversion de la Russie). Rome y alla même par l’ordination d’évêques occidentaux, un Jésuite et autres manifestations d’une intime conviction que les Slaves n’étaient plus gens chrétiennes.

Un peuple aux liturgies magnifiques mais moyen-âgeuses, la caricature dura … jusqu’au jour où l’occident s’appropria les icônes, les chants en langues, les huit tons byzantins slaves après la salve envoyée par les Chrétiens moyen-orientaux au cours du Concile Vatican II qui avaient opportunément rappelé, dans un occident chrétien en crise, « les vénérables traditions des Eglises orientales » (Benoît XIV). Rien ne fut fait pour les Chrétiens d’Orient.

Fatima suscita le développement d’une puissante chimère occidentale à convertir des Slaves qui allaient pourtant créer l’Ecole de Paris (Institut Saint Serge) et initier des contacts importants, jusqu’alors inédits. Il y eut même un regain lorsque le Pape Jean-Paul II échappa à la mort et plaça la balle qui aurait pu le tuer dans le sanctuaire portugais. Il s’agissait bien, d’une manière où d’une autre, d’une lutte contre le diable communiste et une société soviétique « déchristianisée ».

Le siècle a donc passé. La Mission ecclésiastique russe orthodoxe du Patriarcat de Moscou vient rappeler sa présence à Jérusalem sur plus de 170 ans. Lorsque les frontières de l’empire tzariste s’ouvrirent et que les fidèles orthodoxes purent se rendre en Terre Sainte, ce furent des marées humaines qui vinrent à pied, en groupes, par bâteaux comme le montrent les nombreuse publications en russe, tant chrétiennes orthodoxes que juives et israéliennes qui décrivent la richesse le plus souvent insoupçonnée des pèlerinages à Jérusalem et dans toute la région.

La Société Impériale de Palestine n’a jamais cessé de gérer des propriétés, des couvents, des églises, avant même que l’Eglise Hors-Frontière (Mont des Oliviers, Couvent Marie Madeleine aux coupole d’or pur) ne rejoigne canoniquement le patriarcat de Moscou, dépassant son aversion innée pour une structure ecclésiale qui avait trop de collusion avec le monde athée et cruel de l’establishment communiste.

Tout ce petit monde se maille de manière sensible ou invisible avec les réalités juives, musulmanes et autres qui se trouvent en Israël : la péréstroika ou chute du communisme a été précédée, dès les années 1970, de la venue des dissidents de l’Est européen envoyé vers le grand Satan occidental ou la clique sioniste. L’ouverture des frontières de l’ex-URSS amena tout une population extrêmement bigarrées, tissées de vrais-faux juifs, de faux vrais orthodoxes, de renégats de tous bords, d’anciens communistes convertis mais non repentants, d’autres battaient trop frénétiquement leur coulpe pour regretter quoi que ce soi. Un très grand nombre arrivèrent par amour et réalisme pour le pays à construire. On peut y rencontrer  un meurtrier voulant se faire oublier : il épousait une donzelle au patronyme judaïque de 3ème génération, montaient en Israël pour vivre dans un ensemble mouvant qui se charpentait avec les ans entre divorces et progénitures dejà acculturées.

Les Russes… cela ne veut rien dire chez nous, sinon qu’il y a des ex-soviétiques dont le langage ne cesse de se dialectaliser au contact avec les sémitismes hébraïques ou arabes. C’est le deuxième pays russe du monde, du moins seule la Fédération de Russie voudrait le croire. Les Ukrainiens disent que c’est le deuxième pays ukrainien de la planète ! C’est que les juifs étaient relégués aux marches des empires, fussent-ils impériaux ou prolétaires-camarades du Parti.

Les chrétiens orthodoxes viennent en essaims compacts, ne craignent pas la guerre ou les intifadas (« Autant mourir sur la terre de Jésus! »). Certains sont chrétiens dans les Lieux Saints et païens, bouddhistes, hérétiques entre eux, vivant à leurs goûts à Tel Aviv, à genoux à Jérusalem. Les mêmes se croisent dans la société israélienne juive où les âmes, parfois seulement les corps, se croisent pour des marchés pas très kashers. On trouve de tout dans une famille : il m’est souvent arrivé de baptiser le plus légalement du monde un bébé dont le père polonais parlait ukrainien à sa femme, tandis que la grand-mère ne s’exprimait qu’en yiddish, le grand-père en hébreu et un parent en arabe avec quelques mots de grec sinon de turc ou d’arménien.

Sans compter les très nombreux proche-orientaux de Syrie, Liban, Jordanie, Palestine, Israël qui firent leurs études en Union soviétique, se marièrent là-bas et vivent dans leurs villes ou villages d’origine. Sans oublier les prêtres orthodoxe arabes qui, eux aussi, firent leurs études dans les académies théologiques à Léningrad, en Ukraine ou à Presov (Slovaquie), se marièrent avant d’êtr ordonnés et revînrent au pays avec des épouses aujourd’hui arabisantes.

Aujourd’hui, les choses sont plus particulières : les israéliens juifs cherchent volontiers une épouse philippine ou tamoule. Certains israéliens d’origine soviétique préfèrent une femme arabe – quant à l’arabe palestinien, il cherche la compagne chrétienne orthodoxe, fût-elle juif convertie. Leurs enfants iront à l’école russe de l’Eglise, ce qui crée des situations peu légales car étant israéliens, garçons et filles doivent faire leur service militaire et, à 16 ans, il ne parlent pratiquement pas hébreu. Cela permet à des organisations russes orthodoxes de maintenir sinon renforcer leur présence dans des territoires occupés mais palestiniens. Les cas sont isolés et sous surveillance. Il serait plus facile d’accepter de passer des accords avec les autorité israéliennes pour ce qui concerne les citoyens de l’Etat hébreu. Il manque souvent un langage commun.

Il y a des pays composés de « bourgs et de bourgades » comme le Benelux ou l’Allemagne. Israël et les pays voisins sont ainsi. Comme l’identité est fondé sur l’être lié à une communauté religieuse, chacun se distingue par son affiliation, donc par des groupes souvent minoritaires ou autonomes.

En soi, les israéliens d’origine russes ou soviétiques conserveront longtemps l’éducation et le style de vie, de pensée de la mère-patrie. Cela s’estompe lorsque des citoyens russes actuels viennent faire du tourisme ou un pèlerinage. Il existe alors un réflexe d’identité hébraïque de la part de ceux qui ont fait le choix de se faire rapatrier (au bout de 2 000 ans) à Sion et dans l’Etat d’Israël, adoptant ses us et coutumes, ses traditions, adhérant à son identité qui se précise au fil des décennies.

Il est évident qu’il y a eu des profiteurs, des opportunistes. Israël appartient en ceci à ce qui fait partie au tréfonds de l’être humain, saisissant parfois des occasions historiques ou personnelles hors normes. C’est le propre des pays neufs. Il y a aussi les rescapés de tous les pogroms, de tous les exils et goulags de l’ex-Union Soviétique. J’ai connu des soldats de l’Armée Rouge qui, après avoir libéré Auschwitz, ont eu le flair de passer à l’Ouest en assommant des frontaliers tchèques. Ils s’engagèrent dans les groupes indépendantistes juifs, passèrent par l’Europe, émigrèrent au Canada ou en Australie, y faisant fortune et ont versé des sommes colossales aux organisations du judaïsme israélien. Ils aidèrent la résistance juive en milieu soviétique ou européen oriental… et moururent. On découvrit ainsi, à la faveur de la chute du communisme, qu’ils avaient anonymement abandonné des familles entières restées dans l’empire des Soviets, derrière le rideau de fer. C’es td’autant plus saisissant qu’ils avaient montré un réel courage à se dévouer pour des causes innées… tout en abandonnant leurs progénitures qui arrivèrent 50 ans plus tard.

Contrairement aux Etats issus de l’apostasie athéiste et communiste, Israël est un ensemble de mini-sociétés extrêmement flexibles. Cela lui assure un bouclier protecteur et, malgré les attaques permanentes, une vitalité rarement prise en défaut. Les conflits et les affrontements – même les plus violents au cours des guerres, des intifadas multiples, des assassinats – créent, comme par paradoxes répétitifs, des situations où les citoyens et les résidents du pays sont contraints de se faire face directement, avec brutalité – aux niveaux de tous les groupes identitaires ou sociaux. Il est impossible de ne retenir que les processus d’altérité négative.

L’Etat d’Israël a toujours conservé cette dimension de « Terre de Canaan/ארץ כנען = en yiddish il s’agit des terres de Pologne et des marches slaves ou baltes, terres de la yiddishkayt » antérieure temps du Hurban, Catastrophe, Holocauste ou Shoah ».

L’une des meilleures images-définitions de la situation envers la Fédération de Russie s’exprime dans le parcours de Yuli Edelstein, aujourd’hui président de la Knesset, le parlement israélien. Né à Tchernivtsi (Bukovine, Ukraine) – ville d’origine du métropolite orthodoxe Onuphre, chef de l’Eglise ukrainienne liée au Patriarcat de Moscou – il fut éduqué par ses grand-parents maternels tandis que son père, juif devenu prêtre orthodoxe est aujourd’hui retourné en Russie et vit à Karabanovo de Kostroma après avoir séjourné en Israël.

Yuli-Yoël Edelstein a appris l’hébreu dans son enfance, d’abord avec son grand-père puis avec des ouvrages et par l’écoute d’émissions en hébreu sur les ondes courtes. Il commença par donner des cours d’hébreu, constitua des groupes d’études, demanda à faire son aliyah en Israël dès 1977. Cela fut refusé? Il fut condamné pour « activités sionistes et trafic de drogues » en 1989, déporté en Sibérie. Il réussit à émigrer en Israël en mai 1987 avec son épouse Tatiana qui mourut en 2014. Il intégra l’Armée israélienne, s’engagea en politique avec Nathan (Naftali) [Cht]charansky. Son père s’installa aussi à Jérusalem comme prêtre orthodoxe, mais, comme d’autres, il fut contraint de quitter le pays et de retourner en Russie en raison de son incapacité à s’assimiler à la société israélienne.

Yuli Edelstein et les siens donnent une clef de compréhension des liens qui existent – pratiquement depuis les temps de la première Aliyah en 1880 – entre la société et la culture slaves ou russophones. Des proximités indéniables et des distances maintenues selon des critères identitaires, obligeant à des choix entre l’héritage juif et l’illusion de l’intégration slavophile, ou, à défaut, la difficulte, pour certains, de la quitter, de s’en éloigner.

Yuli Yoël Edelstein a connu les goulags et a donc partagé le sort de millions de soviétiques de toutes conditions et origines. Il fut poursuivi en tant que juif qui se rattachait à la tradition vivante du retour à Sion et Jérusalem, donc en rupture franche avec les diasporas.

Beaucoup de gens, en Israël, ont souvent contesté son judaïsme. Cela fait partie d’une sorte de ping-pong identitaire local, une lubie à pister les défaillances d’autrui sans s’interroger sur celles qui nuisent vraiment et sont le fait d’autres trublions.

Il connaît le prix réel de la montée à Jérusalem et d’y trouver sa véritable mesure humaine et spirituelle. Ce n’est pas toujours le cas parmi les migrants de l’ex-Union Soviétique. En revanche, en juin 2016, il épousa Irina Nevzlin, la fille du magnat Léonide Nevzlin installé à Herzliyah, l’un des partenaires du groupe pétrolier YUKOS russe qui a habilement su quitter la Fédération de Russie pour échapper aux geôles russes du gouvernement Poutine. Léonide Nevzlin a eu un itinéraire professionnel et spirituel contrasté entre les nouvelles fortunes de l’après-communisme russe, l’orthodoxie chrétienne, les divorces multiples et le recentrage sur un judaïsme israélien citoyen. C’est un homme d’affaires avisé et un philanthrope apprécié.

Cet échiquier bigarré de la russéité en Terre Sainte, entre la revitalisation d’une hébraïté innovante, inédite et les longues interventions militaires, religieuses et stratégique d’un empire russe qui émerge à la manière d’un iceberg doit susciter des réflexions capables de montrer les points de rencontres et de ruptures qui se font jour au seuil de ce nouveau siècle de 2017.

(à suivre)